一伍一什
| Lecture japonaise | いちご いちじゅう |
| Rōmaji | Ichigo Ichijū |
| Sens | Raconter, exposer ou connaître une affaire dans son intégralité, du début à la fin, sans rien omettre.
La lecture aujourd’hui enregistrée est 一伍一什. Dans de nombreux emplois des XIXe et du début du XXe siècle, la même graphie reçoit toutefois la lecture 一伍一什, par rapprochement sémantique avec 一部始終 : « toute l’affaire, du commencement à la fin ». |
| Variante(s) | 1) 一五一十 Ichigo Ichijū
国鼎は死を決して、首里へ参りし事、一五一十を聞えあげ 曲亭馬琴 – 『椿説弓張月』続・第四十回
Kokutei exposa en détail, du début à la fin, comment, résolu à mourir, il s’était rendu à Shuri. Kyokutei Bakin – Chinsetsu Yumiharizuki, suite, chap. 40 |
| Source | La forme japonaise 一伍一什 est une graphie remaniée de la locution chinoise vernaculaire 一五一十. Les travaux consacrés à son histoire japonaise la rattachent à la réception des romans chinois en langue vernaculaire. Le Shuihu zhuan fournit un témoin ancien du sens figuré « tout raconter sans omission » ; au Japon, 一伍一什 est attesté au moins dès 1833.
1) 『水滸傳』一百二十回本・第二十五回 (Shuihu zhuan, version en 120 chapitres, chap. 25) 這婦人聽了這話,也不回言,卻踅過來,一五一十,都對王婆和西門慶說了。 Après avoir entendu ces paroles, la femme ne répondit rien ; elle revint auprès de la mère Wang et de Ximen Qing et leur raconta tout, sans rien omettre. 2) 松亭金水 – 『恋の花染』二編巻之下, 1833 (Shōtei Kinsui – Koi no Hanazome, deuxième partie, volume inférieur, 1833) 一伍一什(いちぶしじふ)の長談(ナガバナシ) Un long récit de toute l’affaire, du début à la fin. La variante 一五一十 est elle aussi bien implantée dans la littérature japonaise d’Edo ; un exemple est donné dans la rubrique « Variante(s) ». |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | いや、もうその問題は決着したです。芳子が一伍一什をすっかり話した。
田山花袋 – 『蒲団』, 1907
Non, cette question est désormais réglée. Yoshiko m’a tout raconté, du début à la fin. Tayama Katai – Futon, 1907 |
| Commentaire | La forme chinoise d’origine, 一五一十, désigne d’abord une manière de compter avec précision. Le ministère taïwanais de l’Éducation explique qu’autrefois, pour compter notamment des sapèques, on prenait cinq pièces comme unité : avancer ainsi par groupes réguliers réduisait les oublis et les erreurs. L’expression a donc d’abord signifié « compter soigneusement », puis, par métaphore, « raconter soigneusement toute une affaire sans rien laisser de côté ».
Le Japon a ensuite donné à cette expression chinoise une physionomie graphique plus savante. 伍 peut représenter le nombre cinq, notamment dans des documents financiers, et 什 signifie dix ou un groupe de dix. Une étude consacrée à l’histoire de 一五一十 et 一伍一什 montre cependant que la seconde graphie est une transformation japonaise d’un tour venu de la littérature chinoise vernaculaire, et non le vestige d’un antique système japonais fondé sur des groupes de cinq et de dix. La lexicographie japonaise décrit d’ailleurs cette écriture comme caractéristique du style des romans chinois en langue vernaculaire. La réception japonaise a produit une dernière singularité : pendant une grande partie du XIXe siècle et encore au début du XXe, 一伍一什 et 一五一十 sont souvent lus いちぶしじゅう, exactement comme 一部始終. On appelle ce phénomène ateji, quand on calque une lecture à des caractères indépendamment de la prononciation de ces derniers ; ou à l'inverse, quand on calque des caractères sur un mot, indépendamment du sens de ces premiers. |
| Locutions apparentées | 一部始終 Ichibu Shijū
徹頭徹尾 Tettō Tetsubi |