Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

懸腕直筆

Lecture japonaise けんわん ちょくひつ
Rōmaji Kenwan Chokuhitsu
Sens Technique de calligraphie où l'on dessine en tenant le pinceau de façon perpendiculaire au-dessus de la feuille, et où le mouvement du bras décide seul du trait. Elle est typiquement utilisée pour écrire les grands caractères, et même en peinture japonaise.

Littéralement : le bras tendu et le pinceau droit.

Source Le terme 懸腕, qui désigne le fait de dessiner en tenant le bras droit, est un ancien terme de calligraphie chinoise. Il est déjà répertorié sous les Tang, chez 韓方明, 『授筆要説』(Han Fangming, « Principes fondamentaux de l'enseignement de l'écriture »).

Toutefois, il ne semble pas que la forme en 4 kanjis, 懸腕直筆, soit présente en Chine. Elle apparaît spontanément au Japon, aux alentours de 1886, chez 末松謙澄, 『日本文章論』(Suematsu Kenchō, "Essais japonais"):

故に支那流なれば、懸腕直筆など云ふ面倒を生ず。

Aussi, si l’on suit la manière chinoise, surgissent toutes sortes de complications telles que la calligraphie à bras tendu.

La locution est devenue éminemment japonaise depuis.

Niveau Kanken Pré-2
Rareté 3 - Érudit
Exemple d'usage これは内密だが、一寸長唄に懸腕直筆で富士山の画がお得意だ。D中学校長は温厚そのものといっていい。円い眼の笑えば眼尻が細くなる。棗面である。酒にはすぐに赤くなる方である。
北原白秋『フレップ・トリップ』1925

Il ne le disait à personne, mais le principal de mon collège était spécialement doué pour peindre le Mont Fuji à pinceau levé, en fredonnant un morceau de kabuki. On peut dire qu’il était la gentillesse incarnée. Quand il souriait, ses yeux se plissaient, comme des dattes. Il était de ceux qui deviennent tout rouges après une goutte d’alcool.

Kitahara Hakushū, "Frep et Trip", 1925
Commentaire Cette technique a une place centrale dans l'apprentissage de la calligraphie japonaise. C'est même par elle que "l'on commence".

Son histoire est intimement liée à l’enseignement de la peinture japonaise, au point où le célèbre peintre 横山大観Yokoyama Taiken en parlait comme "du fondement le plus important de la peinture japonaise" (日本画の最も大事な基本Nihonga no mottomo daiji na kihon).

Et il en sait quelque chose... En effet, le 1er février 1889 était inaugurée la première école d'art de Tokyo (la 東京美術学校Tōkyō Bijutsu Gakkō, devenue aujourd'hui la très renommée 東京藝術大学Tōkyō Geijutsu Daigaku ou Geidai). Parmi les 65 élèves de la première volée, 横山大観Yokoyama Taiken. Il racontera plus tard que tous les élèves devaient commencer par le 懸腕直筆kenwan chokuhitsu, le coude suspendu, en traçant des centaines puis des milliers de lignes verticales, horizontales et obliques – avant même d'avoir le droit de peindre quoi que ce soit !

Cette idée de pratiquer mille fois un trait pour le maîtriser vient de deux figures importantes de l'histoire de l'art japonais : 岡倉天心Okakura Tenshin et Ernest Fenollosa. Ernest Francisco Fenollosa était un historien de l'art, né en Amérique, qui émigre au Japon en 1878 après y être invité par le zoologue Edward S. Morse, qui y réside sur place. C'est en étudiant l'art des temples avec son assistant japonais 岡倉天心Okakura Tenshin que Fenollosa a l'intuition que le Japon possède sa propre spécificité artistique (ce qu'on appellera le 日本画nihonga). Quand il co-fonde l'école d'art de Tokyo en 1889, il pousse les étudiants à connaître par coeur les techniques classiques pour mieux les dépasser. Il défend notamment l’idée que des exercices rébarbatifs, fastidieux, ont une valeur éducative et forment l’élève au-delà de la production immédiate d’une œuvre.

Parmi ces exercices fastidieux, il y avait en premier lieu, la technique du 懸腕直筆kenwan chokuhitsu.

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