Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

呉越同舟

Lecture japonaise ごえつ どうしゅう
Rōmaji Goetsu Dōshū
Sens Des adversaires, des rivaux ou des personnes en mauvais termes réunis dans une même situation et amenés, face à un danger ou à un intérêt commun, à coopérer.

呉越goetsu réunit les noms de deux États ennemis de la Chine des Printemps et Automnes, Wu et Yue ; 同舟dōshū signifie « être dans le même bateau ». On dirait en français, dans la même galère.

Variante(s) 吳越同舟ごえつどうしゅう Goetsu Dōshū

「吳越同舟」

『臺南新報』, 1922年7月24日

« Wu et Yue dans le même bateau »

Tainan Shinpō, 24 juillet 1922
Source 1) 『孫子』「九地」 (Sunzi, « Les neuf terrains »)

夫吳人與越人相惡也,當其同舟而濟,遇風,其相救也如左右手。

Les gens de Wu et ceux de Yue se haïssent ; mais lorsqu’ils traversent dans la même embarcation et rencontrent le vent, ils se secourent comme la main gauche et la main droite.

Ce passage constitue le 語本gohon de la locution : les gens de Wu et de Yue ainsi que le fait de partager une embarcation y sont bien présents, mais la forme quadrigraphique exacte n’y apparaît pas encore.

2) 『孫子集註』巻十一「九地」陳皥注 (Sunzi Jizhu, vol. 11, commentaire de Chen Hao sur « Les neuf terrains »)

人之相惡,莫甚吳越同舟遇風而猶相救,何則?勢使之然也。

Il n’est pas de haine plus forte que celle qui oppose Wu et Yue ; pourtant, lorsqu’ils sont dans le même bateau et rencontrent le vent, ils se portent encore secours. Pourquoi ? Parce que la situation les y contraint.

Niveau Kanken pré-2
Rareté 1 – Courant
Exemple d’usage 1) 随ってこの急がしい旅には二派の反目など誰も考えていられる閑はなかった。いよいよカイロ行の一団は、千鶴子の組も真紀子の組も呉越同舟で三台の自動車に分乗した。
横光利一『旅愁』, 1937–1946

Dans ce voyage précipité, personne n’avait donc le loisir de songer à l’opposition entre les deux camps. Lorsque le groupe partit enfin pour Le Caire, celui de Chizuko comme celui de Makiko se retrouvèrent rivaux embarqués ensemble, répartis dans trois automobiles.

Yokomitsu Riichi – Ryoshū, 1937–1946

2) そんな「呉越同舟」のプロジェクトとして、スタートを切りました。

C’est ainsi qu’a démarré ce projet où des rivaux se retrouvaient dans le même bateau.

Ministère japonais du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme, Grasp – « Un projet où six entreprises rivales se donnent la main », 22 mai 2024
Commentaire La rivalité entre les Wu et les Yue, à la fin de la période des Printemps et Automnes, est devenue l’un des grands cycles de vengeance de la tradition historique chinoise, autour des rois Fuchai de Wu et Goujian de Yue.

Le conflit décisif commence en 496 av. J.-C.. À la mort du roi de Yue Yunchang, Helü 闔閭, roi de Wu, attaque Yue. Le nouveau roi Goujian 勾踐 lui inflige une défaite à Zuili 檇李 ; Helü est blessé et meurt peu après. Selon le Shiji, il fait promettre à son fils Fuchai 夫差 de « ne jamais oublier Yue ». La vengeance devient donc, dès cette première étape, une affaire dynastique.

Fuchai prépare méthodiquement sa revanche. En 494, Goujian, inquiet de ces préparatifs, attaque le premier malgré les conseils de Fan Li 范蠡. C’est un désastre : Fuchai écrase Yue à Fujiao 夫椒, poursuit Goujian jusqu’au mont Kuaiji 會稽 et le réduit pratiquement à la capitulation. Goujian demande alors la paix dans des conditions extrêmement humiliantes. Wu Zixu 伍子胥, conseiller de Fuchai, insiste pour que Wu détruise Yue immédiatement ; Fuchai préfère accepter la soumission de Goujian. Les récits anciens font de cette décision la faute qui condamnera Wu.

Après son retour à Yue, Goujian mène une politique de redressement et de préparation à long terme. Le Shiji raconte qu’il place du fiel 膽 près de lui et le goûte régulièrement afin de ne jamais oublier l’humiliation de Kuaiji — c’est l’un des noyaux historiques de la tradition qui donnera ensuite la célèbre image de 臥薪嘗膽Gashin Shōtan. Il travaille, vit sobrement et cherche à partager les difficultés de ses sujets. Les traditions postérieures enrichiront énormément cette période, parfois avec des éléments beaucoup plus légendaires.

Pendant ce temps, Fuchai porte ses ambitions vers le nord, notamment contre Qi, et cherche à imposer Wu parmi les grandes puissances chinoises. Wu Zixu ne cesse de lui rappeler que Yue constitue le véritable danger : le Zuozhuan lui attribue même cette prédiction spectaculaire selon laquelle Yue aura besoin de dix ans pour accroître sa population et de dix autres pour l’instruire, après quoi Wu deviendra « un marais ». Fuchai finit par contraindre Wu Zixu au suicide en 484. La tradition historique a fait de cette opposition un exemple classique du souverain qui refuse d’écouter le conseiller lucide.

La revanche commence en 482, lorsque Fuchai se trouve loin de Wu pour la grande réunion des princes à Huangchi 黃池. Goujian profite de l’absence des meilleures forces de Wu, attaque le royaume et tue le prince héritier. Yue n’est cependant pas encore assez puissant pour achever son adversaire et accepte une nouvelle paix. Les offensives reprennent ensuite ; après plusieurs années de guerre, Wu tombe finalement en 473 av. J.-C.

Fuchai demande alors à Goujian de lui accorder la même grâce qu’il lui avait accordée autrefois à Kuaiji. Goujian serait disposé à l’épargner, mais Fan Li lui rappelle précisément l’erreur commise autrefois par Wu. Fuchai finit par se suicider ; le Shiji lui prête cette dernière honte : il se couvre le visage parce qu’il ne peut plus « regarder Wu Zixu en face » dans l’au-delà. Yue remplace alors Wu comme grande puissance du Sud-Est et Goujian accède au rang de 霸, hégémon.

Locutions apparentées 楚越同舟そえつどうしゅう Soetsu Dōshū

同舟共済どうしゅうきょうさい Dōshū Kyōsai

共同戦線きょうどうせんせん Kyōdō Sensen

大同団結だいどうだんけつ Daidō Danketsu

#同 #吳 #吳越同舟 #呉 #呉越同舟 #舟 #越