Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

頑陋至愚

Lecture japonaise がんろう しぐ
Rōmaji Ganrō Shigu
Sens Être obstiné, incapable de reconnaître la raison et d’une extrême stupidité.

La locution associe 頑陋ganrō, qui désigne une personne opiniâtre, bornée, dépourvue de discernement et moralement basse, et 至愚shigu, « extrêmement stupide ».

Source Aucun texte classique exact n’est actuellement identifié comme source de 頑陋至愚ganrō shigu. Sa construction repose toutefois sur deux bases beaucoup plus anciennes. 頑陋ganrō est déjà attesté dans le Hou Hanshu et apparaît en kanbun japonais dans le 本朝無題詩Honchō mudaishi au XIIe siècle ; 至愚shigu est attesté au Japon dès le 小右記Shōyūki en 1012. Le chinois ancien possède en outre la formule quadrigraphique très proche 至愚極陋 chez Wang Bao. Ces antécédents éclairent la formation de la locution sans constituer son 語本gohon.

L’attestation exacte la plus ancienne actuellement vérifiée est celle de 福沢諭吉Fukuzawa Yukichi dans le 文明論之概略Bunmeiron no gairyaku, publié en 1875 ; elle est reproduite dans la section « Exemple d’usage ».

1)

王褒 – 『聖主得賢臣頌』, 前漢 (Wang Bao – Éloge du souverain sage qui obtient de dignes ministres, Han occidentaux)

無有游觀廣覽之知,顧有至愚極陋之累。

Je ne possède pas le savoir acquis par les voyages et une vaste observation ; je porte au contraire le défaut d’être d’une extrême stupidité et grossièreté.

2)

『後漢書』巻六十五「曹褒伝」, 後漢・章帝期 (Hou Hanshu, vol. 65, « Biographie de Cao Bao », édit de l’empereur Zhang)

況予頑陋,無以克堪,雖欲從之,末由也已。

À plus forte raison moi, borné et grossier, je ne suis pas capable d’y suffire ; quand bien même je voudrais les suivre, je n’en ai pas le moyen.

La proximité de 至愚極陋 est particulièrement suggestive : elle montre qu’un assemblage quadrigraphique associant l’extrême sottise à la grossièreté existait déjà dans la langue classique, mais aucune preuve ne permet d’en faire la source directe de 頑陋至愚ganrō shigu.

Niveau Kanken Absent
Rareté 4 – Marginal
Exemple d’usage 二、三の人物を挙てこれを論ずれば、西洋にも頑陋至愚の民あり、亜細亜にも智徳俊英の士あり。
福沢諭吉 – 『文明論之概略』, 1875

Si l’on en juge d’après deux ou trois individus, il existe en Occident aussi des gens obstinément bornés et d’une extrême stupidité, tout comme il existe en Asie des hommes remarquables par leur intelligence et leur vertu.

Fukuzawa Yukichi – Esquisse d’une théorie de la civilisation, 1875
Commentaire 頑陋至愚Ganrō Shigu a l’apparence d’un vieux chengyu chinois, mais son profil pourrait être beaucoup plus moderne. Son plus ancien emploi exact actuellement vérifié se trouve chez 福沢諭吉Fukuzawa Yukichi en 1875, précisément au moment où le japonais savant multiplie les formations sino-japonaises compactes destinées à exprimer idées, classifications et concepts nouveaux. Une étude de Zhu Jingwei pour le NINJAL montre que le procédé 2+2 — deux bases de deux caractères réunies en une unité quadrigraphique — était déjà très développé dans les textes de rangaku et devient particulièrement productif au début de Meiji. Le 明六雑誌Meiroku Zasshi de 1874–1875 emploie ainsi quantité de formations de ce type, parmi lesquelles 文明開化bunmei kaika, 君民同権kunmin dōken ou 立憲政治rikken seiji.

福沢諭吉Fukuzawa Yukichi est lui-même un acteur majeur de cette créativité lexicale. L’histoire institutionnelle de Keiō rapporte qu’il dit avoir forgé 競争kyōsō pour traduire competition et 版権hanken pour copyright ; 演説enzetsu, en revanche, illustre plutôt une adaptation et une redéfinition d’un matériau lexical préexistant. Le phénomène est suffisamment marqué pour qu’une étude universitaire entière, par Sakai Junko, soit consacrée aux 四字漢語yonji kango de Fukuzawa.

Dans ce contexte, 頑陋至愚ganrō shigu se laisse analyser très naturellement comme une formation 2+2 : 頑陋ganrō + 至愚shigu, deux éléments qui existaient déjà indépendamment dans la tradition écrite japonaise. La phrase de 1875 oppose en outre ce groupe à 智徳俊英chitoku shun'ei, autre séquence quadrigraphique bâtie pour l’antithèse. Il est donc plausible que Fukuzawa ait formé 頑陋至愚ganrō shigu pour les besoins de son argumentation, mais aucune preuve ne permet encore de lui attribuer formellement la création de la locution. Ce cas illustre parfaitement une particularité de Meiji : des expressions qui ressemblent aujourd’hui à des 四字熟語yojijukugo immémoriaux peuvent être, en réalité, des recombinaisons japonaises relativement modernes de matériaux sino-classiques beaucoup plus anciens.

Locutions apparentées 頑執妄排がんしゅうもうはい Ganshū Mōhai

頑迷固陋がんめいころう Ganmei Korō

頑冥不霊がんめいふれい Ganmei Furei

刻舟求剣こくしゅうきゅうけん Kokushū Kyūken

固陋頑迷ころうがんめい Korō Ganmei

冥頑不霊めいがんふれい Meigan Furei

#愚 #至 #陋 #頑 #頑陋至愚