鷽鳩笑鵬
| Lecture japonaise | がくきゅう しょうほう |
| Rōmaji | Gakukyū Shōhō |
| Sens | Railler ce dont on ne peut mesurer la grandeur : une personne aux vues étroites se moque des ambitions ou des réalisations d'un être supérieur, faute d'en comprendre l'envergure.
Littéralement : « la petite tourterelle se moque du Peng ». 鷽鳩 désigne dans ce récit un petit oiseau au vol limité ; 笑鵬 signifie « rire du Peng », oiseau fabuleux capable de s'élever à une hauteur prodigieuse. La forme proverbiale développée est 鷽鳩大鵬を笑う. |
| Variante(s) | 学鳩笑鵬 Gakukyū Shōhō |
| Source | 1) Le premier chapitre du Zhuangzi raconte l'envol du Peng vers les mers méridionales. Il constitue l'antécédent narratif de la locution sans en donner les quatre caractères réunis.
『莊子』内篇「逍遙遊」 (Zhuangzi, chapitre intérieur « Xiaoyao you », « Libre et lointaine randonnée ») 蜩與學鳩笑之曰:「我決起而飛,搶榆枋,時則不至,而控於地而已矣,奚以之九萬里而南為?」 La cigale et la petite tourterelle se moquèrent de lui : « Nous prenons notre essor et atteignons les ormes et les sterculiers ; parfois même nous n'y parvenons pas et retombons au sol. À quoi bon parcourir quatre-vingt-dix mille lis pour aller vers le sud ? » 2) Une ancienne copie abrégée du Zhuangzi, conservée parmi les manuscrits de Dunhuang sous la cote P.2495, donne déjà la suite de quatre caractères correspondant à la variante avec « 学 ». Elle est connue grâce à sa transcription publiée dans une étude universitaire japonaise. Le passage présente aussi une réduction de « quatre-vingt-dix mille lis » à « neuf lis ». 『敦煌列子荘子略抄』写本 P.2495(呉皞「原典・記憶・抄写・類書」所引) (Dunhuang Liezi Zhuangzi ryakushō, manuscrit P.2495, cité par Wu Hao, 2025) 蜩与学鳩笑鵬曰:「我決起而槍楡枋、時則不至乃控於地、何用九里而南為。」 La cigale et la petite tourterelle se moquent du Peng : « Nous nous élançons vers les ormes et les sterculiers ; parfois nous n'y parvenons même pas et retombons au sol. Pourquoi donc aller à neuf lis vers le sud ? » |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 5 – Chinois classique |
| Exemple d’usage | La formule est notamment transmise en japonais sous sa forme proverbiale développée et à travers des lectures du texte classique. Les deux passages suivants relèvent respectivement du kundoku et du commentaire pédagogique, et non d'un emploi figuré autonome de la locution quadrigraphique.
1) 蜩[ひぐらし]と鷽鳩[かくきう]と之を笑ひて曰はく、「我は決起して飛び、榆枋を搶[つ]く。……」 高芝麻子「『荘子』大きな動物たち」『漢字文化資料館』、2022年12月9日(原文の一部を訓読)
La cigale et la petite tourterelle se moquent de lui et disent : « Nous nous élançons et atteignons les ormes et les sterculiers. » Takashiba Asako, « Les grands animaux du Zhuangzi », Kanji bunka shiryōkan, 9 décembre 2022 (lecture japonaise d'un texte chinois)
2) 「鷽鳩大鵬(がくきゅうたいほう)を笑う」は「燕雀安んぞ鴻鵠の志を知らんや」と似た意味を持つ。 「『燕雀安んぞ鴻鵠の志を知らんや』とはどういう意味?」『@DIME』、2024年4月17日(解説記事)
« La petite tourterelle se moque du grand Peng » possède un sens voisin de « Comment les hirondelles et les moineaux pourraient-ils comprendre les aspirations du cygne ? » « Que signifie “Les hirondelles et les moineaux peuvent-ils comprendre les ambitions du cygne ?” », @DIME, 17 avril 2024 (mention métalinguistique de la forme développée) |
| Commentaire | Dans la littérature chinoise , le classique taoïste Zhuangzi contient le plus ancien récit du mythe de Peng.
Dans les ténèbres du nord vit un poisson nommé K'un. K'un est si immense que je ne saurais dire combien de milliers de li il mesure. Il se métamorphose en un oiseau nommé P'eng. Le dos de Peng mesure je ne saurais dire combien de milliers de li d'envergure et, lorsqu'il s'élève dans les airs, ses ailes sont comme des nuages qui emplissent le ciel. Lorsque la mer se met à bouger, cet oiseau s'envole vers les ténèbres du sud, qui sont le Lac Céleste. "L'Harmonie Universelle" relate diverses merveilles et dit : « Lorsque le Peng voyage vers les ténèbres du sud, les eaux sont agitées sur trois mille li . Il triomphe du tourbillon et s'élève sur quatre-vingt-dix mille li, partant pour la tempête du sixième mois. » Chaleur vacillante, poussières éparses, êtres vivants s'agitant les uns contre les autres – le ciel paraît d'un bleu intense. Est-ce sa véritable couleur, ou est-ce dû à l'immensité et à l'infini ? Lorsque l'oiseau regarde en bas, il ne voit lui aussi que du bleu. […] La cigale et la petite colombe rient de cela en disant : « Quand on fait l'effort de s'envoler, on peut aller jusqu'à l'orme ou le sapanier, mais parfois on n'y arrive pas et on retombe par terre. Comment va-t-on alors parcourir quatre-vingt-dix mille li vers le sud ! » […] La petite caille se moque de lui en disant : « Où croit -il aller ? Je fais un grand bond et je m’envole, mais je ne vais jamais à plus de dix ou douze mètres avant de retomber en voletant parmi les herbes et les ronces. Et c’est de toute façon la meilleure façon de voler ! Où croit- il aller ? » Telle est la différence entre les grands et les petits. |