有財餓鬼
| Lecture japonaise | うざい がき |
| Rōmaji | Uzai Gaki |
| Sens | Dans le vocabulaire bouddhique, catégorie des esprits affamés capables d’obtenir un peu de nourriture, par opposition à ceux qui ne peuvent rien manger. Elle rassemble les esprits qui consomment des substances impures et ceux qui recueillent des restes de repas ou d’offrandes.
Par extension, personne qui accumule des richesses tout en demeurant avare et insatiable ; pingre, grippe-sou. Le terme a également servi d’injure. Littéralement, « esprit affamé pourvu de biens ». 有財 signifie ici « qui possède quelque chose », tandis que 餓鬼 désigne un esprit condamné à la faim. |
| Variante(s) | 有財我鬼 Uzai Gaki
無い物を有る有ると思ふて喰ふは、有財我鬼では無いか。 虎寛本狂言「宗論」(室町末期~近世初期の作品)
Prétendre manger une chose qui n’existe pas, en se persuadant qu’elle est là : n’est-ce pas se comporter comme un esprit affamé qui croit posséder de la nourriture ? « Dispute de doctrines », farce kyōgen, pièce de la fin du Moyen Âge ou du début de l’époque moderne |
| Source | 1) 『三法度論』巻三(San fadu lun, livre III)
問:云何餓鬼?答:餓鬼者,無財、少財、多財。無財、少財、多財者,此三種是餓鬼。 Question : « Quelles sortes d'esprits affamés existe-t-il ? » Réponse : « Ceux qui sont dépourvus de ressources, ceux qui en ont peu et ceux qui en ont beaucoup : telles sont les trois catégories. » Cette classification ancienne emploie les termes courts, avant leur développement en expressions quadrigraphiques. 2) 丁福保『佛學大辭典』「有財餓鬼」(Ding Fubao, Grand dictionnaire du bouddhisme, « Esprits affamés pouvant obtenir de la nourriture ») 餓鬼有三種:一無財餓鬼,畢竟不能食者。二小財餓鬼,食膿血等者。三多財餓鬼,能得人遺落之食及祭饗之食者。三界義說之。指後二者為有財餓鬼。 On distingue trois sortes d’esprits affamés : ceux qui ne peuvent absolument pas manger, ceux qui ne consomment que du pus ou du sang, et ceux qui obtiennent des aliments perdus par les humains ou provenant d’offrandes rituelles. Les deux dernières catégories forment les « esprits affamés ayant accès à de la nourriture ». |
| Niveau Kanken | 3 |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | 銭有て用ひざらんは有財餓鬼となつく。
『慶長見聞集』巻九、1614年
Celui qui possède de l’argent sans jamais s’en servir reçoit le nom de grippe-sou insatiable. Recueil d’observations de l’ère Keichō, livre IX, 1614 |
| Commentaire | Les 餓鬼 ont inspiré certaines des images les plus troublantes de la peinture bouddhique japonaise. Deux rouleaux narratifs du XIIe siècle, intitulés 餓鬼草紙 et conservés aujourd’hui dans les musées nationaux de Tokyo et de Kyoto, les montrent au milieu des hommes. Leur corps est décharné, leur cou étroit, leur ventre démesurément gonflé. Ils se glissent parmi les passants et jusque dans la foule des temples, sans que personne ne les voie. L’un de ces rouleaux les représente avec un trait étonnamment léger, parfois presque humoristique, qui accentue l’étrangeté de leur présence invisible.
Dans le rouleau de Kyoto, certains de ces esprits ne peuvent boire l’eau d’une rivière : seules leur sont accessibles les gouttes tombées des hommes qui la traversent. D’autres se pressent autour de l’eau versée en offrande aux défunts. Les dernières scènes racontent aussi comment les enseignements du Bouddha peuvent les délivrer de leurs tourments. Ces peintures donnent ainsi une présence concrète à un monde de souffrance que la tradition bouddhique imagine tout proche de celui des vivants. |
| Locutions apparentées | 多財餓鬼 Tazai Gaki
無財餓鬼 Muzai Gaki |