Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

Le continent englouti des 四字熟語yojijukugo bouddhiques

Quand on pense aux 四字熟語yojijukugo d'origine bouddhique, quelques expressions célèbres viennent immédiatement à l'esprit :

諸行無常shogyō mujō — l'impermanence de toutes choses

色即是空shiki soku zekū — la forme n'est autre que le vide

因果応報inga ōhō — chacun reçoit la rétribution de ses actes

四苦八苦shiku hakku — les quatre et les huit souffrances

一心不乱isshin furan — avec une concentration absolue

以心伝心ishin denshin — transmettre de cœur à cœur

言語道断gongo dōdan — au-delà de toute expression verbale

Ces expressions sont parfaitement intégrées au japonais. Certaines sont même si courantes que leur origine religieuse est devenue presque invisible.

Mais elles ne constituent que la partie émergée de l'iceberg.

Derrière elles existe un immense vocabulaire de formules à quatre caractères issu des traductions chinoises des textes bouddhiques, des commentaires doctrinaux, des recueils de sermons et, surtout, de la gigantesque littérature du 禅宗zenshū. Une partie de ces expressions est parvenue jusqu'au Japon, y a été lue, commentée et transmise pendant des siècles, sans jamais véritablement sortir du monde des temples, des commentaires savants et de la littérature monastique.

Certaines se trouvent encore dans les dictionnaires spécialisés.

D'autres n'apparaissent que dans les textes bouddhiques.

D'autres enfin donnent l'impression d'avoir été rayées de la carte lexicographique.

C'est ce continent englouti que je souhaiterai explorer ici.

Une forêt beaucoup plus vaste que les dictionnaires ordinaires ne le laissent penser

Il serait faux de dire que les 四字熟語yojijukugo bouddhiques sont, dans leur ensemble, absents des dictionnaires japonais. Au contraire, les plus célèbres y occupent une place importante.

Le site japonais 四字熟語辞典オンライン, qui compte aujourd'hui plusieurs milliers d'entrées, classe par exemple 146 expressions sous la rubrique 「仏教の言葉」 et 25 sous la rubrique 「禅宗の言葉」.

Mais dès que l'on consulte des ouvrages spécifiquement consacrés au vocabulaire bouddhique, l'échelle change brutalement.

須藤隆仙『仏教四文字熟語辞典』(Sudō Ryūsen, « Dictionnaire des expressions bouddhiques en quatre caractères »), publié en deux volumes en 1998, annonce une sélection de 1 000 expressions.

森章司・小森英明編『仏教がわかる四字熟語辞典』(Mori Shōji et Komori Hideaki, « Dictionnaire des expressions à quatre caractères pour comprendre le bouddhisme »), publié en 2008, en retient environ 350, recueillies dans les traductions chinoises des écritures bouddhiques ainsi que dans des documents bouddhiques chinois et japonais.

Les différences entre 146, 350 et 1 000 ne signifient évidemment pas que l'un de ces ouvrages aurait « raison » et les autres « tort ». Elles révèlent surtout un problème de définition.

Plus on exige qu'une expression soit devenue un véritable 四字熟語yojijukugo du japonais général, plus le corpus rétrécit.

Plus on accepte les expressions techniques, doctrinales, monastiques et les formules figées des textes bouddhiques lus au Japon, plus il devient immense.

Et si l'on descend encore plus profondément dans les recueils du 禅宗zenshū, les limites deviennent difficiles à tracer.

Deux grandes familles : 佛典成語 et 禪籍成語

Le linguiste chinois 王建軍 Wang Jianjun propose une distinction extrêmement utile dans son étude 「佛典成語與禪籍成語異同論」 (« Ressemblances et différences entre les expressions issues des écritures bouddhiques et celles issues de la littérature Chan »).

Selon lui, les expressions chinoises d'origine bouddhique possèdent deux grandes sources :

1. les 漢譯佛典, les textes bouddhiques traduits en chinois ;

2. les 禪宗文獻, les textes produits par la tradition Chan chinoise.

Cette distinction est fondamentale.

Les expressions issues des traductions bouddhiques

Lorsque les écritures indiennes furent traduites en chinois, les traducteurs durent rendre en chinois un immense appareil conceptuel venu du sanskrit, du prakrit et d'autres langues bouddhiques.

Le chinois bouddhique développa ainsi un vocabulaire propre.

De nombreuses expressions à quatre caractères appartiennent à cet univers doctrinal :

一切皆空issai kaikū

一切衆生issai shujō

五蘊皆空goun kaikū

生老病死shōrō byōshi

涅槃寂静nehan jakujō

六道輪廻rokudō rinne

三千世界sanzen sekai

大千世界daisen sekai

Certaines sont devenues parfaitement compréhensibles hors du contexte religieux ; d'autres continuent d'exiger une connaissance relativement précise de la doctrine.

Wang Jianjun observe que cette première catégorie conserve souvent une forte « couleur bouddhique » : parce qu'elle traduit ou véhicule des notions étrangères à la culture chinoise ancienne, son emploi demeure plus fortement lié au contexte religieux.

Les expressions issues du 禅

La situation est très différente avec la littérature Chan.

Le 禅宗zenshū chinois produisit une immense littérature de dialogues, anecdotes, sermons et rencontres entre maîtres et disciples : 語録goroku, 公案kōan, recueils de transmission de la lampe, commentaires, sentences et échanges énigmatiques.

Or cette littérature affectionne une langue extraordinairement imagée.

On y frappe, on crie, on mord, on avale, on ouvre les yeux, on perd sa langue, on monte sur un buffle, on cherche le buffle que l'on chevauche déjà, on fait fleurir des plantes dans le feu, on pêche des tortues dans les flammes, on accroche sa bouche au mur.

Il en résulte une profusion d'expressions quadrisyllabiques :

口掛壁上kuchi o bejikō ni kaku

冷灰爆豆reikai bakudō

火中生蓮kachū shōren

以楔出楔kusabi o motte kusabi o idasu

騎牛覓牛ushi ni notte ushi o motomu

截断葛藤setsudan kattō

呵仏罵祖kabutsu baso

棒喝交馳bōkatsu kōshi

啐啄同時sottaku dōji

黄葉止啼kōyō shitei

Beaucoup ne ressemblent plus du tout au vocabulaire abstrait d'un traité religieux.

C'est précisément ce que remarque Wang Jianjun : les expressions issues des textes Chan sont souvent plus proches de la langue quotidienne chinoise, plus concrètes, plus imagées et plus facilement réutilisables en dehors du bouddhisme.

Certaines ont fini par devenir de véritables expressions ordinaires.

D'autres sont restées prisonnières du monde du zen.

De la Chine au Japon : être « japonais » ne signifie pas nécessairement être employé dans la conversation

Cette distinction devient particulièrement délicate lorsque ces textes arrivent au Japon.

Pendant des siècles, les religieux japonais lisent les écritures bouddhiques chinoises et la littérature Chan en 漢文kanbun. Les textes ne sont donc pas étrangers à la culture japonaise simplement parce qu'ils ont été écrits en chinois.

Ils sont copiés, commentés, récités, lus selon les conventions du 漢文訓読kanbun kundoku tant et si bien qu'il arrive que certains de ses locutions soient intégrées au lexique japonais.

C'est ici qu'apparaît une difficulté fondamentale pour ce site.

Une expression peut avoir une véritable histoire japonaise sans pour autant être devenue une expression du japonais général.

Autrement dit :

circulation au Japon ≠ lexicalisation en japonais courant.

Entre les deux existe tout un monde intermédiaire.

Une formule chinoise peut avoir été connue de générations de moines japonais, apparaître dans des commentaires japonais et posséder même une lecture traditionnelle, tout en restant pratiquement inexistante dans la prose ordinaire.

C'est exactement dans cet espace que vivent une quantité considérable de nos 四字熟語yojijukugo les plus rares.

無著道忠 et le gigantesque 『葛藤語箋』

Il existe une preuve spectaculaire de l'importance de ce vocabulaire au Japon.

Au XVIIIe siècle, le moine 無著道忠Mujaku Dōchū (1653–1744), immense érudit de l'école 臨済宗rinzaishū, entreprend de constituer un dictionnaire de la langue des textes zen :

葛藤語箋kattō gosen

Le titre est lui-même très zen. 葛藤kattō, les lianes et plantes qui s'entremêlent, désigne dans le vocabulaire du zen les complications verbales, les paroles qui s'enchevêtrent — et, par extension, les dialogues et expressions difficiles des maîtres anciens.

L'ouvrage comprend dix volumes.

無著道忠 y rassemble du vocabulaire tiré des 禅録zenroku et des récits historiques : expressions populaires, allusions, termes propres au zen, objets, comportements, parties du corps, noms d'animaux, nourriture, vêtements, phénomènes naturels, verbes, formules doctrinales...

Mais surtout, il organise une partie de son dictionnaire selon le nombre de caractères, des "expressions" à un caractère (pour ainsi dire), jusqu'à huit caractères.

Or les volumes VIII et IX sont entièrement consacrés aux 四言, aux expressions de quatre caractères.

Le volume VIII, 四言(乾), les classe notamment sous les rubriques 宗乗, 師接, 学修, 人倫, 姓名, 心肢, 聖賢, 性慧 et 愚滞.

Le volume IX, 四言(坤), poursuit avec 動作, 歌曲, 言詮, 数目, 天象, 地載, 生植, 器具, 衣帛, 食餌 et 禽畜.

Nous sommes donc devant quelque chose d'extraordinaire : au Japon de l'époque d'Edo, un moine juge nécessaire de consacrer deux volumes entiers d'un dictionnaire zen aux seules expressions de quatre caractères rencontrées dans les textes de sa tradition.

『葛藤語箋』 fut achevé à la fin de la vie de 無著道忠 : le travail était déjà terminé en 1739 et la mise au propre définitive fut achevée en 1744.

Aujourd'hui encore, l'université Hanazono l'a intégré dans son immense base lexicographique 『電子達磨』, consacrée à l'étude du vocabulaire zen. Les chercheurs qui présentent cette base décrivent 『葛藤語箋』 comme l'équivalent d'un dictionnaire du langage zen et comme un outil toujours indispensable à l'étude des textes.

Ce faisant, il devient un témoin japonais ancien de l'existence de ce sous-monde lexical.

Le mystérieux 口如匾擔

C'est précisément au cours de l'exploration de ce corpus que j'ai rencontré l'expression :

口如匾担kōjo hentan

dans sa graphie japonaise moderne, et :

口如匾擔

dans les textes anciens.

Elle est aujourd'hui suffisamment reconnue au Japon pour être enregistrée comme 四字熟語yojijukugo par certains dictionnaires spécialisés, qui lui donnent la lecture こうじょへんたんkōjo hentan.

Elle signifie rester sans rien pouvoir dire, être incapable de répondre.

Mais elle appartient en réalité à toute une famille d'expressions du zen :

口似匾擔 口如匾擔 口似楄擔 口似扁擔 口如扁擔

Le 匾擔 est une palanche, une perche servant à porter des charges sur les épaules. L'image de la bouche comparée à cette barre courbée figure une bouche fermée, incapable de produire la réponse attendue.

Dans 『五燈會元』, 長慶慧稜 (854–932) est interrogé :

如何是合聖之言。

« Quelle est la parole qui s'accorde avec les saints ? »

Il répond :

大小長慶、被汝一問、口似匾擔。

« Voilà le grand Chōkei : une seule question de toi, et me voici la bouche comme une palanche — incapable de répondre. »

Une autre forme apparaît dans 『續傳燈錄』 :

眼似木突、口如匾擔。 無問精粗、不知鹹淡。

Les yeux pareils à des morceaux de bois, la bouche close comme une palanche ; qu'on l'interroge sur le subtil ou le grossier, il ne sait distinguer le salé du fade.

La formule est typique de la rhétorique du zen : concrète, presque grotesque, incompréhensible si on la traduit caractère par caractère, mais extraordinairement expressive une fois replacée dans son univers.

Et pourtant, combien de dictionnaires japonais ordinaires enregistrent 口如匾担 ?

Très peu.

Voilà exactement le phénomène qui m'intéresse.

Pourquoi tant de ces expressions disparaissent-elles des dictionnaires ?

Plusieurs mécanismes se superposent.

1. Toutes les suites de quatre caractères ne deviennent pas des 四字熟語

Le fait qu'une expression soit figée et quadrisyllabique dans un texte bouddhique ne suffit pas à en faire automatiquement un 四字熟語yojijukugo japonais.

Certaines formules sont des citations, d'autres des syntagmes techniques, d'autres sont des hapax confinés à un seul passage... d'autres enfin ont vu leur sens enfoui dans les épaisses strates du temps et les moines ont graduellement abandonné leur usage au point de les rendre obsolètes, voire invisibles.

2. Le vocabulaire des temples possède sa propre histoire

Un terme peut avoir été utilisé pendant cinq cents ans dans un environnement monastique sans jamais apparaître dans le roman, la presse ou la conversation.

Les dictionnaires généraux privilégient naturellement les expressions susceptibles d'être rencontrées par un lecteur ordinaire.

Un dictionnaire du zen répond à une tout autre question :

« Que signifie cette expression lorsque je la rencontre dans 『碧巌録』, 『臨済録』 ou 『五燈會元』 ? »

3. Beaucoup d'expressions n'ont pas une forme unique

口如匾擔 en fournit déjà un magnifique exemple.

匾擔 peut devenir 楄擔 ou 扁擔.

如 peut devenir 似.

Une recherche informatique portant uniquement sur quatre caractères exacts peut donc fragmenter une seule famille lexicale en plusieurs expressions qui semblent différentes.

Les graphies anciennes compliquent encore le problème.

4. La lecture japonaise n'est pas toujours lexicalisée

Une expression japonaise ordinaire possède normalement une lecture relativement stable.

Mais que faire d'une formule chinoise qui a surtout été lue dans le cadre du 漢文kanbun ?

Elle peut être connue par son 訓読kundoku, par une lecture sino-japonaise reconstruite, ou simplement par le texte chinois lui-même.

Attribuer rétrospectivement une lecture de 四字熟語yojijukugo à toutes ces formes serait artificiel.

5. Les dictionnaires fabriquent aussi leurs frontières

Un dictionnaire de 1 000 expressions ne donne évidemment pas la même image du domaine qu'un dictionnaire qui en sélectionne 300.

La catégorie « 四字熟語yojijukugo bouddhique » ne possède donc pas un inventaire fermé.

Elle dépend de ce que les éditeurs décident de compter.

Trois cercles concentriques

Pour les recherches de ce site, il est utile de distinguer trois ensembles.

I. Les expressions bouddhiques entrées dans le japonais général

Elles ont largement dépassé leur milieu religieux et peuvent apparaître dans la littérature, la presse ou la conversation sans que le locuteur pense nécessairement au bouddhisme.

Parmi elles :

因果応報inga ōhō
四苦八苦shiku hakku
一心不乱isshin furan
言語道断gongo dōdan
以心伝心ishin denshin
安心立命anjin ritsumei
阿鼻叫喚abi kyōkan
生老病死shōrō byōshi
諸行無常shogyō mujō
色即是空shiki soku zekū
六道輪廻rokudō rinne
百八煩悩hyakuhachi bonnō
三千世界sanzen sekai
大千世界daisen sekai
極楽往生gokuraku ōjō
和顔愛語wagen aigo
夢幻泡影mugen hōyō
遊戯三昧yuge zanmai

Certaines ont subi d'importantes transformations sémantiques. 言語道断gongo dōdan, par exemple, désigne originellement ce qui se situe au-delà du langage et de la pensée discursive ; dans le japonais moderne, il sert souvent à condamner quelque chose comme « absolument inadmissible ».

II. Les expressions encore nettement religieuses ou doctrinales

Elles sont bien attestées comme vocabulaire bouddhique japonais, mais leur emploi demande généralement un contexte religieux, historique ou savant.

Par exemple :

愛別離苦aibetsu riku
怨憎会苦onzō eku
求不得苦gufu tokku
五蘊盛苦goun jōku
五蘊皆空goun kaikū
一切皆空issai kaikū
一切有情issai ujō
一切衆生issai shujō
一切即一issai sokuichi
有漏無漏uro muro
客塵煩悩kyakujin bonnō
煩悩菩提bonnō bodai
慈悲忍辱jihi ninniku
抜苦与楽bakku yoraku
涅槃寂静nehanjakujō
涅槃寂滅nehan jakumetsu
寂滅為楽jakumetsu iraku
無明長夜mumyō jōya
無間地獄muken jigoku
三界火宅sangai kataku
三界無安sangai muan
五趣生死goshu shōji
五濁悪世gojoku akuse
四弘誓願shigu zeigan
三輪清浄sanrin shōjō
円頓止観endon shikan
円融三諦ennyū santai
開権顕実kaigon kenjitsu
開示悟入kaiji gonyū
随喜功徳zuiki kudoku
随宜所説zuigi shosetsu
結縁灌頂kechien kanjō
八相成道hassō jōdō
釈迦八相shaka hassō
竜華三会ryūge san'e
臨終正念rinjū shōnen
九品往生kuhon ōjō
九品蓮台kuhon rendai
二河白道niga byakudō
易往易行iō igyō
一念往生ichinen ōjō
一念発起ichinen hokki
一生不犯isshō fubon
悪人正機akunin shōki
自受法楽jiju hōraku
即身成仏sokushin jōbutsu
僧伽藍摩sōga ranma
七堂伽藍shichi dōgaran
堂宇伽藍dōu garan
堂塔伽藍dōtō garan

Cette liste est déjà suffisamment vaste pour montrer que le bouddhisme n'a pas simplement fourni quelques proverbes au japonais : il a produit tout un vocabulaire quadrisyllabique spécialisé.

III. Le sous-sol du 禅 : le réservoir des 四言

Plus profondément encore se trouve ce que l'on pourrait appeler le réservoir quadrisyllabique des textes zen.

La liste suivante doit être lue avec une précaution importante.

Je ne prétends pas que chacune de ces formes constitue automatiquement un 四字熟語yojijukugo japonais autonome.

Ce sont des formules de quatre caractères attestées ou répertoriées dans le vaste corpus bouddhique et zen en chinois. Pour chacune d'entre elles, il faut encore établir séparément :

  1. sa source ;
  2. son degré de fixation ;
  3. sa présence dans les textes lus ou produits au Japon ;
  4. l'existence éventuelle d'une lecture japonaise stabilisée ;
  5. son admission ou non dans la lexicographie japonaise.

C'est précisément cette zone que ce site cherchera progressivement à cartographier.

Quelques dizaines de mètres sous la surface

Ici, nous rentrons dans les limbes de la lexicographie. Ces expressions apparaissent toutes dans le canon bouddhique mais n'ont pas forcément été "traduites" en japonais. Il leur manque donc une lecture stable (à l'exception de quelques-unes, que j'indique).

口如匾担kōjo hentan
口似匾擔
口掛壁上
大用現前daiyū genzen
大用無方
大休大歇
大死一番daishi ichiban
大死大活
大死底人
大根大器
不犯當頭
不犯鋒鋩
不涉唇吻
不惜眉毛
不落二三
分疏不下
水月道場
火中生蓮
火中釣鱉
主伴圓融
以楔出楔
出草之談
古廟香爐
句裏呈機
句裏明機
任運騰騰
光影門頭
光影邊事
同參道友
向上一路kōjo ichiro
向上一竅
向上宗乘
向上鉗錘
伶俐衲僧
佛祖命根
作家手段
作家禪客
作獅子吼
冷灰爆豆
事事無礙
事理不二
兔角拄杖
兩刃相向
兩重公案
呵仏罵祖kabutsu baso
奔流度刃
信解行證
前後際斷
卻較些子
怒目揚眉
恒河沙數
指東作西
指東話西
乘願再來
倒駕慈航
剔起心燈
家中寶藏
徐六擔板
悟後起修
捏目生花
時節因緣
唯心所現
動念即乖
啐啄同時sottaku dōji
啞子得夢
將棒喚狗
將鹽止渴
屙屎送尿
得其三昧
情生智隔
單提正令
單提向上
寒冰發焰
尋行數墨
尋香逐氣
尋常一味
尋常茶飯
棒下翻身
棒喝交馳
陽焰空花
陽焰翻波
飯裏有砂
飯飽弄筯
黃卷赤軸
黃葉止啼
傳衣付法
傳佛心印
意在鉤頭
暗去明來
暗合道妙
業盡情空
業識茫茫
照顧腳下
賊心入道
路布葛藤
道頭會尾
隔陰之昏
電光石火
鼠入牛角
塵勞汩汩
塵塵剎剎
塵說剎說
夢中佛事
截斷眾流
截斷葛藤
敲門瓦子
敲枷打鎖
滯句迷言
滴水難消
劈脊便棒
噇酒糟漢
墮無為坑
撥草瞻風
撥無因果
撩鉤搭索
箭過新羅
箭鋒相拄
擔板禪和
機如掣電
機鋒峭峻
横拈倒用
辨衲僧句
辨龍蛇眼
龜毛拂子
壓沙出油
應機施設
擬心即差
舉心即錯
斷惑證真
歸家穩坐
藏身露影
豐干饒舌
轉身一句
轉身有路
騎牛覓牛
懵懂禪和

On pourrait continuer.

Une compilation numérique chinoise moderne, 『佛門成語摘要』, a poussé cette logique beaucoup plus loin encore : sa quatrième édition rassemble 1 800 expressions de quatre caractères, recherchées notamment dans six grandes collections canoniques, dont 『大正藏』 et 『卍續藏』.

Ce travail n'est pas un dictionnaire académique et sa définition de « 成語 bouddhique » est volontairement très large. Il ne saurait donc servir à lui seul à déclarer que 1 800 expressions sont des 四字熟語yojijukugo japonais.

Mais comme réservoir de recherche, son ampleur est vertigineuse.

Il donne une idée de la masse lexicale qui se cache derrière les quelques dizaines d'expressions bouddhiques visibles dans un dictionnaire ordinaire.

Quand un 四言 devient-il un 四字熟語 japonais ?

C'est probablement la question la plus difficile.

Prenons une formule rencontrée dans un 語録goroku chinois du Xe siècle.

Si elle comporte quatre caractères, cela fait-elle d'elle un 四字熟語yojijukugo ?

Non.

Si elle réapparaît cinquante fois dans les textes Chan ?

Pas nécessairement.

Si elle est commentée par un moine japonais du XVIIIe siècle ?

Nous pouvons désormais parler d'une réception japonaise, mais pas encore nécessairement d'un mot du japonais.

Si un dictionnaire japonais de 禅語zengo lui donne une lecture ?

Nous chauffons.

Si elle apparaît ensuite dans un texte japonais indépendant, en dehors de la simple citation d'un texte chinois ?

Nous disposons alors d'un argument beaucoup plus fort pour parler d'un véritable emploi japonais.

C'est cette gradation qui explique pourquoi le classement de rareté de ce site distingue les expressions simplement conservées dans le chinois classique de celles qui ont réellement laissé des traces dans la langue japonaise.

Un problème de lexicographie autant que d'histoire religieuse

Ce sous-monde bouddhique révèle quelque chose de plus général sur les 四字熟語yojijukugo.

Un dictionnaire n'est jamais une photographie panoramique de tout ce qui a existé, mais un gros plan.

Un dictionnaire scolaire cherche les expressions que l'élève est susceptible de rencontrer. Un dictionnaire du 漢検kanken organise un corpus en fonction d'un examen. Un dictionnaire historique cherche les attestations anciennes. Un dictionnaire bouddhique décrit un vocabulaire doctrinal. Un dictionnaire zen doit expliquer ce que signifie « avoir la bouche comme une palanche » lorsqu'un maître chinois du Xe siècle répond à un disciple.

Ces ouvrages ne cartographient donc pas le même territoire. C'est pourquoi une expression peut être : absente du 『漢検四字熟語辞典』, absente du 『広辞苑』, absente du 『日本国語大辞典』, absente même du 『大漢和辞典』(qui, du propre aveu de son auteur Morohashi, est lacunaire quand il s'agit du vocabulaire bouddhique), et néanmoins être parfaitement authentique, plusieurs fois attestée dans les textes, commentée au Japon depuis l'époque d'Edo et enregistrée dans un dictionnaire du zen.

L'absence d'un dictionnaire général n'est pas une preuve d'inexistence.

Elle nous renseigne simplement sur le type de vie qu'a connu le mot.

Une autre histoire du japonais

L'étude de ces expressions oblige finalement à abandonner une vision trop simple de l'histoire de la langue.

Il n'existe pas d'un côté « le japonais » et de l'autre « le chinois ».

Pendant une grande partie de l'histoire intellectuelle japonaise, les savants et les religieux ont vécu dans un monde textuel où les deux langues s'interpénétraient.

Le chinois classique pouvait être un texte japonais par sa lecture, son usage et sa transmission, sans avoir été composé grammaticalement en japonais.

Le bouddhisme amplifie encore cette situation : un concept indien est traduit en chinois, fixé dans une expression quadrisyllabique, repris dans un commentaire chinois, détourné par un maître Chan, importé au Japon, lu en 漢文訓読kanbun kundoku, commenté dans un monastère de Kyoto, puis parfois transformé en expression japonaise.

Une simple suite de quatre caractères peut donc condenser plusieurs siècles de déplacements entre langues, religions et cultures.

Ce que nous ferons sur ce site

Les expressions bouddhiques constitueront donc une catégorie particulière de ce projet.

Je ne considérerai pas automatiquement toute formule quadrisyllabique trouvée dans un sutra ou un 禅録zenroku comme un 四字熟語yojijukugo japonais.

Pour chacune, il faudra reprendre l'enquête depuis le début :

retrouver la source la plus ancienne; vérifier si la forme exacte de quatre caractères y apparaît réellement ; identifier ses variantes ; rechercher sa transmission dans la littérature bouddhique japonaise ; chercher des occurrences japonaises indépendantes ; vérifier sa présence dans les dictionnaires généralistes et spécialisés ; établir, lorsque c'est possible, sa lecture japonaise ; et enfin déterminer son degré de rareté.

Certaines se révéleront être des 四字熟語yojijukugo japonais bien vivants. D'autres ne seront peut-être jamais devenues des expressions japonaises autonomes, tout en ayant été lues au Japon pendant des siècles.

C'est justement ce qui les rend passionnantes.

Derrière les quelques milliers de 四字熟語yojijukugo que recensent les dictionnaires se trouve peut-être un autre continent, beaucoup plus difficile à cartographier : celui des expressions qui ont vécu non pas dans la langue de tous les jours, mais dans les textes.

Et dans ce continent-là, le bouddhisme constitue probablement l'un des territoires les plus vastes.

Note sur les lectures. — Les ruby indiquent, lorsque cela est possible, une lecture japonaise attestée dans les dictionnaires ou dans la tradition bouddhique japonaise. Pour certaines expressions surtout conservées dans les textes chinois du zen, il n'existe pas nécessairement de lecture lexicalisée comme mot japonais autonome : j'indique alors, selon les cas, le 漢文訓読kanbun kundoku traditionnel ou une lecture sino-japonaise régulière. La présence d'un ruby ne signifie donc pas nécessairement que l'expression a circulé en japonais avec ce statut lexical.

#bouddhisme #zen