Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

嗷嗷待哺

Lecture japonaise ごうごう たいほ
Rōmaji Gōgō Taiho
Sens Attendre, tenaillé par la faim et la détresse, qu'on apporte de la nourriture ou des secours. Se dit notamment de populations affamées ou de victimes d'une catastrophe qui dépendent d'une aide extérieure.

Littéralement, 嗷嗷gōgō imite des cris plaintifs, tandis que 待哺taiho signifie « attendre d'être nourri ». La locution évoque une nichée d'oisillons ouvrant le bec et criant pour réclamer leur nourriture.

Source 1) 皇甫冉「賦長道一絕送陸邃潛夫」序(Huangfu Ran, préface à « Un quatrain offert à Lu Sui, dit Qianfu » ; 『全唐詩』巻二百五十)

眾雛嗷嗷,開口待哺。

Les oisillons poussent des cris plaintifs, le bec ouvert, dans l'attente d'être nourris.

Ce passage des Tang, auquel renvoie la lexicographie japonaise, associe déjà les cris des oisillons à l'attente de nourriture. Il constitue un 語本gohon, c'est-à-dire un antécédent textuel, mais ne présente pas les quatre caractères de la locution à la suite.

2) 穆修「上監判郎中書」(Mu Xiu, « Lettre au magistrat chargé du contrôle », dynastie Song)

去冬適自南歸,一家貧寄京師,薪水不給,老幼數口,嗷嗷待哺。

L'hiver dernier, je revenais tout juste du Sud. Ma famille, installée pauvrement dans la capitale, manquait même de bois et d'eau ; plusieurs de ses membres, vieillards et enfants, criaient famine, attendant qu'on leur donne de quoi manger.

Niveau Kanken Absent
Rareté 5 – Chinois classique
Exemple d’usage La locution est rare, même si elle est attestée dans une poignée de dictionnaires comme le 『ポケプロ中日Pokepuro Chūnichi』 (dictionnaire chinois-japonais) et le dictionnaire de yojijukugo 『新明解四字熟語辞典Shinmeikai Yojijukugo Jiten』de 三省堂Sanshōdō.

L'existence de la locution en japonais est confinée à la lecture des textes en chinois classique où elle apparaît.

Commentaire La locution peut aussi se lire <嗷嗷として哺を待つGōgō to shite ho o matsu.

En japonais, 嗷嗷gōgō se prononce comme 轟轟gōgō, qui évoque un grondement retentissant. Cette lecture paraît surprenante pour une onomatopée chinoise exprimant des cris plaintifs d'oisillons. Pour comprendre cet écart, il faut remonter aux anciennes prononciations du caractère 嗷gō.

Le dictionnaire chinois de rimes Guangyun lui attribue une consonne initiale nasale, notée /ŋ/ en phonétique : c’est le son qui termine l’anglais sing, placé cette fois au début de la syllabe. La prononciation du chinois médiéval se reconstruit approximativement /ŋɑu/, proche de « ngaou ». Pour le chinois ancien, le linguiste Zhengzhang Shangfang propose la reconstruction *ŋaːw.

La consonne initiale /ŋ/ a disparu dans le mandarin moderne, où le caractère se prononce áo, mais elle se retrouve dans plusieurs parlers chinois, notamment en cantonais. Les lectures sino-japonaises l’ont souvent adaptée en g, d’où gō.

Ces sons ne semblent pas prétendre reproduire les piaillements plaintifs d'oisillons affamés, néanmoins, on comprend pourquoi ils ont pu les évoquer aux oreilles d'un lecteur de la Chine antique. Quand la locution est passée en japonais, et donc quand sa prononciation a été transposée au japonais moderne, cette sonorité a disparu.

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