貪夫徇財
| Lecture japonaise | たんぷ じゅんざい |
| Rōmaji | Tanpu Junzai |
| Sens | L'homme cupide est prêt à sacrifier jusqu'à sa vie pour acquérir des richesses ; l'avidité poussée jusqu'à la perte de soi.
Littéralement, « l'homme avide se sacrifie pour les biens matériels ». 貪夫 désigne un homme dominé par la cupidité ; 徇財 signifie « donner sa vie pour la richesse ». Dans ce contexte, 徇 a le sens de 殉, « se sacrifier pour ». |
| Variante(s) | 1) 貪夫殉財 Tanpu Junzai
2) 貪夫狥財 Tanpu Junzai |
| Source | 1) 賈誼「鵩鳥賦」『文選』巻十三(Jia Yi, « Fu de l'oiseau funeste », dans le Wen xuan, vol. XIII)
貪夫徇財兮,烈士徇名;夸者死權兮,品庶每生。 L'homme cupide se sacrifie pour les richesses, l'homme de valeur pour sa renommée ; l'ambitieux meurt pour le pouvoir, les gens ordinaires s'attachent à la vie. La formule figure déjà dans ce poème de Jia Yi, composé sous les Han occidentaux. Le texte s'est transmis notamment par le Wen xuan ; les témoins présentent certaines différences graphiques. 2) 『史記』巻六十一「伯夷列傳」(Shiji, vol. LXI, « Biographie de Boyi ») 賈子曰:「貪夫徇財,烈士徇名,夸者死權,眾庶馮生。」 Maître Jia a dit : « L'homme cupide se sacrifie pour les richesses, l'homme de valeur pour sa renommée, l'ambitieux meurt pour le pouvoir, et les gens ordinaires tiennent à leur existence. » Sima Qian cite ici explicitement Jia Yi. Cette attestation est celle traditionnellement donnée par la lexicographie japonaise ; elle ne doit pas être confondue avec la création de la formule. 3) 李商隱「太倉箴」『全唐文』巻三百七十九(Li Shangyin, « Mise en garde au grenier impérial », dans le Quan Tang wen, vol. 379) 貪夫狥財,有死無二;御黠馬銜,不得不利。 L'homme cupide se dévoue aux richesses, jusque dans la mort, sans en démordre ; pour maîtriser un cheval rétif, il faut disposer d'un mors efficace. Ce texte des Tang atteste la graphie avec 狥. |
| Niveau Kanken | 1 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 1) 身有限兮誰不識、情去情來自罔極。貪夫徇財烈士名、浮世栖栖徒促逼。
大典顕常「千日行」『新編日本古典文学全集』86「日本漢詩集」、小学館、2002年、432頁
Qui ignore que notre vie a des limites ? Pourtant les sentiments vont et viennent sans fin. L'homme cupide se perd pour les richesses, l'homme de valeur pour la renommée ; dans ce monde éphémère, ils s'agitent en vain et ne font qu'abréger leur existence. Daiten Kenjō, « Pratique de mille jours », dans Anthologie de poésie chinoise composée au Japon, 2002, p. 432 (poème de l'époque d'Edo)
2) 経済恐慌があっても自分だけは岡の上にいて安全という財産のために人生をかけるというのが「貪夫徇財」(『史記「伯夷列伝」』から)です。 「貪夫徇財」「四字熟語の愉しみ」『日本丈風の会・茶王樹』(記事、2022年7月の掲載欄、本文内の日付は2020年7月27日)
Consacrer sa vie à une fortune censée vous tenir personnellement à l'abri, même en cas de crise économique : voilà ce que signifie « sacrifier sa vie aux richesses », expression tirée du Shiji, « Biographie de Boyi ». « Se sacrifier pour les richesses », « Le plaisir des expressions en quatre caractères », site de la Société japonaise Jōjin (rubrique de juillet 2022 ; date inscrite dans l'article : 27 juillet 2020) |
| Commentaire | Le japonais possède une image saisissante de la cupidité : 金の亡者, « le spectre de l’argent ». Dans le vocabulaire bouddhique, 亡者 désigne un mort, en particulier une âme qui erre sans parvenir à trouver le repos. Le terme s’applique aussi, au sens figuré, à ceux qu’une obsession possède tout entiers. 我利我利亡者 pousse cette image dans la même direction : celui qui ne poursuit que son profit ressemble à un revenant prisonnier de son désir.
Le rapprochement avec la mort s’inscrit dans un imaginaire bouddhique plus vaste. Les 餓鬼 sont des êtres tourmentés par une faim et une soif insatiables, dont la condition est notamment associée à l’avidité ou à l’avarice de leur existence antérieure. Le japonais connaît même 有財餓鬼, qui désigne figurément une personne entièrement attachée à l’argent. L’avare est ainsi imaginé comme un mort qui continue de désirer, sans jamais connaître la satiété. Cette parenté d’images éclaire le paradoxe d’une richesse poursuivie avec tant d’acharnement qu’elle finit par dévorer la vie de celui qui l’accumule. |
| Locutions apparentées | 我利我利 Garigari
烈士徇名 Resshi Junmei 愛財如命 Aizai Jomei |