委委佗佗
| Lecture japonaise | いい たた/いい いい |
| Rōmaji | Ii Tata / Ii Ii |
| Sens | Se dit, dans l’interprétation traditionnelle, d’une allure ample, posée et gracieuse, empreinte d’aisance et de majesté.
Les commentaires anciens comprennent 委委佗佗 comme l’expression d’une beauté qui se manifeste à la fois dans la démarche, l’attitude et la dignité de la personne. Une interprétation philologique moderne propose toutefois un sens très différent ; voir la rubrique « Commentaire ». |
| Variante(s) | 委佗委佗 Ita Ita
委佗委佗古くは委委佗佗のようにしるした。 白川静『東洋文庫[518]詩経国風』 P.91
Anciennement,委佗委佗 s'utilisait comme 委委佗佗. Shirakawa Shizuka『Tōyō Bunko[518]Shijing (Classique des vers)』 P.91
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| Source | La forme exacte apparaît dans le 『詩経』「鄘風・君子偕老」, au sein d’un portrait somptueux d’une grande dame dont le poème oppose l’apparence majestueuse à la conduite morale.
『詩経』「鄘風・君子偕老」 (Classique des vers, « Airs de Yong — Vieillir avec son seigneur ») 君子偕老,副笄六珈。委委佗佗,如山如河,象服是宜。子之不淑,云如之何。 Elle devait vieillir aux côtés de son seigneur, parée de sa coiffure cérémonielle et de ses six ornements. Avec une grâce ample et majestueuse, telle une montagne, telle un fleuve, elle est digne de sa robe d’apparat. Mais toi qui n’es pas vertueuse, qu’en dire ? |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 5 – Chinois classique |
| Exemple d’usage | La survie de cette locution en japonais est confinée en très grande partie aux traductions et commentaires du Classique des vers, puis à d'autres classiques chinois.
委委佗佗として、顔を開き眉を舒ぶ。 錢謙益 – 「御史族兄汝瞻畫像贊」, 『初學集』巻八十二, XVIIe siècle
Paisible, gracieux et plein d’aisance, il ouvre son visage et détend ses sourcils. Qian Qianyi – « Éloge du portrait de mon cousin aîné Ruzhan, censeur », Chuxue ji, vol. 82, XVIIe siècle |
| Commentaire | Le sens traditionnel de 委委佗佗 repose sur une très ancienne tradition de commentaire. Le 『爾雅』 résume la formule par 美, « beauté » ; les commentaires du 『詩経』 l’expliquent ensuite comme la beauté d’une démarche souple, d’un caractère paisible ou, chez Zhu Xi, comme une attitude faite d’aisance et de parfaite maîtrise de soi.
Une autre interprétation bouleverse cependant cette lecture. En 1951, le philologue Dai Junren a proposé que les quatre caractères ne décrivent pas la femme elle-même, mais les motifs de sa robe cérémonielle. Huang Ren’er et Chi Renqing ont repris et développé cette hypothèse en 2022. Selon cette analyse, 委委 et 佗佗 seraient deux adjectifs redoublés exprimant quelque chose de long et sinueux ; les mots qui suivent, « comme une montagne, comme un fleuve », décriraient alors les dessins ondulants tracés ou brodés sur le vêtement. La différence est considérable : dans la lecture traditionnelle, la montagne et le fleuve sont des comparaisons de la majesté de la femme ; dans cette lecture philologique, ils deviennent littéralement les motifs figurés sur sa robe. Enfin, la lecture "ii ii" apparaît bien évidemment comme une bizarrerie phonétique, attestée par le 『大漢和辞典』qui donne les deux lectures, "ii tata" et "ii ii". Néanmoins, cette bizarrerie naît de la modernisation de l'écriture phonétique japonaise. En effet, le 『大漢和辞典』 donne comme lecture non pas イイイイ mais ヰヰイイ avec le katakana obsolète ヰ (ゐ en hiragana) qui n'existe plus aujourd'hui. Il correspond à un second son proche de "i", et a parfois été assimié au son "wi", comme dans le titre du célèbre livre de Mori Ōgai 『ヰタ・セクスアリス』, à savoir, Vita Sexualis (en latin, le "v" se prononce comme un "w"). Si nous voulions tomber dans un purisme excessif, alors nous retranscririons la locution par la prononciation "wiwi ii". |