Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

Qu'est-ce qu'un 四字熟語yojijukugo ?

Un 四字熟語yojijukugo est, au sens le plus simple, une expression ou un composé formé de quatre kanji.

Le mot lui-même est transparent :

四字yoji signifie « quatre caractères » ; 熟語jukugo désigne un mot ou une expression formée par la combinaison de plusieurs éléments, en particulier de plusieurs kanji.

On traduit donc généralement 四字熟語yojijukugo par « locution à quatre caractères », « expression à quatre kanji » ou, plus librement, « expression quadrisyllabique ». Aucune de ces traductions n'est cependant parfaite.

Des expressions extrêmement courantes comme :

一生懸命isshō kenmei — de toutes ses forces 一石二鳥isseki nichō — faire d'une pierre deux coups 以心伝心ishin denshin — communiquer de cœur à cœur, sans avoir besoin de parler 臨機応変rinki ōhen — s'adapter aux circonstances

sont des exemples typiques de 四字熟語yojijukugo.

Mais les choses se compliquent rapidement.

Quatre kanji ne suffisent pas

Le 『デジタル大辞泉』 définit le 四字熟語yojijukugo comme un « composé constitué de quatre kanji », avant d'ajouter :

特に、「以心伝心」「不言実行」など、成語として用いられるものをいう。

« Le terme désigne en particulier ceux qui sont employés comme des expressions consacrées, tels que 以心伝心 ou 不言実行. »

Une suite de quatre kanji n'est pas donc automatiquement ressentie comme un 四字熟語yojijukugo au même degré qu'une expression consacrée comme 四面楚歌shimen soka ou 温故知新onko chishin.

Le concept possède donc un sens large et un sens plus étroit.

Au sens large, il peut désigner un composé lexical stable de quatre kanji.

Au sens étroit, auquel on pense le plus spontanément en japonais, il s'agit d'une expression consacrée, souvent ancienne, possédant une certaine autonomie sémantique et parfois une histoire, une image ou une source particulière.

Entre les deux se trouve toute une zone grise.

Des expressions plus ou moins « 四字熟語 »

Cette frontière est suffisamment floue pour que le 『四字熟語を知る辞典』, dirigé par le lexicographe 飯間浩明Iima Hiroaki, consacre une rubrique entière aux « 四字熟語 qui ne ressemblent pas à des 四字熟語 ».

Le dictionnaire cite notamment 雨天順延uten jun'en, « report successif en cas de pluie ». L'expression n'est ni antique, ni issue d'une anecdote chinoise, ni porteuse d'une grande leçon philosophique : elle n'est attestée que depuis le début du XXe siècle. Elle constitue pourtant bien une unité lexicale de quatre caractères suffisamment stabilisée pour être retenue comme 四字熟語yojijukugo.

Le même dictionnaire accueille des expressions aussi diverses que 感情移入kanjō inyū (« projection affective, empathie »), 水平思考suihei shikō (« pensée latérale »), 波及効果hakyū kōka (« effet de propagation ») ou 年功序列nenkō joretsu (« système d'avancement à l'ancienneté »).

Le 四字熟語yojijukugo n'est donc pas nécessairement une maxime mystérieuse vieille de deux mille ans.

D'où viennent les 四字熟語 ?

Leurs origines sont extrêmement diverses.

Une part importante vient de la littérature chinoise classique : les classiques confucéens, les ouvrages historiques, les textes philosophiques, la poésie ou les recueils d'anecdotes ont fourni au japonais une quantité considérable d'expressions.

温故知新onko chishin, par exemple, remonte au 『論語』.

D'autres expressions proviennent du bouddhisme. 生老病死shōrō byōshi, 諸行無常shogyō mujō, 色即是空shiki soku zekū ou 会者定離esha jōri appartiennent à cet héritage.

D'autres encore se sont formées au Japon. 一生懸命isshō kenmei, par exemple, est le résultat d'une transformation japonaise de l'ancienne expression médiévale 一所懸命issho kenmei.

Il existe enfin des créations beaucoup plus modernes.

Le monde des 四字熟語yojijukugo ne constitue donc pas un fossile intact de la Chine ancienne : c'est un vocabulaire qui s'est enrichi, transformé et renouvelé au cours des siècles.

Vous trouverez plus de détails sur leur histoire sur cette page.

四字熟語, 成語 et 故事成語

Ces termes se recouvrent, mais ne sont pas synonymes.

Une 成語seigo est une expression stabilisée par l'usage et employée comme une unité. Elle n'est pas nécessairement composée de quatre caractères.

Un 故事成語koji seigo est une expression née d'une histoire ou d'une anecdote ancienne, particulièrement de la tradition chinoise. 五十歩百歩gojippo hyappo en est un exemple classique.

Un 故事成語koji seigo peut donc être un 四字熟語yojijukugo, mais tous les 四字熟語yojijukugo ne sont pas des 故事成語koji seigo.

C'est d'ailleurs la distinction retenue par le 『漢検 四字熟語辞典』, qui annonce environ 4 000 四字熟語yojijukugo « incluant les 故事成語koji seigo ».

Comment sont-ils construits ?

La forme en quatre caractères permet une remarquable variété de constructions.

Beaucoup se divisent naturellement en deux groupes de deux caractères :

意気揚揚iki yōyō 意気 + 揚揚

呉越同舟goetsu dōshū 呉越 + 同舟

鶏口牛後keikō gyūgo 鶏口 + 牛後

Cette structure 2 + 2 est extrêmement productive.

Mais elle n'est nullement obligatoire.

Certains sont constitués de quatre éléments placés sur le même plan :

花鳥風月kachō fūgetsu fleurs + oiseaux + vent + lune

喜怒哀楽kido airaku joie + colère + tristesse + plaisir

春夏秋冬shunka shūtō printemps + été + automne + hiver

D'autres cachent une structure qui ne correspond pas du tout à une division 2 + 2. Le 『四字熟語を知る辞典』 donne notamment :

一衣帯水ichiitai sui 一衣帯 + 水

et

五里霧中gori muchū 五里霧 + 中

Les quatre caractères constituent donc une forme graphique remarquablement stable sans imposer une seule structure grammaticale.

Une phrase entière dans quatre caractères

C'est peut-être l'un des aspects les plus fascinants des 四字熟語yojijukugo.

Quatre caractères peuvent condenser ce qui demanderait une phrase entière en français.

温故知新onko chishin signifie littéralement « réchauffer l'ancien et connaître le nouveau » : reprendre ce que l'on a appris pour en tirer une connaissance nouvelle.

弱肉強食jakuniku kyōshoku représente littéralement « les faibles [sont] la viande, les forts [les] mangent » : la loi du plus fort.

四面楚歌shimen soka, littéralement « chants de Chu des quatre côtés », condense à elle seule toute une scène historique et signifie aujourd'hui se retrouver complètement isolé, entouré d'ennemis et privé de soutien.

La brièveté n'implique donc pas la simplicité. Derrière quatre caractères peuvent se cacher une syntaxe, une citation, une anecdote historique ou plusieurs siècles de transformations.

La « source » n'est pas toujours le 四字熟語 lui-même

Il faut ici faire une distinction importante, qui est systématiquement prise en compte sur ce site.

Lorsqu'un dictionnaire indique qu'un 四字熟語yojijukugo « vient » d'un texte ancien, cela ne signifie pas nécessairement que les quatre caractères exacts se trouvent déjà côte à côte dans ce texte.

Il arrive que l'ouvrage ancien contienne une phrase plus longue que les commentateurs auront condensée à l'aide de quatre caractères qui y apparaissent et qui en résument l'idée.

Il arrive que l'ordre des mots ait changé pour plein de raisons différentes.

Il arrive qu'un caractère soit remplacé – il ne faut pas oublier que certaines de ses locutions sont vieilles de presque 3500 ans et que la langue a énormément changé entre temps.

Il arrive enfin que l'idée soit ancienne, mais que la forme compacte de quatre caractères ne se fixe que plusieurs siècles plus tard sur l'impulsion d'un commentateur ou d'un éditeur.

Il faut donc distinguer autant que possible :

C'est l'une des raisons pour lesquelles les recherches présentées sur ce site remontent autant que possible aux textes eux-mêmes plutôt que de reproduire simplement l'étymologie donnée par un dictionnaire.

Combien existe-t-il de 四字熟語 ?

Il n'existe pas un chiffre unique sur lequel tous les dictionnaires s'accorderaient, précisément parce que la frontière de la catégorie dépend des critères retenus.

Le 『漢検 四字熟語辞典 第二版』 de la 日本漢字能力検定協会nihon kanji nōryoku kentei kyōkai annonce environ 4 000 entrées, 故事成語koji seigo compris.

Le 『四字熟語を知る辞典』 de Shōgakukan en sélectionne quant à lui environ 1 200, en privilégiant celles qui sont réellement utiles pour comprendre le japonais moderne et la littérature des époques moderne et contemporaine.

Ces chiffres ne se contredisent pas : les deux ouvrages n'ont simplement pas le même objectif.

Et dès que l'on commence à explorer les grands dictionnaires de kanji, les textes en 漢文kanbun, les dictionnaires spécialisés et les expressions extrêmement rares transmises au Japon, les frontières deviennent encore plus vastes.

Ce que j'appelle 四字熟語 sur ce site

Ce site adopte volontairement une définition large mais documentée du 四字熟語yojijukugo.

J'y inclus naturellement les expressions japonaises courantes et les locutions classiques reconnues par les grands dictionnaires.

Mais je m'intéresse aussi à leurs marges : expressions vieillies, formes rares, variantes graphiques, créations japonaises, locutions connues essentiellement par le 漢文kanbun, ou expressions chinoises enregistrées par la lexicographie japonaise mais dont l'usage réel au Japon est extrêmement difficile à documenter.

C'est précisément pour distinguer ces situations que chaque fiche comporte deux renseignements différents : un niveau Kanken, lorsqu'il en existe un, et un indice de rareté fondé sur les attestations japonaises que j'ai pu retrouver.

L'objectif n'est donc pas seulement d'aligner des milliers de définitions.

Il est de savoir d'où viennent ces quatre caractères, comment ils ont pris le sens qu'on leur connaît, et ce que les Japonais en ont réellement fait.

Le mot 四字熟語 est-il lui-même un 四字熟語 ?

Oui, si l’on adopte la définition la plus large : 四字熟語 est bien un composé lexical de quatre kanji. Mais beaucoup hésiteraient à le qualifier de 四字熟語 au sens étroit, celui des expressions figées telles que 以心伝心 ou 臥薪嘗胆. Son sens est entièrement transparent : 四字, « quatre caractères », + 熟語, « composé ».

Autrement dit, 四字熟語yojijukugo est un 四字熟語 par sa forme, mais pas vraiment par son esprit.

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