Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

鳳凰于飛

Lecture japonaise ほうおう うひ
Rōmaji Hōō Uhi
Sens L’harmonie parfaite d’un couple, à l’image de deux phénix volant ensemble.

La locution peut aussi évoquer le rassemblement de personnes de valeur autour d’un souverain vertueux.

Variante(s) 1) 鳳皇于飛ほうおううひ hōō uhi

Graphie du passage-source du 『詩経』 (Classique des vers), avec 皇 à la place de 凰.

2) 鳳皇于蜚 fèng huáng yú fēi

Variante chinoise ancienne enregistrée par le dictionnaire officiel taïwanais, notamment attestée dans le 『史記』 (Mémoires historiques).

Source 1) La formule apparaît dans 『詩經』「大雅・卷阿」 (Classique des vers, « Juan A »). Dans ce poème, son contexte est d’abord politique : le vol du phénix accompagne l’évocation des nombreux hommes de valeur rassemblés autour du souverain.

鳳凰于飛、翽翽其羽、亦集爰止。藹藹王多吉士、維君子使、媚于天子。

Le phénix prend son vol, ses ailes bruissent, puis les oiseaux se rassemblent là où il se pose. Nombreux sont les hommes de valeur du roi : le souverain les emploie et ils s’attachent au Fils du Ciel.

2) La plus ancienne mise en contexte matrimonial explicite que j’ai pu vérifier dans la littérature transmise se trouve dans 『左傳』「莊公二十二年」 (Commentaire de Zuo, « duc Zhuang, vingt-deuxième année »). Le récit rapporte une divination effectuée en vue du mariage de 敬仲 (Jingzhong). Le témoin porte la variante 鳳皇于飛 :

初,懿氏卜妻敬仲。其妻占之,曰:「吉,是謂『鳳皇于飛,和鳴鏘鏘。有媯之後,將育于姜。五世其昌,並于正卿。八世之後,莫之與京。』」

Au début, la famille Yi consulta les sorts en vue du mariage de Jingzhong. Le présage fut interprété ainsi : « C’est favorable. Voilà ce qu’on appelle : le phénix prend son vol, leurs voix harmonieuses résonnent avec éclat. Les descendants de Gui seront élevés chez les Jiang ; à la cinquième génération ils prospéreront… »

3) Sous les Tang, 李白 (Li Bai) emploie cette fois la graphie exacte 鳳凰于飛 dans un contexte matrimonial sans ambiguïté :

前許州司馬宋公,藴冰清之姿,重傅侯玉潤之德,妻以其子,鳳凰于飛。潘楊之好,斯爲睦矣。

L’ancien secrétaire militaire de Xuzhou, le seigneur Song, admirant la vertu pure comme le jade de Fu Hou, lui donna sa fille pour épouse : les phénix prirent leur vol ensemble. L’alliance des Pan et des Yang fut ainsi harmonieuse.

Niveau Kanken 1
Rareté 4 – Marginal
Exemple d’usage 1) 鳳凰于飛必窺堯舜。佛法行藏逐時卷舒。
空海 – 『御請來目録』, 806

À bien y réfléchir, lorsque le phénix prend son vol, c’est nécessairement vers Yao et Shun que se porte le regard. La Loi bouddhique se manifeste ou se retire, se déployant et se repliant selon les temps.

Kūkai – Catalogue des textes rapportés de Chine, 806

2) 之れを占ふ。曰く、吉なり。是れを、鳳皇于(ここ)に飛び、和鳴すること鏘鏘たりと謂ふ。

平凡社『普及版 字通』「鏘鏘」

On interpréta le présage et l’on dit : « C’est favorable. Voilà ce qu’on appelle : le phénix prend son vol et leurs voix harmonieuses résonnent avec éclat. »

Heibonsha – Jitsū, entrée « 鏘鏘 »
Commentaire Le 鳳凰hōō d’Asie orientale ne doit pas être confondu avec le phénix gréco-égyptien qui meurt dans les flammes et renaît de ses cendres. Dans les textes chinois anciens, c’est avant tout un oiseau de bon augure associé à l’ordre moral et politique. 『山海經』 (Classique des monts et des mers) le décrit couvert de cinq couleurs : les marques de son corps portent les noms des vertus 德, 義, 禮, 仁 et 信 ; il chante et danse de lui-même, et son apparition annonce que « tout sous le Ciel est en paix ». 『禮記』 (Livre des rites) le range avec le qilin, la tortue et le dragon parmi les 四靈, les « quatre êtres numineux ».

C’est cette dimension qui éclaire 『詩經』「卷阿」 (Classique des vers, « Juan A »). Dans l’exégèse traditionnelle, le phénix attire autour de lui les autres oiseaux comme un souverain vertueux attire les hommes de valeur. La tradition lui prête aussi des exigences extraordinaires : il ne se poserait que sur le paulownia et ne se nourrirait que des fruits du bambou. 鳳凰于飛hōō uhi est donc d’abord une image d’excellence et de concorde autour d’un centre prestigieux, et non une scène de noces.

Le sens matrimonial apparaît néanmoins très tôt dans 『左傳』 (Commentaire de Zuo) : le vol du 鳳皇 et l’harmonie de son chant deviennent le présage d’un mariage heureux. Une tradition exégétique ancienne distingue également 鳳 comme le mâle et 皇/凰 comme la femelle, distinction qui se prêtait naturellement à une lecture conjugale. Il serait toutefois réducteur d’en faire le sens premier et unique du mot : 鳳凰hōō fonctionne aussi comme le nom d’un seul type d’oiseau fabuleux et de bon augure.

Au Japon, cette dimension chinoise de 瑞鳥zuichō, « oiseau de bon augure », est restée fondamentale. Le 鳳凰hōō est lié à l’apparition d’un souverain sage, à la paix et à la prospérité ; les célèbres phénix qui couronnent le Pavillon du Phénix du 平等院Byōdō-in en sont l’une des représentations les plus emblématiques. La valeur matrimoniale de 鳳凰于飛hōō uhi est donc une spécialisation d’un symbole beaucoup plus vaste : celui d’une harmonie parfaite entre des êtres d’exception et, par extension, d’un monde remis dans son juste ordre.

Locutions apparentées 鴛鴦交頸えんおうこうけい en'ō kōkei

鴛鴦之偶えんおうのぐう en'ō no gū

鴛鴦之契えんおうのちぎり en'ō no chigiri

関関雎鳩かんかんしょきゅう kankan shokyū

関雎之化かんしょのか kansho no ka

琴瑟相和きんしつそうわ kinshitsu sōwa

琴瑟之和きんしつのわ kinshitsu no wa

比翼双飛ひよくそうひ hiyoku sōhi

連理之枝れんりのえだ renri no eda

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