Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

禍福得喪

Lecture japonaise かふく とくそう
Rōmaji Kafuku Tokusō
Sens Les vicissitudes de l'existence : bonheurs et malheurs, gains et pertes, succès et revers.

Littéralement : « malheur et bonheur, gain et perte ».

禍福kafuku désigne le malheur et le bonheur ; 得喪tokusō, ce que l'on gagne ou obtient et ce que l'on perd.

Source 北宋・蘇軾「與李公擇二首」其二 (Sous les Song du Nord, Su Shi, « Deux lettres à Li Gongze », II) :

兄雖懷坎壈於時,遇事有可尊主澤民者,便忘軀為之,禍福得喪,付與造物。

Bien que vous subissiez les contrariétés de votre époque, dès qu'une affaire permet d'honorer le souverain et de faire du bien au peuple, vous oubliez votre propre personne pour agir ; quant aux vicissitudes de la vie humaine, vous les abandonnez à la puissance qui gouverne le cours des choses.

Niveau Kanken Pré-2
Rareté 4 – Marginal
Exemple d'usage 其命ト云フモ、亦栄枯盛衰禍福得喪ノ迹ニ鑒ミテ、天意ノ行ハルル所ヲ揣量スルノミ。
中井木莵麻呂 – 「大主教ニコライ師ノ命ヲ奉ジテ中井木莵麿拝覆ス」草稿, 1907

Quant à ce qu'ils appellent le destin, ils ne font, là encore, que considérer les traces laissées par la prospérité et le déclin, les hauts et les bas propres à notre vie ici-bas, afin de conjecturer la manière dont s'accomplit la volonté du Ciel.

Nakai Tsugumaro – brouillon de « Réponse respectueusement adressée par Nakai Tsugumaro sur ordre de l'archevêque Nicolas », 1907
Commentaire Il y a deux bonnes raisons pour lesquelles j'ai retenu le passage de 1907 comme exemple d'usage. Premièrement, c'est véritablement le seul exemple (que j'ai pu trouver) de circulation de la locution en-dehors de citation de Su Shi. Deuxièmement, il révèle un aspect fascinant de l'histoire du Japon, très souvent occulté des livres généralistes, que voici.

中井木菟麻呂Nakai Tsugumaro (1855–1943) était un lettré issu de la tradition du 懐徳堂Kaitokudō, célèbre académie confucéenne d'Osaka : fils de 中井桐園Nakai Tōen et arrière-petit-fils du philosophe 中井履軒Nakai Riken, il reçut dès l'enfance une solide formation dans les classiques chinois (ce qui explique qu'il connaissait le texte de Su Shi). Il se convertit néanmoins à l'Église orthodoxe en 1878 et prit pour nom de baptême パウェルPaweru, « Pavel » ou « Paul ».

À partir de 1882 environ, Nakai devint l'un des principaux collaborateurs de Saint Nicolas du Japon, ニコライ・カサートキンNikorai Kasātokin (1836–1912). Né Ivan Dmitrievitch Kasatkine en Russie, Nicolas était arrivé à Hakodate en 1861 comme prêtre de la chapelle du consulat russe. Il consacra ensuite sa vie à l'implantation de l'Église orthodoxe au Japon. Nakai l'assista pendant des décennies dans la traduction de la Bible et des livres liturgiques, dont le japonais littéraire fortement teinté de vocabulaire sino-japonais demeure caractéristique de l'orthodoxie japonaise. Nicolas fut canonisé en 1970 avec le titre d'« Égal aux Apôtres » (亜使徒ashito).

description
中井木菟麻呂Nakai Tsugumaro et Saint Nicolas du Japon en 1890

Le texte où apparaît 禍福得喪kafuku tokusō naît précisément de cette rencontre entre confucianisme et christianisme. En avril 1907, après une conférence donnée par Nicolas à Tokyo, un certain 久保田啓十郎Kubota Keijūrō lui adressa, du point de vue d'un confucianiste, une série de questions et d'objections concernant la doctrine orthodoxe. Nicolas chargea Nakai d'y répondre.

Nakai y examine notamment la notion confucéenne de mei, le « destin » ou le « décret du Ciel ». C'est dans ce contexte qu'il évoque les 栄枯盛衰eiko seisu, « prospérité et déclin », et les 禍福得喪kafuku tokusō, « bonheurs et malheurs, gains et pertes », comme les signes à partir desquels les hommes cherchent à deviner l'action de la volonté céleste.

Quel parcours fascinant que celui de cette locution venue de Su Shi, devenue terme du vocabulaire philosophique d'un lettré confucéen passé traducteur et théologien orthodoxe.

Aujourd'hui 栄枯盛衰eiko seisu, «prospérité et déclin» est la manière courante d'exprimer l'idée derrière 禍福得喪kafuku tokusō.

Locutions apparentées 栄枯盛衰えいこせいすい Eiko Seisui

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