Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

九十九折

Lecture japonaise つづらおり
Rōmaji Tsuzura Ori
Sens Route ou sentier qui se replie en de nombreux lacets ; succession de zig-zags, de têtes d'épingle.

Le mot vient de l’image de la liane appelée tsuzura, dont les tiges s’enroulent et se courbent à plusieurs reprises. Dans 九十九折tsuzuraori, 九十九 (99) évoque simplement une multitude de détours.

Variante(s) 1) 葛折つづらおり tsuzura ori

イザベラ・バード 金坂清則訳注, 日本奥地紀行 4 東京―関西―伊勢 日本の国政P.75 (Isabella Bird, traduit et annoté par Kiyoshi Kanesaka, Unbeaten Tracks in Japan, Vol. 4 : Tokyo, Kansai, Ise, Japanese National Politics, p. 75.):

山が壁のようになったこの鈴鹿峠を越えるには、五〇~一〇〇フィート[一五~三一メートル]ごとに一六、七回折れ曲がる葛折の道を上らねばならない。

Le col de Suzuka se levait devant nous tel un mur ; pour le traverser, il nous fallut gravir un chemin sinueux, qui se courbe 16 ou 17 fois tous les 50 à 100 pieds (15 à 31 mètres).

2) 九折つづらおり tsuzura ori

『太平記』七 (Taiheiki, Vol. 7): 九折(ツツラヲリ)なる細道に、五百余騎の敵を相受て、半時許そ支たる

Sur un étroit chemin en lacets, ils affrontèrent plus de cinq cents cavaliers ennemis et les retinrent pendant environ une demi-heure.

Source Il s’agit d’un ancien mot japonais plutôt que d’une locution issue d’un 語本 chinois. Le 『精選版 日本国語大辞典Seisenban Nihon Kokugo Daijiten』 (Grand dictionnaire de la langue japonaise, édition sélectionnée) atteste la lecture つづらおり dès une annotation du 『大唐西域記』 (Grand Rapport sur les contrées occidentales à l’époque des Tang) vers 950.

La graphie historique 九折 est ensuite attestée dans 『太平記Taiheiki』 (Chronique de la grande paix). La graphie 九十九折 est expressive : 九十九 n’indique pas un nombre exact de virages, mais leur multiplicité.

Niveau Kanken 準1級
Rareté 1 – Courant
Exemple d’usage 竹藪に包まれた九十九折の道を登ると峠の頂上になり、ミカン畑が広がる風景を展望できます。
和歌山県公式観光サイト – 「JR紀伊宮原駅~JR湯浅駅」

En gravissant la route qui monte en lacets au milieu des bambous, on atteint le sommet du col, d’où l’on découvre un paysage de vergers de mandariniers.

Site touristique officiel de la préfecture de Wakayama – « De la gare JR Kii-Miyahara à la gare JR Yuasa »
Commentaire La lecture つづらおり est ancienne, tandis que les graphies ont varié au cours du temps. Aujourd’hui, 九十九折 s’emploie naturellement pour les routes de montagne, les cols et les sentiers qui multiplient les virages.

Vous pouvez voir en bas de cette page un exemple de liane "tsuzura" qui s'enroule autour d'une tige, et qui produits les fameux zig-zags qui ont donné naissance à la locution.

Cette locution est très intéressante d'un point de vue lexicologique. Déjà, c'est un 四字熟語yojijukugo créée au Japon, ce qui est assez exceptionnel pour être relevé. Mais elle est encore plus remarquable que cela, car elle est ce qu'on appelle un 当て字ateji. Un 当て字ateji est un phénomène propre à la langue japonaise et qui mériterait un article à part entière. Il arrive qu'en japonais, on utilise un kanji uniquement pour son sens, en lui imposant une prononciation arbitraire ; ou à l'inverse, uniquement pour sa prononciation, peu importe le sens qu'il ait. C'est le cas ici pour 九十九, qui signifie 99 et devrait se lire きゅうじゅうきゅうkyūjūkyū. Or il se lit つづらtsuzura, qui désigne donc cette liane ou lierre grimpant. 九十九 est donc utilisé uniquement pour son sens, sans aucun rapport avec sa prononciation.

Ce phénomène est possible car, contrairement au chinois, le japonais peut s'écrire sans l'aide des kanjis. Il existe en effet deux systèmes d'écriture phonétiques appelés hiragana et katakana, qui sont, grossomodo, l'équivalent de notre alphabet. C'est l'existence de ce décalage entre kanji et kana qui a donné naissance à des usages créatifs comme les 当て字ateji, qui mériteraient leur encyclopédie à part entière.

Locutions apparentées 羊腸小径ようちょうしょうけい yōchō shōkei

斗折蛇行とせつだこう tosetsu dakō

羊腸九曲とせつだこう yōchō kyūkoku

#九 #九十九折 #十 #折