Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

人琴之嘆

Lecture japonaise じんきん の たん
Rōmaji Jinkin no Tan
Sens Vive douleur éprouvée à la mort d’un proche.

L’expression évoque le chagrin provoqué par un objet intimement associé au défunt : dans l’anecdote qui lui sert de source, Wang Huizhi tente de jouer du qin de son frère Wang Xianzhi après la mort de celui-ci.

Variante(s) 1) 人琴之歎じんきんのたん jinkin no tan

Graphie avec 歎, attestée lexicographiquement.

2) 人琴の嘆じんきんのたん jinkin no tan

Forme japonisée avec の.

Source 1) Jitenon donne 『世說新語』「傷逝」 (Nouveaux propos sur les affaires du monde, « Deuils ») comme source de l’expression. Wang Huizhi (王徽之, nom de courtoisie 子猷) et son frère Wang Xianzhi (王獻之, nom de courtoisie 子敬) sont tous deux gravement malades ; Wang Xianzhi meurt le premier. Son frère se rend aux funérailles et prend le qin du défunt :

王子猷、子敬俱病篤,而子敬先亡。子猷問左右:「何以都不聞消息?此已喪矣!」語時了不悲。便索輿來奔喪,都不哭。子敬素好琴,便徑入坐靈床上,取子敬琴彈,弦既不調,擲地云:「子敬!子敬!人琴俱亡。」因慟絕良久,月餘亦卒。

Wang Ziyou et Wang Zijing étaient tous deux gravement malades, mais Zijing mourut le premier. Ziyou demanda à son entourage : « Pourquoi n’ai-je absolument aucune nouvelle ? Il doit être mort. » Il prononça ces mots sans manifester de tristesse. Il demanda aussitôt une voiture pour se rendre aux funérailles et ne pleura toujours pas. Zijing avait toujours aimé le qin ; Ziyou entra donc directement, s’assit sur la couche funéraire, prit le qin de Zijing et en joua. Les cordes n’étant plus accordées, il jeta l’instrument à terre et s’écria : « Zijing ! Zijing ! L’homme et le qin ont disparu ensemble ! » Il fut alors saisi d’un tel chagrin qu’il perdit connaissance pendant longtemps ; un peu plus d’un mois après, il mourut à son tour.

Le texte-source contient 人琴俱亡, « l’homme et le qin ont disparu ensemble », et non la forme 人琴之嘆jinkin no tan.

2) La plus ancienne attestation exacte de la forme quadrisyllabique que j’ai pu vérifier à ce stade porte la graphie 人琴之歎. Elle figure dans un colophon de 董其昌 (Dong Qichang), daté du 27 avril 1599, sur un rouleau de peinture autrefois possédé par son ami défunt 莫廷韓 (Mo Tinghan) :

余友莫廷韓嗜畫,畫亦逼黃子久,此卷蓋其所藏,以為珍賞甲科。後歸潘光祿,流傳入余手。每一展之,不勝人琴之歎

Mon ami Mo Tinghan aimait la peinture et son art approchait celui de Huang Zijiu. Ce rouleau avait appartenu à sa collection et il le tenait pour un trésor de premier ordre. Il passa ensuite chez Pan, puis circula jusqu’à parvenir entre mes mains. Chaque fois que je le déroule, je ne peux contenir ce profond regret de l’homme disparu évoqué par ce qu’il a laissé.

Niveau Kanken Absent
Rareté 5 – Chinois classique
Exemple d’usage La locution survit au Japon dans les commentaires des classiques chinois et dans les dictionnaires.

子敬が琴を取りて彈ぜど、弦は既にして調らず、地に擲ちて云えらく:「子敬! 子敬! 人も琴も俱に亡びんか」と。

Zijing prit le qin et en joua, mais les cordes n’étaient plus accordées. Il le jeta à terre et s’écria : « Zijing ! Zijing ! L’homme et le qin ont-ils donc disparu ensemble ! »

Il s’agit d’une lecture japonaise du passage-source ; la forme 人琴之嘆jinkin no tan elle-même n’y apparaît pas.

Commentaire 人琴俱亡 a engendré dans la littérature chinoise tout un réseau d’allusions : 人琴兩亡, 嘆人琴, 人琴痛, 子敬琴 ou encore 琴殘子敬床. Le qin n’est donc plus seulement l’instrument concret de Wang Xianzhi : il devient le substitut matériel du disparu, au point que perdre l’homme revient symboliquement à perdre aussi son instrument.

人琴之嘆jinkin no tan appartient à cette famille de reformulations plutôt qu’au texte littéral de 『世說新語』 (Nouveaux propos sur les affaires du monde). L’emploi de Dong Qichang en 1599 le montre particulièrement bien : aucun qin n’est alors présent. C’est la vue d’un rouleau autrefois possédé par un ami mort qui suffit à provoquer le « regret de l’homme et du qin ». L’allusion avait donc déjà acquis un sens général de douleur devant ce qui demeure d’un proche disparu.

Locutions apparentées 鼓琴之悲こきんのかなしみ kokin no kanashimi

#之 #人 #人琴の嘆 #人琴之嘆 #人琴之歎 #嘆 #歎 #琴