踽踽涼涼
| Lecture japonaise | くく りょうりょう |
| Rōmaji | Kuku Ryōryō |
| Sens | Aller seul son chemin, sans compagnie ni liens étroits avec autrui ; avoir une attitude solitaire, distante, peu disposée à se mêler aux autres.
Littéralement, 踽踽 décrit une personne qui marche seule ; 涼涼 évoque ici la froideur des rapports humains et l'absence d'intimité. |
| Source | 『孟子』「盡心下」(Mengzi, « Jin xin xia »)
行何為踽踽涼涼?生斯世也,為斯世也,善斯可矣。 Pourquoi donc vivre ainsi, seul et à l'écart des autres ? Puisqu'on est né dans ce monde, il faut vivre à la manière de ce monde ; passer pour quelqu'un de bien, voilà qui suffit. Dans ce dialogue, ces paroles sont attribuées au faux homme de bien qui recherche l'approbation de son entourage. Il tourne en dérision l'intransigeance de ceux qui refusent de sacrifier leurs principes pour se faire accepter. |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 踽々涼々愧素餐・・・
吉村斐山「吉村斐山書」、19世紀、九州大学中央図書館、吉村家資料/仮/34-5
Solitaire et sans attaches, j'ai honte de vivre sans mériter ma subsistance… Yoshimura Hizan, document calligraphié, XIXe siècle, Bibliothèque centrale de l'université de Kyūshū, fonds Yoshimura
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| Commentaire | La locution apparaît dans un dialogue entre Mencius et son disciple Wan Zhang, consacré aux hommes que Confucius pouvait estimer malgré leurs imperfections. Mencius distingue deux tempéraments : les idéalistes exaltés, dont les ambitions morales dépassent parfois les actes, et les hommes d'une rigueur farouche, qui refusent de se compromettre. À défaut de rencontrer un homme suivant parfaitement la juste mesure, Confucius préfère encore ces deux attitudes à la complaisance morale.
C'est alors que Mencius fait parler le xiangyuan, l'homme que tout son village juge respectable. Celui-ci se moque d'abord des idéalistes qui invoquent sans cesse la grandeur des Anciens, puis des hommes intransigeants : « Pourquoi marcher ainsi tout seul, sans entretenir de liens avec les autres ? » Il poursuit : « Puisqu'on vit dans ce monde, il faut vivre comme lui ; être tenu pour quelqu'un de bien, voilà qui suffit. » Cette dernière proposition est décisive : l'important, à ses yeux, est d'obtenir l'approbation de ses contemporains, quitte à renoncer à ses propres exigences. Le paradoxe est que cet homme accommodant, apprécié de tous, est précisément celui que Confucius qualifie de « voleur de vertu ». Son honnêteté apparente masque un conformisme qui finit par confondre le bien avec ce que la société approuve. La solitude dénoncée par la locution est donc, dans ce dialogue, un reproche formulé par le conformiste contre ceux qui préfèrent rester fidèles à leurs principes, même au prix de leur isolement. |