一生懸命
| Lecture japonaise | いっしょう けんめい |
| Rōmaji | Isshō Kenmei |
| Sens | Faire quelque chose de toutes ses forces, avec acharnement ; s'y consacrer corps et âme.
À l'origine : agir au péril de sa vie, comme si sa vie en dépendait. La graphie 一生懸命 est secondaire : la locution était originellement 一所懸命, littéralement « faire dépendre sa vie d'un seul domaine ». |
| Variante(s) | 一所懸命 issho kenmei
Il s'agit en réalité de la forme originelle de la locution. Elle désignait au Moyen Âge le fait, pour un guerrier, de dépendre pour sa subsistance d'un domaine et d'y attacher par conséquent son existence. La forme est toujours employée aujourd'hui avec le sens de « de toutes ses forces, avec acharnement ». |
| Source | 『古事談』巻一「六条顕季義光于所領事」(Minamoto no Akikane, « Propos sur les choses anciennes », livre I, « L’affaire du domaine disputé entre Rokujō Akisue et Minamoto no Yoshimitsu ») 1212-1215 environ :
汝は件の庄一所無くとも、全く事闕くべからず。彼は只一所懸命の由、聞し食す。 Quand bien même tu perdrais ce domaine, tu ne manquerais de rien. Quant à lui, j'ai ouï dire que ce seul domaine est ce dont dépend toute son existence. Le passage rapporte un litige territorial entre 藤原顕季 et le guerrier 源義光. L'empereur retiré Shirakawa explique qu'Akisue peut parfaitement se passer du domaine disputé, tandis que Yoshimitsu n'a que celui-ci pour assurer sa subsistance. La forme moderne 一生懸命 apparaît plus tard. Le 日本国語大辞典 donne comme première attestation : 文耕堂『応神天皇八白旗』(Bunkōdō, « Les Huit Bannières blanches de l’empereur Ōjin »), 1734 : 憎い奴と飛かかり取って引起し、大君を殺さねば一生懸命の、親に替へて能う落したな、先を吐せと挫ぎつけ。 « Misérable ! » Il se jette sur lui, l’empoigne et le relève. « Si je ne tue pas le souverain, c’est ma vie que je joue. Tu as eu l’audace de le faire tomber à la place de ton père ! Crache la suite ! » Et il le maîtrise brutalement. |
| Niveau Kanken | Pré-2 |
| Rareté | 1 – Courant |
| Exemple d'usage | すると、一生懸命にのぼった甲斐があって、さっきまで自分がいた血の池は、今ではもう暗の底にいつの間にかかくれて居ります。
芥川龍之介 – 『蜘蛛の糸』, 1918
Et, à force d'avoir grimpé de toutes ses forces, l'étang de sang où il se trouvait encore tout à l'heure avait désormais disparu, quelque part au fond des ténèbres. Akutagawa Ryūnosuke – Le Fil de l'araignée, 1918
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| Commentaire | Contrairement à une grande partie des locutions à quatre caractères, 一生懸命 n'est pas une locution héritée du chinois classique : son histoire est proprement japonaise.
La forme ancienne 一所懸命 appartient au vocabulaire de la société guerrière médiévale. Le 日本国語大辞典 en relève une occurrence dès le 『古事談』, composé au début du XIIIe siècle. 一所 désigne ici littéralement « un seul domaine » : le domaine dont un guerrier dépend pour vivre peut constituer son 一所懸命, c'est-à-dire, pour ainsi dire, son « gagne-pain vital ». Le sens s'est ensuite détaché progressivement de la possession foncière. Dès 1660, le 『智恵鑑』 atteste 一所懸命 avec le sens plus général d'une situation désespérée où l'on joue sa vie. À mesure que l'idée du « domaine unique » s'effaçait, la locution a été réinterprétée phonétiquement et sémantiquement : 一所 est devenu 一生, « toute une vie ». Le japonais moderne emploie donc 一生懸命 sans référence particulière à la durée d'une vie entière. Dire 一生懸命勉強する ne signifie pas « étudier pendant toute sa vie », mais « étudier de toutes ses forces ». La forme ancienne 一所懸命 n'a cependant pas disparu et peut toujours être employée dans le même sens. Elle conserve en outre l'intérêt de rendre immédiatement visible l'histoire médiévale de l'expression. |
| Locutions apparentées | 一所懸命 issho kenmei
一心不乱 isshin furan 不惜身命 fushaku shinmyō |