走尸行肉
| Lecture japonaise | そうし こうにく |
| Rōmaji | Sōshi Kōniku |
| Sens | Personne qui mène une existence dénuée d’utilité ou d’aspiration et que l’on méprise comme un être privé de vie intérieure. Expression très péjorative.
Littéralement, « cadavre qui court et chair qui marche ». 走尸 évoque un cadavre capable de se déplacer, et 行肉 une masse de chair ambulante. |
| Variante(s) | 行尸走肉 Kōshi Sōniku
学文をすれば武勇ぬるくなるなどいひてその心ざしなきともがらは、まことに行尸走肉のたぐひともいひつべし。 辻原元甫『知恵鑑』巻七・二〇、1660年
Quant à ceux qui prétendent que l'étude affaiblit la vaillance guerrière et qui, pour cette raison, ne manifestent aucune volonté d'apprendre, on peut véritablement les ranger parmi les cadavres ambulants. Tsujihara Genpo, Le Miroir de la sagesse, livre VII, section 20, 1660 |
| Source | 1) 王嘉『拾遺記』巻六「任末」(Wang Jia, Shiyi ji, « Ren Mo », vol. VI, texte attribué au IVe siècle)
臨終誡曰:「夫人好學,雖死若存;不學者雖存,謂之行尸走肉耳!」 Sur son lit de mort, il donna cet avertissement : « Celui qui aime apprendre demeure, même après sa mort, comme s'il était encore en vie ; celui qui n'étudie pas, bien que vivant, n'est qu'un cadavre ambulant. » Ce passage fournit l'antécédent le plus ancien de l'image. Il emploie 行尸走肉, avec 行 devant 尸 et 走 devant 肉, et non les quatre caractères dans l'ordre exact de 走尸行肉. 2) Le premier emploi au Japon se trouve dans 安井息軒「三計塾記」(Yasui Sokken, « Notice de l'école Sankeijuku », époque d'Edo) 而るに終ひに自ら異を世に標す能はず、蠢蠢乎として走尸行肉の中に遊嬉し、以て計を得たりと爲すは、虱の褌に棲むと何をか擇ばん。 Et pourtant, si l'on ne parvient jamais à se distinguer dans le monde, si l'on s'amuse inconsidérément au milieu de ces cadavres ambulants et êtres sans esprit, tout en estimant avoir réussi sa vie, en quoi diffère-t-on d'un pou installé dans un pagne ? |
| Niveau Kanken | 1 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 今の政黨が本領精神全く喪失して、尨然たる走尸行肉に過ぎずして、今後の政局を托するに堪へざる所以實に玆に在り、
幸徳秋水『長廣舌』1902年
Les partis politiques actuels ont complètement perdu leur vocation et leur esprit ; ils ne sont plus qu'une masse informe de cadavres ambulants. Voilà précisément pourquoi ils sont incapables d'assumer la conduite des affaires politiques à venir. Kōtoku Shūsui, Longue harangue, 1902 |
| Commentaire | Le recueil chinois Shiyi ji, attribué à Wang Jia au IVe siècle, rapporte une histoire singulière à propos du lettré Ren Mo, qui vécut sous les Han orientaux. Avide d’apprendre, celui-ci parcourait de longues distances à la recherche de maîtres et poursuivait ses lectures jusque dans les forêts. Il taillait des épines pour en faire des pinceaux, recueillait la sève des arbres pour écrire et travaillait la nuit à la lumière des astres ou de plantes qu’il faisait brûler. Lorsqu’une lecture lui inspirait une réflexion, il la notait directement sur ses vêtements ; ses disciples, admiratifs, lui apportaient des habits propres en échange de ceux qu’il avait couverts de notes.
Sur son lit de mort, Ren Mo aurait laissé à ses élèves cette maxime : « Celui qui aime apprendre, même mort, demeure comme vivant ; celui qui n’apprend pas, même vivant, n’est qu’un cadavre ambulant. » Le texte emploie à cet endroit l’expression chinoise 行尸走肉. L’opposition est saisissante : le savoir permet à un homme de demeurer présent après sa mort, tandis qu’une existence privée de culture est assimilée à une mort anticipée. L’image du corps sans vie intérieure appartient ainsi à une très ancienne réflexion sur l’éducation et sur ce qui mérite véritablement le nom de vie. |
| Locutions apparentées | 無為徒食 Mui Toshoku
遊生夢死 Yūsei Mushi 酔生夢死 Suisei Mushi 飽食終日 Hōshoku Shūjitsu |