巍然屹立
| Lecture japonaise | ぎぜん きつりつ |
| Rōmaji | Gizen Kitsuritsu |
| Sens | Se dresser dans toute sa grandeur, imposant et inébranlable. Se dit notamment d'une montagne ou d'un édifice qui domine son environnement par sa hauteur et sa puissance.
Par extension, se distinguer par une supériorité exceptionnelle, en parlant d'une personne dont les qualités ou les capacités la placent au-dessus du commun. Littéralement : « se dresser majestueusement ». 巍然 évoque une élévation grandiose ; 屹立 désigne ce qui se dresse, haut et fermement établi. |
| Source | 1) Une attestation ancienne figure dans une chronique locale de la dynastie Ming, imprimée en 1609. Le passage décrit les fortifications de Yongning, reconstruites sous le règne de Wanli.
『汾州府志』巻十四「永寧州磚城記」 (Fenzhou fuzhi, vol. 14, « Relation sur les remparts de briques de Yongning », édition de 1609) 城既成,望之巍然屹立,如削斯齊,如引斯直。 Une fois les remparts achevés, ils apparaissaient dressés dans toute leur majesté, réguliers comme s'ils avaient été taillés, droits comme tracés au cordeau. 2) Au début du XXe siècle, Liang Qichao reprend la même expression dans un essai politique pour évoquer la position historique de la Chine en Asie. 梁啟超『新民說』第三節「釋新民之義」 (Liang Qichao, Xinmin shuo, troisième section, « Explication du sens de renouveler le peuple », 1902) 吾國夙巍然屹立於大東,環列皆小蠻夷。 Notre pays s'est depuis longtemps dressé majestueusement et inébranlablement dans l'Extrême-Orient, entouré de peuples considérés comme de petits barbares. Cette occurrence est souvent présentée comme la "source" de la locution par les dictionnaires. Une des raisons plausibles à cela, est que Liang Qichao a composé ce texte lorsqu'il était en exil au Japon, diffusant ainsi sa pensée tant sur l'archipel que dans l'Empire du Milieu. |
| Niveau Kanken | 1 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 1) 先刻までは巍然屹立する峻峰の如き剣呑さに感じられた居丈高な魔女も、膝をつき頬を拭う今では、随分とうらぶれた一介の詐欺師のように見える。
山川湖『大鳳討伐伝』第10話「呪いとは家族の呪いよ」、カクヨム
La sorcière hautaine, qui paraissait tout à l'heure aussi menaçante qu'un pic escarpé surplombant l'horizon immense, semblait maintenant, agenouillée et s'essuyant la joue, une simple escroc singulièrement défaite. Yamakawa Mizuumi, Daihō Tōbatsuden, chapitre 10, « Une malédiction, c'est une malédiction familiale », Kakuyomu
2) On rencontre également la construction développée 巍然として屹立す, attestée dans la littérature japonaise de Meiji : …石垣壞れ建物も大半は毀たれあれども中央の天主閣のみは尚ほ破壞のまゝに巍然として屹立しあり… 原抱一庵「闇中政治家」(1890)、『明治文学全集26 根岸派文学集』、筑摩書房、1981年、320頁
… les murs de pierre étaient écroulés et la majeure partie des bâtiments démolie, mais seule la tour maîtresse, au centre, demeurait encore, malgré les dégâts, dressée avec une grandeur majestueuse… Hara Hōitsuan, « Le Politicien dans l'ombre » (1890), repris dans Meiji Bungaku Zenshū, vol. 26, Negishi-ha Bungakushū, 1981, p. 320 |
| Commentaire | Le caractère 巍 offre un bel exemple des difficultés de l'étymologie graphique chinoise. Sa forme actuelle comporte vingt et un traits : le composant 山, « montagne », surmonte 魏. Le Shuowen jiezi analyse cependant le caractère à partir de 嵬, qui renvoie aux hauteurs accidentées, et de 委, auquel il attribue un rôle phonétique. La structure visible ne suffit donc pas à expliquer à elle seule la formation historique du signe.
Le sinologue japonais Shirakawa Shizuka propose, dans son Jitsū, une interprétation plus singulière. Il considère plutôt 嵬 ou 魏 comme porteurs du son. Pour lui, 委 représenterait une femme portant sur la tête l'esprit du riz, figuré par une parure végétale, et dansant en position basse au cours d'un rite agricole. 巍 aurait pu, à l'origine, évoquer une figure analogue dansant en se redressant de toute sa hauteur. Shirakawa présente cette lecture rituelle comme une hypothèse, et considère que cette valeur première éventuelle ne se laisse plus reconnaître dans le sens ordinaire de « haut, grandiose ». |