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悲歌慷慨

Lecture japonaise ひか こうがい
Rōmaji Hika Kōgai
Sens Chanter sur un mode douloureux et véhément pour exprimer son indignation et sa lamentation devant le monde ou son propre sort.

悲歌hika désigne un chant triste ; 慷慨kōgai, dans son sens classique conservé en japonais, l’indignation mêlée de lamentation. La locution évoque donc d’abord l’expression chantée d’une douleur indignée, puis plus largement une lamentation passionnée.

Variante(s) 1) 慷慨悲歌こうがいひか kōgai hika

Variante par inversion des deux membres, enregistrée dans la lexicographie japonaise et attestée dans la prose de Meiji.

慷慨悲歌自ら禁ずる能はざる正義諸君子の挙動に関しても甚だ敬服の情を表する能はざるものあり

徳富蘇峰 – 『将来之日本』第15回, 1886

Même à l'égard de la conduite de ces hommes de justice qui ne peuvent s'empêcher de se répandre en lamentations indignées, il est des points sur lesquels je ne puis éprouver un profond sentiment d'admiration.

Tokutomi Sohō – L'Avenir du Japon, chap. 15, 1886

2) 悲歌忼慨ひかこうがい hika kōgai

Variante graphique dans laquelle こう remplace こう. Elle est attestée exactement dans une lecture japonaise publiée du passage de 『史記』「項羽本紀」.

是に於て、項王乃ち悲歌忼慨し、自ら詩を為りて曰く、力は山を抜き氣は世を蓋ふ。

司馬遷 – 『史記』「項羽本紀」, 吉田賢抗訓読, 『新釈漢文大系39 史記 二(本紀 下)』, 明治書院, p. 494(電子版 P.80)

Alors le roi Xiang se mit à chanter tristement dans un élan de lamentation véhémente et composa lui-même un poème : « Ma force arrache les montagnes et mon souffle couvre le monde.

Sima Qian – Mémoires historiques, « Annales fondamentales de Xiang Yu », lecture japonaise de Yoshida Kenkō, Shinshaku Kanbun Taikei 39, Shiki II (Annales fondamentales, partie inférieure), Meiji Shoin
Source La locution est directement attestée dans 『史記』巻七「項羽本紀」 (Mémoires historiques, vol. 7, « Annales fondamentales de Xiang Yu »), dans la scène de la défaite de Gaixia :

於是項王乃悲歌慷慨,自為詩曰:「力拔山兮氣蓋世,時不利兮騅不逝。騅不逝兮可奈何,虞兮虞兮奈若何!」

Alors le roi Xiang se mit à chanter tristement dans un élan de lamentation indignée et composa lui-même ce poème : « Ma force arrache les montagnes, mon souffle couvre le monde ; le moment m’est défavorable et Zhui n’avance plus. Si Zhui n’avance plus, que faire ? Yu, ô Yu, que vais-je faire de toi ? »

Niveau Kanken 1
Rareté 3 – Érudit
Exemple d’usage 1)悲歌慷慨して、項羽泪を流し給しかば、虞氏悲みに堪兼て、則自剣の上に伏し、項羽に先立て死にけり。
『太平記』巻九, 14世紀後半

Après avoir ainsi chanté sa douleur et son indignation, Xiang Yu versa des larmes ; Yu, incapable de supporter son chagrin, se jeta alors sur sa propre épée et mourut avant lui.

Taiheiki, vol. 9, fin du XIVe siècle

2) 古にありて悲歌慷慨せずんば志士にあらずと思はれたるが如く。

竹越三叉 – 「豫は猶ほ樂觀す」, 『太陽』, 1909, p. 41

De même que, jadis, on semblait considérer que celui qui ne se livrait pas à la lamentation indignée ne pouvait être un homme de conviction.

Takekoshi Sansa – « Je demeure néanmoins optimiste », Taiyō, 1909, p. 41
Commentaire 悲歌慷慨hika kōgai appartient au même noyau narratif que 四面楚歌shimen soka. Dans les Mémoires historiques, Xiang Yu, encerclé à Gaixia après avoir entendu de toutes parts les chants de son pays de Chu, compose son célèbre chant d’adieu ; Yu lui répond en chantant, puis le récit passe aux larmes de Xiang Yu et de ses hommes. Le texte ne raconte pas la mort de Yu à cet endroit.

Le Taiheiki, en revanche, amplifie considérablement la scène : après le chant de Xiang Yu, Yu, accablée de douleur, se jette sur son épée et meurt avant lui. La première attestation japonaise relevée par le Nihon Kokugo Daijiten se trouve précisément dans cette réécriture médiévale.

Locutions apparentées 慷慨憤激こうがいふんげき kōgai fungeki

悲憤慷慨ひふんこうがい hifun kōgai

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