伯牙絶弦
| Lecture japonaise | はくが ぜつげん |
| Rōmaji | Hakuga Zetsugen |
| Sens | Douleur causée par la perte d’un ami intime.
Littéralement : Boya a rompu les cordes de son qin (un ancien instrument à corde chinois, proche du koto japonais, et d'une harpe horizontale). Boya jouait admirablement du qin. Le seul homme capable de le comprendre était son ami Zhong Ziqi. Après la mort de Zhong Ziqi, Boya rompit les cordes de son instrument et cessa d’en jouer. Il souffrait de voir à jamais disparu celui qui comprenait sa musique. |
| Variante(s) | 伯牙絶絃 hakuga zetsugen
Bien que cette forme soit donnée comme variante dans le dictionnaire officiel du Kanken, 絃 est davantage pertinent puisqu’il désigne spécifiquement la corde d’un instrument de musique, et c’est cette graphie que l’on rencontre dans les anciennes attestations chinoises, ainsi que japonaises. 『明衡往来』, 下末 (Meigō Ōrai, fin du second volume) , ~11ème siècle 「昔日所習龍笛与鳳琴也。伯牙絶絃古史載之」 Jadis, je m’étais exercé à la flûte et à la cithare. Les anciennes histoires rapportent comment Boya rompit ses cordes (de tristesse). |
| Source | La première occurrence du récit se trouve dans『呂氏春秋』「本味」(Lüshi Chunqiu, "la saveur véritable")
鍾子期死、伯牙破琴、絶弦、終身不復鼓琴、以為世無足復為鼓琴者。 Lorsque Zhong Ziqi mourut, Boya brisa son qin, en rompit les cordes et ne joua plus jamais de toute sa vie, estimant qu’il n’existait plus au monde personne qui méritât qu’il jouât pour lui. La formule 伯牙絶弦 n’est cependant pas encore cristallisée en quatre caractères dans ce passage : on a 伯牙破琴、絶弦. La plus ancienne formule exacte vérifiée est dans chez 曹丕「与呉質書」(Cao Pi, "Lettre à Wu") à propos de la mort de plusieurs de ses amis lettrés: 昔伯牙絶絃於鍾期、仲尼覆醢於子路、痛知音之難遇、傷門人之莫逮。 Jadis, Boya rompit ses cordes à la mort de Zhong Ziqi, et Confucius renversa la viande hachée à la mort de Zilu : l’un déplorait combien il est difficile de rencontrer celui qui vous comprend véritablement, l’autre pleurait de ne retrouver parmi ses disciples personne qui égalât le disparu. |
| Niveau Kanken | 2 |
| Rareté | 3 - Érudit |
| Exemple d'usage | 【古琴友】 自分をよく理解してくれる友。知音(ちいん)。知己(ちき)。「伯牙絶弦」をふまえた語。
新選漢和辞典, 【古琴友】
[Amis du guqin] Un ami qui vous comprend bien. Un ami proche. Un terme dérivé de l'anecdote de Boya qui rompit les cordes de son instrument". Shinsen Kanwa Jiten, "Kokin no tomo"
Comme dit plus haut, la forme 伯牙絶絃 est en réalité plus courante. La forme retenue par le Kanken est plus marginale, confinée aux dictionnaires et aux commentaires méta-linguistiques. Néanmoins, l'histoire de Boya a longtemps populaire auprès des lettrés Japonais et s'est retrouvée sous diverses formes au travers de l'histoire littéraire nippone. |
| Commentaire | le 『漢検四字熟語辞典』(dictionnaire officiel des locutions à apprendre pour le Kanken) donne comme source de la locution donne『列子』「湯問」(Liezi, "Tang Wen").
Je considérerais cette attribution comme traditionnelle mais philologiquement imprécise : elle attribue l’expression au grand récit de Boya et Zhong Ziqi contenu dans le Liezi, alors que l’élément décisif 絶弦 appartient, dans les textes transmis que nous pouvons vérifier, au 『呂氏春秋』「本味」. Il existe probablement une raison à cette confusion : les deux récits circulent depuis très longtemps comme versions parallèles du même cycle narratif, et les outils traditionnels les rapprochent constamment. Même le Chinese Text Project place 『列子』「湯問」 parmi les passages parallèles de 『呂氏春秋』「本味」. |