瓜剖豆分
| Lecture japonaise | かぼう とうぶん |
| Rōmaji | Kabō Tōbun |
| Sens | Morceler un pays ou un territoire en nombreuses parties, jusqu’à le laisser profondément divisé.
Littéralement : « fendu comme le melon et éparpillé comme les fèves ». L’image compare la fragmentation politique à des aliments que l’on ouvre ou disperse sans difficulté. |
| Variante(s) | 1) 豆剖瓜分 tōbō kabun
隣邦老大国に於て〈略〉吾人豈豆剖瓜分の愚を夢みる者ならんや 『報知新聞』, 1911年11月13日
Un pays grand et ancien comme notre voisin […], ce serait folie de vouloir le diviser comme un melon ! Hōchi Shimbun, 13 novembre 1911
2) 豆分瓜剖 tōbun kabō Inversion complète des deux binômes, attestée dans l’Histoire des Song. 自五季亂離,各據城壘,豆分瓜剖,七十餘年。 王禹偁「奏疏」, 咸平3年(1000)
Depuis les désordres des Cinq Dynasties, chacun occupait remparts et forteresses, et le pays demeura morcelé et démembré durant plus de soixante-dix ans. Wang Yucheng, « Mémorial au trône », 1000, cité dans l’Histoire des Song, vol. 293 |
| Source | 1) La famille est traditionnellement rattachée à 『文選』 (Anthologie littéraire), dans 「蕪城賦」 (« Rhapsodie de la ville envahie par les herbes ») de 鮑照 (Bao Zhao). Le passage décrit la ruine de Guangling après plus de cinq siècles de prospérité :
出入三代五百餘載,竟瓜剖而豆分! Après trois dynasties et plus de cinq cents ans, la cité finit par être fendue comme une courge et dispersée comme des fèves ! Ce passage est le 語本 de la locution, mais il ne contient pas exactement quatre caractères : il donne la forme développée 瓜剖而豆分. 2) À ce stade de la recherche, la plus ancienne attestation exacte actuellement vérifiée de 瓜剖豆分 figure dans une proclamation de 557 conservée dans 『南史』 (Histoire des Dynasties du Sud) : 自八紘九野,瓜剖豆分,竊帝偷王,連州比縣。 Des huit confins aux neuf régions, le pays était morcelé et démembré ; des usurpateurs se proclamaient empereurs ou rois, annexant préfecture après préfecture, district après district. |
| Niveau Kanken | pré-1 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | La forme 瓜剖豆分 semble surtout subsister au Japon dans la lexicographie et les exercices de vocabulaire, plutôt que dans la prose autonome.
Alors que sa variante 豆剖瓜分 est bien mieux attestée au Japon. |
| Commentaire | Le commentaire ancien de Li Zhouhan, reproduit par le Daikanwa jiten, précise que la fève n’est pas tranchée : elle sort de sa gousse et se disperse soudainement. La locution superpose ainsi deux images différentes. Dans 瓜剖, le territoire est découpé comme la chair d’une courge, morceau par morceau, pour être dévoré ; dans 豆分, ses fragments s’éparpillent comme des fèves libérées de leur gousse.
瓜 désigne tout fruit de la famille des cucurbitacées : courge, pastèque, melon, calebasse... Les commentaires ne précisent pas à quel fruit la phrase originelle faisait référence. Toutefois, comme il est question d'une chair qui se sépare facilement, le melon ou la pastèque permettent de faire passer l'image plu clairement. |