庸言庸行
| Lecture japonaise | ようげん ようこう |
| Rōmaji | Yōgen Yōkō |
| Sens |
Les paroles et les actes de tous les jours ; la manière habituelle de parler et de se conduire.
Littéralement : « paroles ordinaires, actes ordinaires ». Dans le contexte confucéen dont la locution est issue, l'expression prend une coloration morale : c'est précisément dans les paroles et les gestes les plus quotidiens que doivent se manifester la sincérité, la prudence et la vertu. |
| Source |
1) Source de l'expression (語本) :
『易経』「乾・文言伝」 (Le « Livre des Mutations », « Commentaire sur les paroles du texte », hexagramme Qian) : 九二曰、「見龍在田、利見大人。」何謂也。子曰、「龍德而正中者也。庸言之信、庸行之謹、閑邪存其誠、善世而不伐、德博而化。」 À propos du deuxième neuf, il est dit : « Le dragon apparaît dans le champ ; il est avantageux de rencontrer le grand homme. » Qu'est-ce à dire ? Le Maître dit : « C'est celui dont la vertu du dragon est droite et centrée : dans ses paroles de tous les jours, il est digne de confiance ; dans ses actes de tous les jours, il est prudent. Il se garde du mal et préserve sa sincérité ; il fait le bien dans le monde sans s'en glorifier ; sa vertu est vaste et transforme les êtres. » Le passage traditionnellement attribué à Confucius fournit les deux membres dont sera tirée la locution, mais la forme compacte 庸言庸行 n'y figure pas encore : le texte donne 庸言之信 et 庸行之謹. 2) Attestations anciennes vérifiées de la formule cristallisée : La forme exacte est déjà employée sous les Song du Nord par 張載 (1020–1077), dans le 『正蒙』「大易篇」 : 庸言庸行、蓋天下經德達道。大人之德施於是者溥矣、天下之文明於是者著矣。 Les paroles et les actes de tous les jours constituent en somme la norme constante de la vertu et la voie commune sous le Ciel. C'est par eux que la vertu du grand homme se répand largement et que la civilisation du monde se manifeste. À la même époque, 陳襄 (1017–1080) emploie également la forme exacte dans le 『古靈集』巻十二 : 君子之中庸所以能守之者、以其道為君子、知中庸之不可離、離之非道、故庸言庸行時不失其中焉。 Si le gentilhomme est capable de préserver le juste milieu, c'est qu'il sait que la voie du juste milieu ne saurait être abandonnée : s'en écarter ne serait plus suivre la Voie. Aussi, dans ses paroles et ses actes de tous les jours, ne manque-t-il jamais la juste mesure. |
| Niveau Kanken | Pré-2 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d'usage |
1) Emploi japonais autonome :
基督が自家の人格、使命、理想、抱負等に関する自覺及びその發表、宣言の、烈々煌々、人天を照破するの槪ありしは、庸言庸行を君子的人格の唯一の儀型とする東洋的儒流の眼光より見て、寧ろ奇矯怪僻の太甚しきものなるべし。 綱島梁川 – 『聞光録』, 1907
Que le Christ ait eu une conscience aussi affirmée de sa propre personnalité, de sa mission, de son idéal et de ses aspirations, et qu'il les ait exprimés et proclamés avec un éclat capable d'illuminer le monde des hommes et des cieux, devait paraître excessivement excentrique et singulier aux yeux du courant confucéen oriental qui fait des paroles et des actes ordinaires du quotidien le modèle par excellence de la personnalité du gentilhomme. Tsunashima Ryōsen – Bunkōroku, 1907
2) Réception savante contemporaine : 汲汲して、庸言庸行を事として、以て君子の道を盡くさんことを求むる有り。此れ孔氏の家法なり。 小路口聡 – 王畿「余氏家會籍題辭」訳注, 『東洋思想文化』第6号, 2019
Il en est qui s'appliquent avec ardeur à faire des paroles et des actes de tous les jours leur tâche, cherchant ainsi à accomplir pleinement la voie du gentilhomme. Telle est la méthode transmise dans la maison de Confucius. Shōjiguchi Satoshi – traduction annotée de Wang Ji, « Préface au registre de l'assemblée familiale des Yu », Tōyō Shisō Bunka, no 6, 2019
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| Commentaire |
Le premier caractère demande une précaution. 庸 n'a pas ici le sens péjoratif de « médiocre » ou « banal » que l'on rencontre par exemple dans 凡庸. Dans l'ancienne exégèse du 『易経』, il est expliqué par 常 : ce qui est habituel, constant, de tous les jours. 庸言 désigne donc les paroles ordinaires de la vie quotidienne et 庸行 la conduite habituelle.
Le passage du 「文言伝」 ne célèbre pourtant pas la banalité pour elle-même. Le grand homme est celui qui se montre digne de confiance dans ses paroles les plus ordinaires et prudent dans ses actions les plus communes. La vertu ne se manifeste donc pas uniquement dans les circonstances exceptionnelles : elle doit être présente jusque dans les gestes répétés de la vie quotidienne. Cette conception explique le succès de la formule dans le confucianisme postérieur. 張載 peut ainsi présenter 庸言庸行 comme la « norme constante de la vertu » et la « voie commune sous le Ciel » : ce qui semble le plus ordinaire devient précisément le lieu où se réalise la conduite morale. |