Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

磨礱砥礪

Lecture japonaise まろう しれい
Rōmaji Marō Shirei
Sens Usure lente et imperceptible d'une matière, qui finit par disparaître sous l'effet de frottements répétés. Par analogie, accumulation de changements infimes dont les conséquences ne deviennent sensibles qu'avec le temps.

Dans des emplois chinois et japonais plus tardifs, la locution désigne également le perfectionnement intellectuel, moral ou spirituel obtenu au prix d'un exercice rigoureux.

Littéralement, les quatre caractères évoquent des instruments de mouture et de polissage : les meules désignées par 磨ma et 礱rō, puis les pierres à aiguiser 砥shi et 礪rei.

Variante(s) 磨礲砥礪まろうしれい Marō Shirei
Source 1) 『文選』巻三十九、枚乘「上書諫吳王」 (Wen xuan, vol. 39, Mei Cheng, « Mémoire pour admonester le roi de Wu »)

據其未生,先其未形也。磨礱砥礪,不見其損,有時而盡。

Il faut agir avant que le mal ne naisse, avant même qu'il ne prenne forme. À force de meuler et d'aiguiser, on ne voit pas la matière s'user, mais il arrive un moment où elle est entièrement consumée.

Ce mémoire de Mei Cheng, composé sous les Han occidentaux, fournit l'attestation ancienne de la forme retenue dans le Wen xuan.

2) 『漢書』巻五十一「枚乘傳」 (Han shu, vol. 51, « Biographie de Mei Cheng »)

磨礱底厲,不見其損,有時而盡。

À force de meuler et d'aiguiser, on ne remarque pas l'usure, mais tout finit un jour par être épuisé.

Le Livre des Han conserve ainsi une rédaction du même passage avec les caractères 底厲 à la place de 砥礪.

3) 『明史』巻百六十四「范濟傳」 (Ming shi, vol. 164, « Biographie de Fan Ji »)

磨礱砥礪,使其氣充誌定,卓然成材。

Les former et les perfectionner avec rigueur, afin d'affermir leur énergie et leur résolution et de faire d'eux des hommes d'exception.

Dans ce mémoire consacré notamment à l'enseignement, présenté sous le règne de l'empereur Xuande, l'image désigne le travail de formation des élèves.

Niveau Kanken Absent
Rareté 4 – Marginal
Exemple d’usage 時聞感譽上人者住武之河越蓮馨寺能調馭其衆也遂望望然去乃之通籍磨礱砥礪視往有踰焉
妙導『幡隨意上人行状』、『浄土宗全書』第17巻、702頁B、1746年刊本

Apprenant que le révérend Kan'yo, établi au temple Renkeiji de Kawagoe, dans la province de Musashi, excellait à guider sa communauté, il s'y rendit avec empressement et la rejoignit ; il y poursuivit sa formation avec ardeur, dépassant ses progrès antérieurs.

Myōdō, Biographie du révérend Banzui, dans le Recueil intégral de l'école Jōdo, vol. 17, p. 702B ; édition de 1746
Commentaire L'origine de la locution est liée à un avertissement demeuré sans effet, adressé au roi de Wu, Liu Bi, sous les Han occidentaux. Selon le Livre des Han, le fils du roi, invité à la cour impériale, s'était querellé avec le prince héritier Liu Qi au cours d'une partie de jeu de plateau. Liu Qi lui lança le plateau et le tua. Lorsque le corps fut ramené à Wu, Liu Bi, furieux, le renvoya à Chang'an en déclarant : « Nous sommes tous d'une même famille. S'il est mort à Chang'an, qu'on l'enterre à Chang'an ! Pourquoi me le renvoyer ? » Dès lors, il nourrit une profonde rancune contre la cour et cessa de s'y présenter sous prétexte de maladie.

Alors que Liu Bi envisageait de se rebeller, son conseiller Mei Cheng tenta de l'en dissuader. Dans son mémoire, il accumule les images d'une action minuscule devenue irrésistible avec le temps : l'eau qui creuse la pierre, la corde qui use le bois et la matière que le polissage fait disparaître sans qu'on en perçoive la perte au jour le jour. C'est dans cet enchaînement que prend place 磨礱砥礪Marō Shirei. Mei Cheng invite le roi à reconnaître le danger naissant et à renoncer à ses projets avant qu'ils n'entraînent sa perte.

Liu Bi rejeta son conseil, et Mei Cheng quitta Wu pour rejoindre la cour du roi de Liang. En 154 avant notre ère, lorsque Liu Bi prit la tête de la révolte des Sept Royaumes, Mei Cheng lui adressa un second mémoire pour le convaincre de déposer les armes. Ce nouvel avertissement fut lui aussi ignoré. La coalition fut écrasée et Liu Bi périt après sa défaite. L'image de l'usure imperceptible prenait ainsi une résonance tragique : le roi avait laissé grandir le péril que son conseiller lui demandait de prévenir.

#砥 #磨 #磨礱砥礪 #磨礲砥礪 #礪 #礱 #礲