蕉風俳諧
| Lecture japonaise | しょうふう はいかい |
| Rōmaji | Shōfū Haikai |
| Sens | Le haikai de Matsuo Bashō et de son école : le courant poétique élaboré par Bashō et ses disciples, auquel la tradition associe notamment さび, しおり, 細み et, dans sa phase tardive, 軽み.
蕉風 signifie « style de Bashō » ; 俳諧 désigne ici le haikai pratiqué et théorisé au sein de son école. En histoire littéraire, le terme sert également à distinguer ce courant des écoles 貞門 et 談林 qui l’ont précédé. |
| Variante(s) | 1) 正風俳諧 Shōfū Haikai
正風 signifie littéralement « style orthodoxe » et possède une histoire plus large que la seule école de Bashō ; dans l’histoire du haikai, le terme a fini par servir également de désignation du 蕉風. 『正風俳諧百家集』 千兮『正風俳諧百家集』, 1848
« Recueil de cent auteurs du haikai orthodoxe ». Shōfū Haikai Hyakkashū, 1848
2) 正風誹諧 Shōfū Haikai 『正風誹諧一道相伝』 『正風誹諧一道相伝』
« Transmission de la voie du haikai orthodoxe ». « Transmission de la voie du haikai orthodoxe » |
| Source | 蕉風俳諧 est un terme japonais d’histoire littéraire construit sur 蕉風, le nom donné au style de Bashō et de son école.
Le 日本国語大辞典 donne notamment cet exemple de 蕉風 daté de 1773 : 『蕉門一夜口授』, 1773 (Transmission orale d’une nuit de l’école de Bashō, 1773) 貞享元年の頃は、翁、貞徳の風を離れ、此蕉風の一門を起す始也。 Vers la première année de Jōkyō, le maître s’éloigna du style de Teitoku : ce fut le commencement de l’école de ce style de Bashō. La lexicographie japonaise situe la diffusion du terme 蕉風 dans le mouvement de redécouverte et de restauration de l’école de Bashō à partir du milieu de l’époque d’Edo ; l’assimilation de 蕉風 à 正風, le « style orthodoxe », appartient à cette histoire. La forme quadrigraphique exacte est attestée dans un titre publié en juin 1883 : 『蕉風俳諧変化表』, 1883 (Tableau des transformations du haikai de l’école Bashō, 1883) |
| Niveau Kanken | pré-1 |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | こうして、元禄・宝永期には身分の上下を問わず、松山藩士の間に蕉風俳諧が広まり、松山に蕉風俳諧の伝統がしっかりと形成されていくのである。
『愛媛県史 文学』「四 伊予の蕉風俳諧」, 1984
Ainsi, durant les ères Genroku et Hōei, sans distinction de rang, le haikai de l’école Bashō se répandit parmi les guerriers du domaine de Matsuyama, et une solide tradition s’établit à Matsuyama. Histoire de la préfecture d’Ehime — Littérature, « IV. Le haikai de l’école Bashō à Iyo », 1984 |
| Commentaire |
Le haikai s’est constitué à partir de la tradition du 連歌, poésie en chaîne pratiquée à plusieurs. Dans le 俳諧の連歌, les participants enchaînaient des vers de 5-7-5 et de 7-7 en faisant jouer les échos, les déplacements de sens, l’humour et les références partagées. Le premier vers, le 発句, ouvrait la séance ; venait ensuite le 脇句, puis la chaîne se poursuivait selon des règles précises. Une grande part de l’art résidait dans le 付合 : chaque nouveau vers devait répondre au précédent tout en entraînant l’ensemble vers une autre scène ou une autre association.
Cette pratique collective est essentielle pour comprendre la distance entre le haikai de l’époque d’Edo et le haiku moderne. Le mot 俳句 existait déjà sous les Tokugawa, mais son emploi courant pour désigner le poème autonome de 5-7-5 s’impose à l’ère Meiji avec 正岡子規. À l’époque de Bashō, les vers que l’on détache aujourd’hui des anthologies comme des « haikus » étaient des 発句, souvent conçus dans l’horizon beaucoup plus vaste du haikai et de ses compositions liées. Cette différence éclaire la figure de 松尾芭蕉. Sa célébrité actuelle repose largement sur quelques 発句 devenus emblématiques, alors que la tradition de son école accordait une place considérable à sa maîtrise de l’enchaînement. Son disciple 許六 rapporte dans 宇陀法師 une remarque particulièrement révélatrice : Bashō reconnaissait que plusieurs de ses disciples pouvaient composer des 発句 à son niveau ; il considérait en revanche que son art propre se manifestait pleinement dans le haikai lié. Le maître apparaît ainsi comme un poète attentif au mouvement d’une séquence, à la relation entre les vers et à la dynamique d’une composition collective. Le 蕉門, l’ensemble de ses disciples, formait lui-même un milieu très divers. Les disciples rejoignirent Bashō à des périodes différentes, développèrent des personnalités poétiques distinctes et diffusèrent ensuite leurs propres pratiques du haikai. Les voyages du poète participent à cet univers de circulation : de 野ざらし紀行 à おくのほそ道, Bashō traverse le Japon, compose des récits de voyage et entretient des liens avec des cercles régionaux. Après sa mort, certains de ses disciples voyagent à leur tour pour honorer sa mémoire et diffuser son œuvre. Le 蕉風俳諧 appartient à cette culture de la rencontre, de l’échange et de la transmission entre poètes. |