Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

拈華微笑

Lecture japonaise ねんげ みしょう
Rōmaji Nenge Mishō
Sens Se comprendre ou transmettre une vérité directement de cœur à cœur, sans recourir aux paroles ni aux écrits.

Littéralement : « prendre une fleur et sourire ».

La locution renvoie à un célèbre récit du bouddhisme Chan : devant l'assemblée réunie au Pic des Vautours, le Bouddha se contente de prendre une fleur et de la montrer silencieusement. Personne n'en comprend le sens, à l'exception de Mahākāśyapa, qui sourit. Le Bouddha reconnaît alors en lui celui qui a compris son enseignement au-delà des mots.

Variante(s) 拈花微笑ねんげみしょう nenge mishō

Variante employant 花 à la place de 華. Les deux graphies sont anciennes : les textes du Chan des Song emploient déjà concurremment 拈花 et 拈華.

Source 宋・宗永『宗門統要集』巻一「釈迦文佛」 (« Recueil des essentiels de l'école Chan », volume I, « Le Bouddha Śākyamuni »), 1093 :

世尊昔在靈山會上,拈花示眾,是時眾皆默然,惟迦葉尊者破顏微笑。世尊云:吾有正法眼藏、涅槃妙心、實相無相、微妙法門,不立文字、教外別傳,付囑摩訶迦葉。

Autrefois, alors que le Bienheureux se trouvait devant l'assemblée du Pic des Vautours, il prit une fleur et la montra à tous. L'assemblée entière demeura silencieuse ; seul le vénérable Kāśyapa laissa son visage s'éclairer d'un sourire. Le Bienheureux déclara : « Je possède le trésor de l'œil du vrai Dharma, le merveilleux esprit du nirvāṇa, la réalité véritable qui est sans forme et la subtile porte du Dharma. Il ne repose pas sur les mots et se transmet spécialement en dehors de l'enseignement écrit. Je le confie à Mahākāśyapa. »

Au Japon, la forme compacte est attestée dès le 『聖愚問答鈔』 (« Dialogue entre le sage et l'insensé ») de Nichiren, en 1265 :

釈尊金棺より御足を出し拈華微笑して、此の法門を迦葉に付属ありしより已来……

Depuis que Śākyamuni, sortant ses pieds de son cercueil d'or, prit une fleur et sourit, transmettant cette doctrine à Kāśyapa……

Niveau Kanken 1
Rareté 3 – Érudit
Exemple d'usage わたしたちはわたしたちの気もちを容易に他人に伝えることはできない。それはただ伝えられる他人しだいによるのである。「拈華微笑」の昔はもちろん、百数十行に亙る新聞記事さえ他人の気もちと応じない時にはとうてい合点のできるものではない。
芥川龍之介 – 「十本の針」, 1927

Il ne nous est pas facile de transmettre nos sentiments à autrui : tout dépend de celui à qui ils sont transmis. Cela allait de soi « quand le Bouddha pointait du doigt le lotus » ; mais aujourd'hui encore, même un article de journal long de plus de cent lignes restera tout à fait incompréhensible s'il ne trouve aucun écho dans les sentiments de celui qui le lit.

Akutagawa Ryūnosuke – « Dix aiguilles », 1927
Commentaire La scène de la fleur et du sourire est traditionnellement présentée comme le premier acte de transmission du zen : le Bouddha aurait communiqué directement son éveil à 摩訶迦葉Makakashō, sans paroles et en dehors des textes.

Historiquement, il ne s'agit cependant pas d'un épisode que l'on puisse faire remonter aux anciens textes bouddhiques indiens. Le récit se forme progressivement dans les milieux du Chan chinois sous les Song du Nord, au XIe siècle. La formulation devenue classique apparaît notamment dans le 『宗門統要集Shūmon Tōyōshū』 de 1093, avant d'être reprise en 1228 dans le célèbre sixième cas du 『無門関Mumonkan』, intitulé 「世尊拈花」.

Une tradition ultérieure attribue l'histoire au 『大梵天王問仏決疑経Dai Bonten'ō Monbutsu Ketsugikyō』. Ce texte n'est toutefois pas un sūtra indien ancien : son authenticité a été mise en doute depuis longtemps et les recherches modernes le considèrent comme un apocryphe chinois tardif. Il ne peut donc pas être considéré comme la source historique originelle du récit.

Le geste du Bouddha et le sourire de Kāśyapa sont devenus l'illustration par excellence de plusieurs principes fondamentaux du Chan : 以心伝心ishin denshin, la transmission « de cœur à cœur » ; 不立文字furyū monji, le refus de faire dépendre l'éveil des mots et des écritures ; et 教外別伝kyōge betsuden, la « transmission spéciale en dehors de l'enseignement ».

La locution elle-même condense deux éléments du récit : 拈華nenge, le geste de prendre ou de faire tourner la fleur entre les doigts, et 微笑mishō, le sourire silencieux de Kāśyapa. La formulation chinoise ancienne emploie plus précisément 破顔微笑hagan mishō, « laisser son visage s'ouvrir en un sourire ».

Locutions apparentées 維摩一黙ゆいまいちもく yuima ichimoku

以心伝心いしんでんしん ishin denshin

不言不語ふげんふご fugen fugo

教外別伝きょうげべつでん kyōge betsuden

不立文字ふりゅうもんじ furyū monji

感応道交かんのうどうこう kannō dōkō

神会黙契しんかいもっけい shinkai mokkei

黙契秘旨もっけいひし mokkei hishi

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