酔生夢死
| Lecture japonaise | すいせい むし/ぼうし |
| Rōmaji | Suisei Mushi (Bōshi) |
| Sens | Passer toute sa vie dans l’inconscience ou l’indolence, sans rien accomplir de véritablement important.
Littéralement, « vivre comme dans l’ivresse et mourir comme dans un rêve ». |
| Variante(s) | 醉生夢死 Suisei Mushi |
| Source | 程頤「明道先生行状」『河南程氏文集』巻十一(Cheng Yi, « Notice biographique du maître Mingdao », Recueil des écrits des Cheng de Henan, vol. XI, époque des Song)
雖高才明智,膠於見聞,醉生夢死,不自覺也。 Même les personnes de grand talent et de vive intelligence, enfermées dans les connaissances acquises par les sens, peuvent traverser leur vie dans l’ivresse et mourir comme dans un rêve, sans s’en apercevoir. Le passage fut également transmis dans les recueils pédagogiques confucéens, notamment le Xiaoxue. |
| Niveau Kanken | 3 |
| Rareté | 2 – Littéraire |
| Exemple d’usage | 1) 漢学者の謂ふ酔生夢死といふやうな生涯を送つてしまふのが残念である。
森鷗外「妄想」1911年
Je regretterais d’avoir mené une existence pareille à ce que les lettrés sinisants appellent vivre dans l’ivresse et mourir dans le rêve. Mori Ōgai, « Illusions », 1911
2) 短い一生ではあった。酔生夢死。ただそれだけのことだった。然し、そのことに、悔いはなかった。 坂口安吾「紫大納言」
Ce fut une vie brève. Une vie d’ivresse, une mort de rêve. Voilà tout. Pourtant, il n’en éprouvait aucun regret. Sakaguchi Ango, « Le Grand Conseiller pourpre » |
| Commentaire | |
| Commentaire | Dans la Chine des Song, les frères Cheng Hao et Cheng Yi participèrent à la renaissance de la pensée confucéenne face à l'influence du bouddhisme et du taoïsme. La biographie que Cheng Yi consacra à son frère raconte qu'après avoir entendu le philosophe Zhou Dunyi parler de la Voie, Cheng Hao se détourna, vers quinze ou seize ans, des études préparatoires aux concours administratifs. Il explora longuement différents courants de pensée, notamment bouddhiques et taoïstes, avant de revenir aux Six Classiques. À ses yeux, l'étude devait éclairer la conduite humaine, les devoirs familiaux et le gouvernement, plutôt que se limiter à des spéculations sur les mystères de l'univers.
Sa critique des doctrines rivales repose sur un paradoxe : les erreurs les plus dangereuses séduisent parfois les esprits les plus instruits. Il leur reproche de revendiquer une connaissance profonde des phénomènes tout en laissant de côté les rapports entre les êtres humains. La subtilité intellectuelle peut alors devenir une forme d'aveuglement. Pour les frères Cheng, le savoir devait se manifester dans la manière de vivre et d'agir ; une érudition séparée de cette exigence morale risquait de détourner les lettrés de ce qu'ils considéraient comme la véritable Voie. C'est dans ce contexte qu'apparaît la locution, comme manière de mettre en garde contre une vie passée à l'étude, sans rien accomplir de concret pour son prochain. |
| Locutions apparentées | 無為徒食 Mui Toshoku
遊生夢死 Yūsei Mushi 走尸行肉 Sōshi Kōniku 飽食終日 Hōshoku Shūjitsu |