立身出世
| Lecture japonaise | りっしん しゅっせ |
| Rōmaji | Risshin Shusse |
| Sens | Réussir socialement, accéder à une position élevée et voir ses qualités ou son nom reconnus par le monde. La locution s’applique à une carrière, à une ambition personnelle ou à la réussite attendue d’un enfant.
Littéralement : « établir sa personne et se faire une place dans le monde ». 立身 signifie parvenir à une position honorable ; 出世, sortir de l’obscurité et se faire connaître. En lecture analytique du chinois, on dit 身を立て世に出づ. |
| Source | Cette expression appartient à la tradition japonaise du succès social. Parmi les attestations relevées dans la lexicographie, une pièce de kabuki de 1753 l’emploie déjà au sujet d’une promotion rendue possible par l’obtention d’une reconnaissance officielle.
『幼稚子敵討』二(1753年) (Osanago katakiuchi, acte II, pièce de kabuki, 1753) 印可さへ譲り請さっしゃれば、立身出世は見へてござる。 Pourvu qu’on vous cède l’attestation de maîtrise, votre élévation dans le monde est assurée. |
| Niveau Kanken | 5 |
| Rareté | 1 – Courant |
| Exemple d’usage | 清はおれをもって将来立身出世して立派なものになると思い込んでいた。
夏目漱石『坊っちゃん』、1906年
Kiyo s’était persuadée qu’un jour je réussirais dans la vie et deviendrais quelqu’un de respectable. Natsume Sōseki, Botchan, 1906 |
| Commentaire | Cette locution est rentrée dans le langage de tous les jours pour désigner ce que nous appelons "l'ascension sociale". Aujourd'hui, cela évoque chez le lecteur l'idée d'avoir une situation salariale privilégiée, gravir les échelons de la politique ou être plus généralement une célébrité.
Mais cette compréhension est tributaire de notre société égalitaire. Or pendant longtemps au Japon, cela ne fut pas le cas. L'idée d'une "ascension sociale" aurait été inimaginable durant certaines époques et ce qu'elle a évoqué au fil des siècles a considérablement changé. Selon le sociologue japonais 麻生誠, dès l'époque d'Edo, alors que la hiérarchie sociale entre samouraïs, paysans, artisans et marchands était établie, les notions nouvelles d'ascension sociale et de réussite sociale étaient prônées auprès du peuple. Il s'agissait de vivre simplement et frugalement, de réprimer ses désirs et d'endurer les épreuves pour « gagner sa vie », c'est-à-dire pour pouvoir vivre dignement. Ce modèle véhiculait une éthique de vie au sein d'une société aux rôles professionnels bien définis et décrivait une manière d'agir pour accomplir son travail avec brio et ainsi gagner le respect d'autrui. Avec la restauration de Meiji, la société connut une transformation radicale et les possibilités d'ascension sociale se multiplièrent. Dès lors, la réussite et la promotion devinrent indissociables de cette ascension. Le « Saigoku Risshihen » (1870-1871) de Nakamura Keiu (traduction du livre Self-Help de Samuel Smiles), best-seller de l'époque, et « Promotion de l'éducation » (1872) de Fukuzawa Yukichi incitaient chacun à réussir et à progresser socialement grâce à son talent et à ses efforts. À cette époque, la réussite et la promotion individuelles coïncidaient directement avec la réussite et la progression nationales (rattraper les grandes puissances), et elles étaient officiellement justifiées. Par la suite, à partir de la fin de l'ère Meiji, la stratification sociale s'est stabilisé, et la voie de l'ascension sociale fut institutionnalisée par les écoles et l'administration. Le concept de réussite et de promotion perdit alors de son caractère spontané pour se formaliser et se banaliser. Au Japon, on considère que les qualifications académiques et l'adaptabilité collective sont indispensables à la progression de carrière. |
| Locutions apparentées | 権貴栄達 Kenki Eidatsu
白日昇天 Hakujitsu Shōten 立身栄達 Risshin Eidatsu 立身揚名 Risshin Yōmei |