Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

臥薪嘗胆

Lecture japonaise がしん しょうたん
Rōmaji Gashin Shōtan
Sens Prendre son mal en patience. Nourrir sa détermination de vaincre un ennemi en s'exposant quotidiennement à des épreuves. Plus généralement, accepter d'endurer des périodes difficiles si cela veut dire atteindre son but à la fin.

Littéralement : 臥薪 "dormir sur du petit bois" et 嘗胆 "goûter le fiel", en référence à l'histoire de Goujian du royaume des Wu. Voir la section "Commentaire".

Variante(s) 臥薪嘗膽rt>がしんしょうたん Gashin Shōtan

Graphie ancienne.

そのためには臥薪嘗膽の譬そのもののごとき努力が要請せられるのである。

『中央公論』, 3月、「政治力とは何ぞや」、3月1949 p.3

À cette fin, il fut impératif d'endurer le fiel proverbial.

『Chūō Kōron』,「Que signifie la "force gouvernementale" ?」、mars 1949 p.3
Source 1) Le 語本gohon le plus ancien se trouve dans le 『史記』「越王句踐世家」. Le texte rapporte l'austérité de Goujian après son retour à Yue et son habitude de goûter le fiel afin de ne pas oublier l'humiliation de Kuaiji. Il contient donc l'épisode de 嘗胆shōtan, mais pas celui de 臥薪gashin, et la locution exacte n'y apparaît pas.

『史記』巻四十一「越王句踐世家」 (Sima Qian, Shiji, vol. 41, « Yue Wang Goujian shijia »)

吳既赦越,越王句踐反國,乃苦身焦思,置膽於坐,坐臥即仰膽,飲食亦嘗膽也。曰:「女忘會稽之恥邪?」

Lorsque Wu eut gracié Yue, le roi Goujian revint dans son pays. Il s'imposa souffrances et réflexions amères, plaça une vésicule biliaire près de son siège ; assis ou couché, il levait les yeux vers elle, et pendant ses repas il en goûtait aussi le fiel. Il se disait : « As-tu oublié l'humiliation de Kuaiji ? »

2) La plus ancienne attestation exacte actuellement documentée se trouve sous les Song du Nord chez Su Shi, dans 「擬孫權答曹操書」. La forme quadrigraphique y est déjà pleinement constituée.

蘇軾「擬孫權答曹操書」 (Su Shi, « Lettre fictive de Sun Quan en réponse à Cao Cao »)

僕受遺以來,臥薪嘗膽,悼日月之逾邁,而嘆功名之不立。

Depuis que j'ai reçu la mission léguée par mon prédécesseur, je couche sur le bois et goûte le fiel, affligé de voir les jours et les mois s'écouler et de n'avoir encore accompli aucune grande œuvre.

3) Le 『十八史略』, composé plus tard, a joué un rôle important dans la transmission du récit au Japon. Il répartit les deux gestes entre les deux ennemis : Fuchai de Wu couche sur du bois pour ne pas oublier la mort de son père, tandis que Goujian de Yue goûte le fiel pour ne pas oublier l'humiliation de Kuaiji. Ce récit explique la lecture traditionnelle de la locution comme réunion de deux vengeances successives, mais il est postérieur à l'attestation exacte de Su Shi.

『十八史略』巻一「春秋戦国・呉」 (Jūhasshiryaku, vol. I, « Shunjū Sengoku – Go »)

夫差志復讎,朝夕臥薪中,出入使人呼曰:「夫差,而忘越人之殺而父邪。」……勾踐反國,懸膽於坐,臥即仰膽嘗之,曰:「女忘會稽之恥邪。」

Fuchai résolut de venger son père. Matin et soir, il couchait parmi le bois à brûler et, lorsqu'il entrait ou sortait, faisait proclamer : « Fuchai, as-tu oublié que les hommes de Yue ont tué ton père ? » […] Goujian revint dans son pays, suspendit une vésicule biliaire près de son siège et, lorsqu'il se couchait, levait les yeux vers elle et en goûtait le fiel, en se disant : « As-tu oublié l'humiliation de Kuaiji ? »

Niveau Kanken pré-1
Rareté 2 - Littéraire
Exemple d'usage 1) 当時天子は御涙をのんで、愛しき御女の君をもって、胡族の主に娶わせたまい、一時の和親を保って臥薪嘗胆、その間に弓馬をみがいたという例もあります。
吉川英治『三国志:07 赤壁の巻』

cette époque, l'empereur, ravalant ses larmes, maria sa fille bien-aimée au seigneur de la tribu barbare, instaurant une paix temporaire et prenant son mal en patience. Pendant ce temps, il perfectionna ses compétences en tir à l'arc et en équitation.

Yoshikawa Eiji "Mémoire des Trois Royaumes:07 La Bataille de Chibi"

2) 陰性の植物よりホルモン液を抽出する研究をはじめ、臥薪嘗胆十五年、一昨年ついにその大発明を完成されたのが、

石坂洋次郎『石中先生行状記』

陰性の植物よりホルモン液を抽出する研究をはじめ、臥薪嘗胆十五年、一昨年ついにその大発明を完成されたのが、

石坂洋次郎『石中先生行状記』

Après quinze années à prendre son mal en patience, 15 années à étudier l'extraction de solutions hormonales à partir de plantes tolérantes à l'ombre, il a finalement achevé son invention révolutionnaire il y a deux ans.

Ishizaka Yōjiro "Le journal du Professeur Ishinaka"
Commentaire À la fin de la période des Printemps et Automnes, l’histoire de 臥薪嘗胆Gashin Shōtan s’inscrit dans la longue lutte entre les royaumes de Wu et de Yue. En 496 av. J.-C., le roi 闔閭Helü de Wu attaque Yue, mais son armée est battue à Zuili et il est mortellement blessé. Avant de mourir, il ordonne à son fils 夫差Fuchai de ne jamais oublier Yue. La tradition postérieure représente alors Fuchai dormant sur du bois à brûler et se faisant rappeler sans cesse la mort de son père afin de maintenir intact son désir de vengeance.

Deux ans plus tard, en 494 av. J.-C., Fuchai prend sa revanche. Il écrase l’armée de 勾践Goujian, roi de Yue, à Fujiao et l’acculе au mont Kuaiji. Goujian accepte une paix extrêmement humiliante pour sauver son royaume. Le conseiller de Wu 伍子胥Wu Zixu supplie Fuchai d’anéantir Yue tant qu’il en a l’occasion, mais le roi refuse et laisse son adversaire rentrer chez lui.

Goujian consacre alors des années au redressement de Yue. Le récit traditionnel en fait un souverain qui partage les travaux et les privations de ses sujets, vit avec frugalité et entretient volontairement le souvenir de sa défaite. Il suspend près de lui une vésicule biliaire et en goûte régulièrement l’amertume en se demandant : « As-tu oublié l’humiliation de Kuaiji ? » Autour de lui, des conseillers comme 范蠡Fan Li et 文種Wen Zhong participent à la reconstruction politique, économique et militaire du royaume.

Pendant ce temps, Fuchai porte ses ambitions vers le nord et cherche à imposer Wu parmi les grandes puissances. Wu Zixu l’avertit à plusieurs reprises que Yue reste le véritable danger ; Fuchai finit pourtant par le contraindre au suicide. En 482 av. J.-C., alors que le roi de Wu se trouve à Huangchi pour une grande réunion des princes, Goujian profite de son absence pour attaquer. Yue n’est pas encore en mesure d’achever son adversaire, mais la situation s’est désormais inversée. Après de nouvelles campagnes, Wu est finalement vaincu en 473 av. J.-C. Fuchai demande à son tour grâce à Goujian ; celui-ci hésite à l’épargner, mais Fan Li lui rappelle l’erreur que Wu avait autrefois commise en laissant survivre Yue. Fuchai refuse finalement la retraite qui lui est proposée et se suicide.

L’image est d’autant plus frappante que, dans le récit traditionnel, ses deux moitiés appartiennent d’abord à deux ennemis différents : 臥薪gashin, « coucher sur le bois », est associé à Fuchai ; 嘗胆shōtan, « goûter le fiel », à Goujian. La locution les fusionne en une seule formule et condense ainsi toute une histoire de défaite, de mémoire entretenue, de patience et de revanche.

Locutions apparentées 座薪懸胆ざしんけんたん Zashin Kentan

漆身呑炭しっしんどんたん Shisshin Dontan

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