一丘一壑
| Lecture japonaise | いっきゅう いちがく |
| Rōmaji | Ikkyū Ichigaku |
| Sens | Se retirer du monde pour vivre au milieu des collines et des vallées, loin des honneurs et des contraintes sociales, et y goûter librement les beautés de la nature.
Littéralement, « une colline et un ravin ». |
| Variante(s) | 一邱一壑 ikkyū ichigaku
On la rencontre également dans le kanshi japonais, notamment chez Hirose Gyokusō au XIXe siècle et chez Tokutomi Sohō en 1922. 吾人元是山中客 數橡竹屋面溪居 一邱一壑心所適 出手釣竿入手書 広瀬旭荘 – 「題春川釣魚図」, 19e siècle
Je suis depuis toujours un hôte des montagnes ; ma demeure de bambou aux quelques travées fait face au ruisseau. Une colline et un ravin sont le lieu qui convient à mon cœur ; dehors, je prends ma canne à pêche, dedans, mes livres. Hirose Gyokusō – « Sur le dessin de Shunsen pêchant », XIXe siècle |
| Source | L’histoire de la formule est en deux étapes. Le Livre des Han, auquel renvoie une partie de la lexicographie japonaise, en fournit d’abord le 語本 : la colline et le ravin y apparaissent séparément comme les deux images d’une retraite heureuse.
『漢書』巻百上「叙伝上」(Han shu, vol. 100a, « Xu zhuan shang ») 漁釣於一壑,則萬物不奸其志;棲遲於一丘,則天下不易其樂。 S’il pêche dans un seul ravin, aucun être ne trouble sa résolution ; s’il demeure retiré sur une seule colline, rien sous le ciel ne lui fait abandonner sa joie. La forme quadrigraphique exacte est ensuite attestée dans le 劉義慶 – 『世説新語』「品藻」(Liu Yiqing – Shishuo xinyu, « Pinzao ») : 明帝問謝鯤:君自謂何如庾亮?答曰:端委廟堂,使百僚準則,臣不如亮;一丘一壑,自謂過之。 L’empereur Ming demanda à Xie Kun : « Comment te compares-tu toi-même à Yu Liang ? » Il répondit : « Pour tenir dignement son rang à la cour et servir de modèle aux fonctionnaires, je ne vaux pas Liang ; mais pour ce qui est de vivre une vie simple, j’estime quant à moi le surpasser. » Xie Kun oppose ainsi deux formes d’excellence : il reconnaît à Yu Liang la supériorité dans les affaires de la cour, mais revendique pour lui-même celle de savoir vivre au milieu des collines et des ravins. Le paysage retiré devient une valeur positive, capable de rivaliser avec les honneurs publics. |
| Niveau Kanken | 1 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 川山人の遺画に題す 一丘一壑白雲深 写出千秋隠士心 便欲更令山水響 人琴共是絶知音
大田南畝 – 『南畝集』3「川山人の遺画に題す」, 1775-09
Sur la peinture laissée par Sensanjin : une colline et un ravin, profonds sous les nuages blancs ; y apparaît le cœur d’un ermite pour mille automnes. J’aimerais même que résonnent encore les montagnes et ses torrents : l’homme et sa cithare sont en parfaite harmonie. Ōta Nanpo – Nanpo-shū, vol. 3, « Sur une peinture posthume de Sensanjin », septembre 1775 |
| Commentaire | La locution possède au Japon une histoire plus vivante que ne le laisserait penser sa seule origine chinoise. 大田南畝 l’emploie à plusieurs reprises dans ses propres poèmes chinois : dès 1775, 一丘一壑 ouvre un paysage de nuages blancs et sert à évoquer le cœur d’un ermite ; il la reprend encore en 1812 dans un poème faisant référence à Xie An, puis en 1815 à propos d’un paysage que l’on pourrait peindre avant même de contempler la lune de la mi-automne.
La variante 一邱一壑 connaît elle aussi une réception japonaise originale. En 1922, 徳富蘇峰 l’intègre encore à un poème consacré au mont Aso. Les deux graphies ont donc servi aux lettrés japonais comme un véritable motif poétique du paysage choisi, de la retraite et de l’indépendance. |
| Locutions apparentées | 悠悠自適 Yūyū Jiteki
一竿風月 Ikkan no Fūgetsu 悠然自得 Yūzen Jitoku 逍遥自在 Shōyō Jizai 悠悠閑適 Yūyū Kanteki 泉石膏肓 Senseki Kōkō 煙霞痼疾 Enka no Koshitsu |