Explication des "niveaux Kanken"
Sur ce site, chaque 四字熟語 est accompagné, lorsque cela est possible, d'un niveau Kanken : 5, 4, 3, Pré-2, 2, Pré-1 ou 1.
À quoi correspondent ces chiffres ? Et pourquoi utiliser un examen japonais pour classer des locutions dont certaines remontent à l'Antiquité chinoise ?
Le Kanken, qu'est-ce que c'est ?
Le 漢検 est l'abréviation usuelle de 日本漢字能力検定, littéralement « Examen japonais d'aptitude en kanji ».
Il est organisé par la 日本漢字能力検定協会, la Fondation japonaise pour l'évaluation des compétences en kanji.
Contrairement à un simple test de lecture, le 漢検 cherche à mesurer la connaissance et la maîtrise des caractères dans de nombreux domaines : lecture, écriture, distinctions entre lectures 音読み et 訓読み, radicaux, ordre des traits, homophones, synonymes et antonymes, composition des mots... et, à partir d'un certain niveau, les 四字熟語.
Les niveaux supérieurs vont beaucoup plus loin. Les candidats doivent notamment connaître des 熟字訓, des 当て字, des 国字, des proverbes et expressions historiques, ainsi que du vocabulaire rencontré dans les textes classiques.
Une petite histoire du Kanken
Le premier 日本漢字能力検定 a lieu le 3 novembre 1975. Il ne réunit alors que 672 candidats.
Le système était assez différent de celui que nous connaissons aujourd'hui : avant 1992, il comportait vingt degrés allant de 15級 jusqu'à 五段, avec donc de véritables « dan », à la manière de certaines disciplines traditionnelles japonaises.
En 1992, l'organisme est reconnu comme fondation par le ministère japonais de l'Éducation et le système est progressivement réorganisé selon l'échelle actuelle.
Quelques dates :
- 1975 : création de l'association et premier 漢検.
- 1992 : reconnaissance comme fondation par le ministère de l'Éducation et réorganisation de l'examen.
- 1999 : création du niveau Pré-2.
- 2000 : création du niveau 8.
- 2006 : création des niveaux 9 et 10.
- 2013 : l'association obtient le statut de fondation reconnue d'intérêt public.
En 2025, pour son cinquantième anniversaire, l'association annonçait plus de 55 millions de candidatures cumulées depuis sa création.
À quoi correspondent les niveaux ?
Le système actuel compte douze niveaux. Le niveau 10 est le plus élémentaire et le niveau 1 le plus difficile.
| Niveau | Niveau scolaire indicatif | Nombre de kanji concernés |
| 10 | Fin de 1re année d'école primaire | 80 |
| 9 | Fin de 2e année d'école primaire | 240 |
| 8 | Fin de 3e année d'école primaire | 440 |
| 7 | Fin de 4e année d'école primaire | 642 |
| 6 | Fin de 5e année d'école primaire | 835 |
| 5 | Fin de l'école primaire | 1 026 |
| 4 | Collège | 1 339 |
| 3 | Fin du collège | 1 623 |
| Pré-2 | Lycée | 1 951 |
| 2 | Fin du lycée / adulte | 2 136, soit l'ensemble des 常用漢字 |
| Pré-1 | Université / adulte | Environ 3 000 |
| 1 | Université / adulte, niveau supérieur | Environ 6 000 |
Le passage du niveau 2 au Pré-1 constitue une frontière importante. Jusqu'au niveau 2, le champ des caractères repose sur les 2 136 常用漢字, c'est-à-dire les caractères définis comme d'usage courant au Japon. Les niveaux Pré-1 et 1 sortent largement de ce cadre.
Le Pré-1 porte sur environ 3 000 caractères ; le niveau 1 sur environ 6 000. À ces niveaux apparaissent donc quantité de caractères rares, de graphies anciennes et de vocabulaire littéraire ou classique.
Nota bene: les niveaux du Kanken sont cumulatifs. Cela veut dire qu'un candidat au Kanken 6 doit connaître l'environnement lexical 10, 9, 8, 7 et 6. Cela explique pourquoi l'examen de niveau 1 est si dantesque, et pourquoi si peu de candidats le passent avec succès (les chiffres officiels donnent une moyenne de réussite à 8%).
Et les locutions à quatre kanji ?
Les 四字熟語 apparaissent explicitement parmi les domaines évalués par le 漢検 à partir du niveau 5.
Au niveau 5, le candidat doit déjà être capable de comprendre correctement des 四字熟語.
Aux niveaux 4 et 3, la maîtrise de ces expressions continue de faire partie des compétences évaluées.
À partir du Pré-2, la définition officielle devient plus précise : le candidat doit comprendre des 四字熟語 possédant un 典拠, c'est-à-dire dérivés d'une source ou d'un passage identifiable. Le même critère vaut au niveau 2.
Aux niveaux Pré-1 et 1, les 四字熟語 sont associés aux 故事成語, aux 諺 et à la compréhension des textes classiques.
Pourquoi utiliser le Kanken sur ce site ?
Il serait évidemment possible de classer les 四字熟語 de manière entièrement personnelle : « facile », « difficile », « très difficile ».
Cela encourrirait toutefois le risque d'être arbitraire.
Le 漢検 fournit au contraire un système japonais, normalisé et largement utilisé, destiné précisément à mesurer la connaissance des kanji et du vocabulaire qui leur est associé.
Surtout, la 日本漢字能力検定協会 publie son propre 『漢検 四字熟語辞典』, qui contient environ 4 000 四字熟語 et 故事成語.
Pour chaque entrée concernée, ce dictionnaire indique un 「検定級の目安」, c'est-à-dire un niveau de référence pour le 漢検.
C'est ce niveau que je reprends sur ce site.
À ce sujet, je dois préciser quelque chose d'important.
Pourquoi les locutions commencent-elles au niveau 5 ?
On pourrait s'étonner qu'il n'existe, sur ce site, aucun 四字熟語 classé aux niveaux 6, 7, 8, 9 ou 10, même lorsqu'une expression n'est composée que de caractères très élémentaires.
La raison est simple : le niveau d'un 四字熟語 n'est pas seulement déterminé par le niveau individuel des quatre caractères qui le composent. Le 漢検 distingue en effet la connaissance des caractères de celle des unités lexicales qu'ils permettent de former.
Le niveau 6, correspondant à la fin de la cinquième année de l'école primaire et à 835 caractères appris, évalue notamment la compréhension des 三字熟語, les composés de trois caractères. Les 四字熟語 n'apparaissent explicitement dans le programme du 漢検 qu'au niveau 5, qui correspond à la fin de l'école primaire et à la maîtrise des 1 026 学習漢字 enseignés durant les six premières années de scolarité.
Ainsi, une locution peut n'être composée que de caractères appris très tôt et être néanmoins classée au minimum au niveau 5. Savoir lire séparément les quatre caractères ne suffit pas : il faut reconnaître leur combinaison comme une expression constituée et en comprendre le sens propre.
Dans 有名無実, par exemple, la difficulté ne réside guère dans la reconnaissance de 有, 名, 無 et 実, mais dans la connaissance de l'expression entière, « avoir le nom mais non la réalité », c'est-à-dire n'exister qu'en apparence. Le 漢検 cite précisément 有名無実 parmi ses exemples de 四字熟語 du niveau 5.
Autrement dit, 5 constitue le plancher conventionnel des 四字熟語 dans le système du 漢検. C'est pour cela que même une locution où les quatre caractères seraient de niveau 10 (le plus simple), comme 一上一下 (des hauts et des bas), sera classée niveau 5.
La 日本漢字能力検定協会 ne donne toutefois pas, dans ses critères officiels, d'explication historique précise du choix de ce seuil. On peut seulement constater que celui-ci coïncide avec l'achèvement de l'enseignement primaire des 1 026 学習漢字 et avec le passage, dans l'examen, à des connaissances lexicales plus complexes.
Une mécompréhension courante du Kanken consiste à croire que les niveaux correspondent au degré de rareté. Ce n'est pas le cas.
Attention : niveau Kanken ne signifie pas rareté
Le niveau 漢検 n'est pas un indice de fréquence.
Lorsqu'une locution est classée « 1 », cela ne signifie pas statistiquement qu'elle est plus rare dans les textes japonais qu'une locution classée « 2 » ou « Pré-1 ». Cela signifie que le dictionnaire du 漢検 la rattache au niveau 1 de l'examen. L'association elle-même parle d'ailleurs de 目安, d'« indication » ou de « repère ».
Et concernant les locutions en particulier, l'association a un système de classification à part entière. En effet, l'association publie son propre dictionnaire de kanjis, 『漢検漢字辞典』, qui est la source officielle des kanjis à connaître pour l'examen.
Dans ce dictionnaire, chaque kanji est assigné à l'un des niveaux du kanken. Cette classification est reprise dans le dictionnaire des locutions de la façon suivante: c'est le caractère possédant le niveau Kanken le plus élevé au sein de la locution qui détermine le niveau Kanken de la locution en entier.
Prenons l'exemple de la locution 一生懸命. Le niveau Kanken respectif de caractères est 10/10/Pré-2/8. Aussi, cette locution est classée niveau Pré-2 dans le dictionnaire. Ce qui montre bien que cette classification n'a aucun rapport avec la rareté, puisque 一生懸命 peut prétendre être le yojijukugo le plus courant en japonais. (Ce système a des exceptions, et j'y reviens un peu plus bas).
C'est pourquoi les fiches de ce site comportent deux indications distinctes :
Niveau Kanken : classement donné ou suggéré par les ressources officielles du 漢検.
Rareté : estimation fondée sur l'usage réel que je parviens à retrouver dans les textes japonais, les corpus, la littérature, la presse et d'autres sources.
Les deux peuvent diverger considérablement.
Une expression appartenant au niveau 1 peut parfaitement être attestée à de nombreuses reprises dans la littérature japonaise. À l'inverse, certaines expressions présentes dans des manuels courants sont si marginales que retrouver un seul emploi japonais indépendant exige un travail de détective.
On voit, d'ailleurs, que les éditeurs du dictionnaire de yojijukugo du Kanken en ont conscience, puisque certaines locutions dérogent à la classification de niveau expliquée plus haut. Ainsi, la locution 不惜身命 (s'adonner à une tâche corps et âme) est classée Pré-1 alors que si l'on applique la règle décrite, elle devrait être de niveau 3, étant donné que 惜 est le caractère avec le niveau Kanken le plus élevé dans la locution, en l'occurence le niveau 3.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Et bien que les éditeurs du Kanken disposent d'un système de classification parallèle, qu'ils ne dévoilent pas, et qui reflète malgré tout ce qu'ils affirment la rareté de la locution, ou tout du moins sa subtilité. À mon sens, il s'agit là d'un manque de rigueur de la part du Kanken.
Ce qui me mène naturellement au point suivant.
Que signifie « Absent » ?
Certaines fiches de ce site portent la mention :
Niveau Kanken : Absent
Cela peut signifier 3 choses.
1) Cela signifie simplement que je ne l'ai pas retrouvée comme entrée assortie d'un niveau dans le 『漢検 四字熟語辞典』 utilisé comme référence. Cela arrive quand le dictionnaire indique une locution secondaire à la fin d'une entrée principale. C'est ce qu'on appelle 非見出し, c'est-à-dire une entrée non-lexicalisée, qui n'a pas le droit à son entrée autonome dans le dictionnaire, mais répertoriée comme digne d'apprentissage. Les candidats au kanken doivent donc apprendre ces locutions également, même si elles n'ont pas un niveau associé. C'est le cas de la locution 仙姿玉色 (belle femme), qui est donnée en complément à l'entrée principale 仙姿玉質, qui est classée niveau Pré-2.
2) Certaines locutions ont leur entrée autonome dans le 『漢検 四字熟語辞典』 mais n'ont pas de niveau associé. Il y a deux raisons à cela. Soit la locution contient un caractère qui ne figure pas dans le 『漢検漢字辞典』, comme 直言骨鯁 (ne pas mâcher ses mots), où 鯁 est "hors-Kanken". Soit les caractères font partie de l'environnement Kanken, mais leur lecture est irrégulière voire exceptionnelle, comme 挙一明三 (lire une chose, en comprendre trois) où 挙 se lit exceptionnellement ko alors qu'on attendrait kyo.
3) De nombreuses locutions peuvent être attestées dans des dictionnaires, dans des textes chinois lus au Japon ou même dans de véritables textes japonais sans pour autant appartenir au répertoire retenu par le 漢検. C'est le cas par exemple de la locution 逸事奇聞 (histoires merveilleuses et étranges), absente du Kanken, mais répertoriée dans d'autres dictionnaires. C'est la spécificité et la force de mon projet, à savoir répertorier des locutions qui ont eu une vie au Japon, mais qui ont été pour diverses raisons omises du Kanken ou des dictionnaires courants.
L'absence du 漢検 est donc elle-même une information intéressante, mais jamais un indice de rareté.
Le Kanken ne remplace pas un vrai travail philologique
Enfin, le 漢検 n'est pas utilisé ici pour déterminer l'origine historique d'une expression.
Cela n'est d'ailleurs pas le but affiché des éditeurs des différents dictionnaires liés au Kanken, ni des membres de l'association Kanken. Leurs dictionnaires ont avant tout un usage ultra-spécifique: vous préparer à l'examen Kanken. Ces dictionnaires ne remplaceront donc jamais les grands dictionnaires japonais comme le 大漢和辞典 ou le 日本語大辞書.
Pour savoir d'où vient réellement un 四字熟語, quand il apparaît, s'il s'agit d'une création chinoise ou japonaise, ou quand la forme compacte de quatre caractères s'est constituée, il faut revenir aux textes.
C'est pourquoi chaque fiche cherche autant que possible à distinguer :
- la source ancienne de l'expression ;
- la première forme connue ;
- les variantes ;
- les attestations japonaises réelles ;
- et la manière dont l'expression a effectivement été employée au Japon.
Le 漢検 fournit donc sur ce site une échelle de référence. Il ne remplace ni les dictionnaires historiques, ni les corpus, ni les textes eux-mêmes.