五劫思惟
| Lecture japonaise | ごこう しゆい |
| Rōmaji | Gokō Shiyui |
| Sens | Dans le bouddhisme de la Terre pure, les cinq périodes cosmiques durant lesquelles le futur bouddha Amida, encore nommé Dharmākara (Hōzō en japonais), médita sur la manière de délivrer tous les êtres et de concevoir sa Terre pure. Cette longue réflexion précède l'énoncé de ses quarante-huit vœux.
Littéralement, « réflexion pendant cinq kalpa » : 五劫 désigne cinq 劫, unités de temps d'une durée inconcevable, et 思惟 signifie « méditation, réflexion approfondie ». |
| Source | 『佛説無量壽經』巻上 (Sūtra de la Vie infinie, livre I)
時彼比丘聞佛所說嚴淨國土皆悉睹見,起發無上殊勝之願,其心寂靜,志無所著,一切世間無能及者,具足五劫,思惟攝取莊嚴佛國清淨之行。 Le moine, ayant entendu le Bouddha décrire les terres pures et magnifiques, les contempla toutes et conçut un vœu d'une excellence sans égale. Son esprit était paisible, exempt d'attachement ; nul au monde ne pouvait l'égaler. Pendant cinq kalpa entiers, il médita et choisit les pratiques pures destinées à parer de splendeur la terre de Bouddha. La formulation quadrigraphique est attestée dans la littérature japonaise dès le début du XIIIe siècle, notamment dans le 海道記. |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d’usage | 1) 七宝の高台には、四十八願の主、五劫思惟の光を放て念仏の行者を照し。
『海道記』「東国は仏法の初道」、1223年頃
Sur la haute terrasse ornée des sept joyaux, le maître des quarante-huit vœux répand la lumière de sa méditation de cinq kalpa et éclaire ceux qui invoquent le nom du Bouddha. Kaidōki, « Dans les provinces de l'Est, le bouddhisme fait ses premiers pas », vers 1223
2) 憑みても憑むへきは五劫思惟の本願、念しても念すへきは此彌陀の名号なり。 『源平盛衰記』巻三十九「重衡請法然房事」、XIVe siècle (première moitié)
S'il est un vœu auquel se fier, c'est le vœu fondamental mûri pendant cinq kalpa ; s'il est un nom à invoquer, c'est celui de ce bouddha Amida. Genpei seisuiki, livre XXXIX, « Shigehira fait venir le moine Hōnen », première moitié du XIVe siècle
3) あさましき三毒具足の悪機として、われと出離にみちたえたる機を摂取したまはむための五劫思惟の本願なるがゆへに。 覚如『口伝鈔』上、1331年
Car c'est le vœu fondamental, médité durant cinq kalpa, par lequel Amida entend accueillir des êtres misérables, dominés par les trois poisons, incapables de trouver par eux-mêmes la voie de la délivrance. Kakunyo, Kudenshō, livre I, 1331 |
| Commentaire | Selon le récit bouddhique, Dharmākara était autrefois un roi. Après avoir entendu l'enseignement du bouddha Lokeśvararāja, il renonça à son trône et devint moine. Son maître lui révéla la variété des terres de deux cent dix milliards de bouddhas, avec leurs qualités et leurs imperfections. Dharmākara entreprit alors d'en choisir les meilleures dispositions pour créer un monde où les êtres pourraient parvenir à la délivrance. Cette réflexion dura cinq 劫, c'est-à-dire cinq périodes d'une longueur proprement inconcevable. Elle aboutit aux quarante-huit vœux dont l'accomplissement devait faire de lui le bouddha Amida et rendre possible la renaissance dans sa Terre pure.
La portée religieuse de cette histoire réside dans la destination du vœu : le salut des êtres soumis aux passions et incapables de se libérer par leurs seuls moyens. Dans les écoles japonaises de la Terre pure, le dix-huitième vœu occupe une place centrale, puisqu'il fonde la confiance accordée à l'invocation du nom d'Amida. Les cinq 劫 expriment l'immensité d'une compassion dont la promesse s'adresse jusque vers ceux qui se croient irrémédiablement perdus. Pour donner une idée de la durée d'un seul 劫, une comparaison traditionnelle imagine un rocher gigantesque effleuré tous les cent ans par une étoffe légère : le temps nécessaire pour l'user entièrement demeure encore en-deçà d'un 劫. Au Japon, cette durée a pris une forme étonnante dans les statues dites 五劫思惟阿弥陀. Le bouddha y apparaît assis, absorbé dans sa méditation, sous une masse extraordinaire de boucles de cheveux. Cette chevelure surabondante figure le temps pendant lequel il serait demeuré sans se raser. Le Tōdai-ji de Nara conserve une sculpture de ce type, en bois, datant du XIIIe siècle et mesurant 106 centimètres. Son visage presque englouti sous les boucles rend visible, avec une puissance singulière, la patience démesurée prêtée au futur Amida. |