臥薪嘗胆
| Lecture japonaise | がしん しょうたん |
| Rōmaji | Gashin Shōtan |
| Sens |
Endurer volontairement les privations et les épreuves afin de ne pas perdre de vue un objectif et d'attendre le moment de l'accomplir.
À l'origine, la locution est associée à la vengeance : supporter les souffrances présentes pour ne jamais oublier une humiliation et préparer sa revanche. Littéralement : « coucher sur du bois de chauffage et goûter du fiel ». |
| Source |
L'histoire qui se trouve derrière la locution doit être distinguée de la formation exacte des quatre caractères.
司馬遷『史記』巻41「越王勾践世家」(Sima Qian, « Mémoires historiques », volume 41, « Maison héréditaire du roi Goujian de Yue ») raconte le supplice volontaire de Goujian : 置膽於坐、坐臥即仰膽、飲食亦嘗膽也。 Il plaça une vésicule biliaire près de son siège ; assis ou couché, il levait les yeux vers elle, et lorsqu'il mangeait ou buvait, il en goûtait également le fiel. Le 『史記』 atteste donc l'épisode de 嘗胆, mais pas encore la locution complète 臥薪嘗胆. La forme exacte est attestée au plus tard sous les Song chez 蘇軾「擬孫權答曹操書」(Su Shi, « Lettre fictive de Sun Quan en réponse à Cao Cao ») : 僕受遺以來、臥薪嘗膽、悼日月之逾邁、而歎功名之不立。 Depuis que j'ai reçu cette charge en héritage, je couche sur le bois et goûte le fiel, déplorant que les jours et les mois s'écoulent tandis que mon œuvre demeure inaccomplie. |
| Niveau Kanken | Pré-1 |
| Rareté | 2 – Littéraire |
| Exemple d'usage |
遼東還付の怒りとは一時に脳を刺撃して、臥薪嘗胆声高く、唯々感情に走りけり。
田口卯吉 – 『商業史歌』, 1901
La colère provoquée par la restitution du Liaodong frappa brusquement les esprits ; les appels à endurer les épreuves en préparant la revanche s'élevèrent de toutes parts, et l'on ne suivit plus que l'émotion. Taguchi Ukichi – Chant de l'histoire du commerce, 1901
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| Commentaire |
L'histoire traditionnellement attachée à 臥薪嘗胆 réunit deux épisodes des guerres entre Wu et Yue.
Le premier, 臥薪, « coucher sur du bois », est attribué à Fuchai, roi de Wu : il aurait volontairement rendu son sommeil inconfortable pour entretenir le souvenir de la mort de son père et son désir de vengeance contre Goujian. Le second, 嘗胆, « goûter le fiel », concerne Goujian lui-même : vaincu par Fuchai, il aurait conservé une vésicule biliaire auprès de lui et en aurait régulièrement goûté l'amertume afin de ne pas oublier l'humiliation de sa défaite. Il faut toutefois se garder de projeter la locution compacte sur les textes les plus anciens. Le 『史記』 raconte explicitement l'histoire du fiel de Goujian, mais pas celle de Fuchai couchant sur du bois. Le 『日本国語大辞典』 souligne même que le 典拠 de l'épisode de 臥薪 avant le 『十八史略』 demeure incertain. Les deux images ne sont attestées ensemble sous la forme 臥薪嘗胆 que beaucoup plus tard, notamment chez Su Shi sous les Song. L'histoire japonaise de la locution est tout aussi remarquable. Après la guerre sino-japonaise et la Triple Intervention de 1895, par laquelle la Russie, la France et l'Allemagne forcèrent le Japon à restituer la péninsule du Liaodong à la Chine, 臥薪嘗胆 devint un véritable slogan national. Le sens de « préparer patiemment la revanche » était alors particulièrement transparent. C'est dans ce contexte que 田口卯吉 l'emploie en 1901. Depuis, la référence historique s'est largement estompée : la locution peut simplement désigner le fait de supporter longtemps les difficultés afin d'atteindre un objectif. |
| Locutions apparentées |
座薪懸胆 zashin kentan
漆身呑炭 shisshin dontan |