Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

古琴之友

Lecture japonaise こきん の とも
Rōmaji Kokin no Tomo
Sens Un ami qui vous comprend profondément, un confident capable de saisir vos pensées et vos sentiments.

Littéralement : les amis du guqin (la cithare traditionnelle chinoise).

Variante(s) 1) 古琴の友こきんのとも kokin no tomo

Forme japonisée attestée chez 土井晩翠Doi Bansui en 1899. Le passage est reproduit dans « Source », car cette attestation est essentielle pour comprendre l’histoire de la formation.

2) 古琴友こきんのとも kokin no tomo

Forme lexicographique à trois kanji enregistrée par le 『新選漢和辞典 Web版Shinsen Kanwa Jiten Web-ban』 (Nouveau dictionnaire sino-japonais sélectionné, version Web). La graphie omet no, mais la lecture le conserve explicitement. La notice et sa traduction sont reproduites dans « Source ».

Source 1) Le 語本gohon — c’est-à-dire le récit ou le passage ancien sur lequel une expression s’est construite, sans que sa forme figée exacte y apparaisse nécessairement — est ici l’histoire de 伯牙 (Boya) et 鍾子期 (Zhong Ziqi). Les dictionnaires japonais rattachent la formule à l’épisode de 伯牙絶弦Hakuga Zetsugen, « Boya brise les cordes de son guqin » : Zhong Ziqi est l’auditeur capable de saisir dans la musique de Boya ce que celui-ci a précisément à l’esprit ; après sa mort, Boya brise son instrument et ses cordes, estimant qu’il n’existe plus personne au monde pour qui il vaille la peine de jouer.

Il faut cependant bien distinguer ce 語本gohon de la locution elle-même. L’anecdote ancienne fournit l’image du musicien et de l’ami qui le comprend parfaitement, mais elle ne constitue pas à elle seule une attestation de la séquence 古琴之友kokin no tomo. C’est précisément cette distinction qui rend l’histoire documentaire de la formule japonaise intéressante.

2) Le 『新選漢和辞典 Web版Shinsen Kanwa Jiten Web-ban』 (Nouveau dictionnaire sino-japonais sélectionné, version Web) apporte ici un témoignage particulièrement précieux. Il ne donne pas, dans cette notice, la graphie quadrigraphique 古琴之友kokin no tomo, mais une vedette à trois kanji, 古琴友kokin no tomo, tout en maintenant explicitement dans la lecture la particule no :

古琴友】こきんのとも 自分をよく理解してくれる友。知音(ちいん)。知己(ちき)。「伯牙絶弦」をふまえた語。〈土井晩翠の詩・星落秋風五丈原〉

« Kokin no tomo » : un ami qui vous comprend bien ; un 知音chiin, un 知己chiki. Terme fondé sur l’épisode de « Boya brisant les cordes de son qin ». Exemple : un poème de Doi Bansui, « L’étoile tombe sous le vent d’automne à Wuzhangyuan ».

小学館Shōgakukan – 『新選漢和辞典 Web版Shinsen Kanwa Jiten Web-ban』 (Nouveau dictionnaire sino-japonais sélectionné, version Web)

Cette entrée est importante à deux titres. D’abord, elle atteste que 古琴友kokin no tomo est traité comme une unité lexicale signifiant « ami intime, personne qui vous comprend », et non comme la simple juxtaposition occasionnelle de « vieux qin » et « ami ». Ensuite, sa lecture こきんのともkokin no tomo montre que le no grammatical subsiste oralement alors qu’il n’est pas écrit : la graphie à trois caractères correspond donc déjà au syntagme japonais 古琴の友kokin no tomo.

3) Or c’est précisément cette forme avec no que l’on rencontre dans le témoin textuel japonais le plus ancien que j’ai pu vérifier à ce stade. Elle apparaît chez 土井晩翠Doi Bansui dans 「星落秋風五丈原Hoshi Otsu Shūfū Gojōgen」 (« L’étoile tombe sous le vent d’automne à Wuzhangyuan »), recueilli en 1899 dans 『天地有情Tenchi Ujō』 (Le ciel et la terre sont doués de sentiment) :

古琴の友よさらばいざ、

土井晩翠Doi Bansui – 「星落秋風五丈原Hoshi Otsu Shūfū Gojōgen」 (« L’étoile tombe sous le vent d’automne à Wuzhangyuan »), 『天地有情Tenchi Ujō』 (Le ciel et la terre sont doués de sentiment), 1899

Adieu donc, ami du vieux qin.

Cette occurrence prend une importance particulière puisque le 『新選漢和辞典 Web版Shinsen Kanwa Jiten Web-ban』 cite précisément le poème de 土井晩翠Doi Bansui pour documenter sa vedette 古琴友kokin no tomo. Il ne s’agit donc pas seulement d’un rapprochement que l’on reconstruirait aujourd’hui : la tradition lexicographique elle-même met directement en relation la forme textuelle 古琴の友kokin no tomo et le lemme 古琴友kokin no tomo.

Nous possédons ainsi un premier enchaînement documentaire assez solide :

古琴の友kokin no tomo古琴友kokin no tomo.

4) Le passage à la graphie 古琴之友kokin no tomo est beaucoup plus mystérieux. Remplacer graphiquement la particule japonaise no par no donne exactement quatre kanji sans modifier la lecture :

古琴の友kokin no tomo古琴友kokin no tomo古琴之友kokin no tomo.

Cette succession invite naturellement à se demander si 古琴之友kokin no tomo ne constitue pas une régularisation sinographique de la forme japonaise, peut-être favorisée par la volonté de lui donner la morphologie visuelle d’un 四字熟語yojijukugo. L’hypothèse est particulièrement séduisante puisque la forme à trois kanji conserve déjà un no invisible dans sa lecture, que no peut précisément matérialiser graphiquement.

Mais il faut s’arrêter là où s’arrêtent les témoins : rien ne permet encore d’affirmer que 古琴之友kokin no tomo a été « inventé par un dictionnaire », ni d’identifier le moment où cette graphie est apparue. Pour le démontrer, il faudrait établir la chronologie des premières notices lexicographiques et les confronter aux occurrences textuelles contemporaines ou antérieures.

La plus ancienne attestation exacte de 古琴之友kokin no tomo que j’ai pu vérifier à ce stade est le titre du dix-huitième chapitre de 『赤と青のガウンAka to Ao no Gaun』 (« La robe rouge et bleue — Souvenirs d’un séjour d’études à Oxford ») de 彬子女王Akiko Joō, paru chez PHP研究所PHP Kenkyūjo le 16 janvier 2015 :

古琴之友

彬子女王Akiko Joō – 『赤と青のガウン オックスフォード留学記Aka to Ao no Gaun — Okkusufōdo Ryūgakuki』 (« La robe rouge et bleue — Souvenirs d’un séjour d’études à Oxford »), 2015

Un ami qui vous comprend profondément.

Il serait toutefois erroné de transformer cette date en date de création. Le témoignage de 2015 constitue seulement, dans l’état actuel de la recherche, un terminus vérifié pour la graphie exacte. La forme peut parfaitement être plus ancienne, notamment dans la lexicographie spécialisée ; l’identification du plus ancien dictionnaire donnant effectivement 古琴之友kokin no tomo reste donc décisive pour comprendre son histoire.

5) Enfin, la graphie à quatre kanji n’est pas seulement une vedette lexicographique ou un titre. Un emploi japonais discursif exact est attesté en 2019 : la locution y désigne directement deux personnes devenues très proches malgré leur différence de génération. Voir la section « Exemple d'usage » ci-dessous.

Niveau Kanken Absent
Rareté 4 – Marginal
Exemple d’usage あっという間に意気投合し、2人は今や世代を超えた「古琴之友」である。
宮副直記 – 「佐賀・有明海産の牡蠣が『世界一』と言える理由」, 2019

Ils se sont immédiatement entendus et sont désormais, par-delà les générations, des amis qui se comprennent profondément.

Naoki Miyazoe – « Pourquoi les huîtres de la mer d’Ariake, à Saga, peuvent être dites “les meilleures du monde” », 2019
Commentaire La formule connaît néanmoins des réemplois culturels contemporains. Pour le 歌会始utakai hajime de 2023, dont le thème était tomo, « l’ami », la maison de confiserie Akashiya a ainsi créé un 御題菓gyodaigashi, une pâtisserie inspirée du thème impérial annuel, portant précisément le nom 古琴之友kokin no tomo. C’est un bel exemple de survie culturelle d’une expression presque absente de l’usage discursif ordinaire.
Locutions apparentées 断琴之交だんきんのまじわり dankin no majiwari

#之 #友 #古 #古琴の友 #古琴之友 #琴