形影相弔
| Lecture japonaise | けいえい そうちょう |
| Rōmaji | Keiei Sōchō |
| Sens | Solitude profonde d’une personne sans proche ni visiteur, qui n’a symboliquement plus que son propre corps et son ombre pour se consoler.
形影 associe la forme corporelle et l’ombre ; 弔 signifie ici « compatir, consoler ». La tournure verbale se lit aussi 形影相弔う. |
| Source | 1) La plus ancienne attestation exacte vérifiée se trouve chez 曹植 (Cao Zhi), dans 『文選』「上責躬應詔詩表」 (Anthologie de la littérature, « Mémoire accompagnant les poèmes “Blâme à soi-même” et “En réponse à l’édit” »), en 223 :
竊感相鼠之篇,無禮遄死之義,形影相弔,五情愧赧。 Je songe en secret au chant « La Souris » et à son idée qu’un homme sans rites doit promptement mourir ; ma forme et mon ombre seules se consolent l’une l’autre, et tous mes sentiments rougissent de honte. 2) La source devenue canonique dans la lexicographie japonaise est le passage de 李密 (Li Mi), 『文選』「陳情表」 (Anthologie de la littérature, « Mémoire exposant sa situation ») : 外無期功強近之親,內無應門五尺之僮;煢煢孑立,形影相弔。 Au-dehors, je n’ai aucun proche parent en âge de me soutenir ; au-dedans, aucun jeune serviteur pour répondre à la porte. Seul et sans appui, je n’ai pour compagnie que ma forme et mon ombre, qui se consolent l’une l’autre. |
| Niveau Kanken | pré-2 |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | 現在でも精神科というと、身寄りがなく、形影相弔う患者さんたちの長期にわたる〈社会的入院〉(social hospitalization)が問題視されていたりもします。
松嶋圭・辻野裕紀 – 「対談:悩める精神科医がものを書くとき(Ⅰ)」, 『言語文化論究』43, 2019
Aujourd’hui encore, en psychiatrie, les hospitalisations prolongées dites « sociales » de patients sans famille ni proches, réduits à n’avoir que leur ombre pour compagne, sont considérées comme un problème. Matsushima Kei et Tsujino Yūki – « Quand un psychiatre tourmenté écrit (I) », Études de langues et cultures, no 43, 2019 |
| Commentaire | La locution a connu un *revival+ au 21ème siècle: en 2012, 西村賢太 intitule 「形影相弔」 une nouvelle publiée dans BRUTUS. Reprise ensuite dans 『歪んだ忌日』, elle suit les tourments de l’écrivain après le prix Akutagawa et son hésitation devant l’achat du manuscrit autographe d’un auteur qu’il vénère. |