泰山北斗
| Lecture japonaise | たいざん ほくと |
| Rōmaji | Taizan Hokuto |
| Sens | Le mont Tai et la Grande Ourse, tous deux objets d’admiration ; par extension, une personne tenue pour l’autorité suprême dans son domaine, notamment dans les lettres, les sciences ou les arts.
Littéralement : « le mont Tai et la Grande Ourse ». 泰山 désigne le mont Tai, l’un des Cinq Monts sacrés de Chine ; 北斗, la Grande Ourse. La locution associe ainsi deux repères éminents vers lesquels on lève les yeux. Elle s’abrège également en 泰斗. |
| Source | La locution 泰山北斗 lexicalise une comparaison employée dans le panégyrique de Han Yu qui clôt sa biographie dans le 『新唐書』, achevé en 1060. Le texte juxtapose encore les deux images au moyen de 如, « comme » : la forme quadrigraphique n’y est donc pas encore graphiquement soudée.
1) 『新唐書』巻一百七十六「韓愈伝・賛」 (Xin Tang shu, vol. 176, « Biographie de Han Yu — éloge final ») 自愈沒,其言大行,學者仰之如泰山、北斗云。 Après la mort de Han Yu, ses paroles se répandirent largement ; les lettrés levèrent les yeux vers lui comme vers le mont Tai et la Grande Ourse. Une attestation exacte de la forme soudée apparaît déjà au XIIe siècle chez 王十朋, dans une question consacrée aux jugements contradictoires portés sur les grands lettrés. À propos de Han Yu, il oppose sa vénération comme autorité suprême au portrait dépréciatif d’un homme fruste et obstiné. 2) 王十朋『梅溪先生廷試策奏議』「策問」 (Wang Shipeng, « Question d’examen », XIIe siècle) 尊之則泰山北斗,抑之則木強人也。 À l’honorer, il est le mont Tai et la Grande Ourse ; à le rabaisser, ce n’est qu’un homme fruste et obstiné. Au Japon, la forme exacte est attestée dès 1563 dans le 玉塵抄, qui explique à son tour la comparaison à propos de Han Yu. 3) 『玉塵抄』一, 1563 (Gyokujinshō, vol. 1, 1563) 星ならば北斗の星ぞ位の高い星ぞ退之を泰山北斗と云た心ぞ Parmi les étoiles, la Grande Ourse occupe le rang le plus élevé : c’est en ce sens que l’on a appelé Tuizhi « mont Tai et Grande Ourse ». |
| Niveau Kanken | pré-2 |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | 吾人は今尚之を記臆す。彼の平和主義の泰山北斗たるブライト氏が、去年六月会て人に向て欧州の現状を説きたる一節を。
徳富蘇峰『将来之日本』三, 1886
Nous nous en souvenons encore aujourd’hui : un passage dans lequel M. Bright, l’autorité suprême du pacifisme, exposait en juin de l’année précédente à quelqu’un la situation présente de l’Europe. Tokutomi Sohō – L’Avenir du Japon, III, 1886 |
| Commentaire | Le mont Tai, dans le Shandong, est le Mont de l’Est parmi les Cinq Monts sacrés de la Chine traditionnelle. Sa sacralité a été étroitement liée au pouvoir impérial : en 219 av. J.-C., Qin Shi Huang y accomplit les sacrifices fengshan, par lesquels il rendait hommage au Ciel et à la Terre et signalait aux dieux qu’il avait unifié la Chine. L’UNESCO recense douze cérémonies impériales historiques sur la montagne et a inscrit le site au patrimoine mondial en 1987.
Le mont est aussi une immense archive de pierre. La montée vers le sommet suit une succession monumentale de plus de 6 600 marches, tandis qu’environ 1 800 stèles et inscriptions jalonnent le paysage. Parmi elles figure notamment un panégyrique du mont Tai dû à l’empereur Xuanzong des Tang. Temples, inscriptions bouddhiques, sanctuaires taoïstes, calligraphies et textes littéraires ont ainsi fait de la montagne un paysage où histoire religieuse, pouvoir impérial et culture lettrée se superposent depuis des siècles. |
| Locutions apparentées | 斗南一人 Tonan no Ichinin
碩学大儒 Sekigaku Taiju |