Yoji – Tous les 四字熟語 traduits (ou presque)

不立文字

Lecture japonaise ふりゅう もんじ
Rōmaji Furyū Monji
Sens Dans le zen, l’éveil ne se transmet pas par les seuls textes et discours : l’expérience directe et la transmission de maître à disciple priment sur l’adhésion aux formulations doctrinales.

不立文字Furyū Monji se lit aussi sous la forme développée 文字を立てずmonji o tatezu, littéralement « ne pas établir [la doctrine] sur les écrits ». La formule ne signifie donc pas que le zen proscrit les livres, mais que les mots ne peuvent, à eux seuls, contenir ni transmettre l’expérience de l’éveil.

Source 1) 『祖庭事苑』巻五「単伝」 (Zuting shiyuan, vol. 5, « Transmission unique »)

所謂教外別傳、不立文字、直指人心、見性成佛。

C’est ce que l’on appelle une transmission distincte des enseignements, qui ne repose pas sur les écrits, qui pointe directement vers l’esprit humain et permet de voir sa nature pour devenir bouddha.

Cette série de formules est attestée dans la littérature zen des Song. Son attribution directe à Bodhidharma appartient à la tradition du zen et ne doit pas être comprise comme la transcription historiquement établie de paroles prononcées par lui.

2) 栄西『興禅護国論』上・三, 1198 (Eisai, Kōzen Gokokuron, livre I, section 3, 1198)

或人云、禅宗不立文字、則無依憑。

Quelqu’un objecte : « Puisque l’école zen ne repose pas sur les écrits, elle ne dispose donc d’aucun fondement auquel se référer. »

Eisai introduit cette objection pour expliquer ensuite que la formule ne signifie pas le rejet pur et simple des sûtras : le zen refuse de faire des mots le fondement ultime de l’éveil.

Niveau Kanken pré-2
Rareté 3 – Érudit
Exemple d’usage 禅宗のように不立文字を標榜して教学を撥無するものもあれば、念仏の直入を力調して戒行をかえりみないものもあった。
倉田百三「学生と先哲――予言僧日蓮――」『学生と先哲』, 1937

Il existait aussi des courants qui, comme le zen, proclamaient le principe de ne pas se reposer sur les écrits et rejetaient l’étude doctrinale, tandis que d’autres insistaient sur l’accès direct par le nenbutsu sans se soucier de la discipline religieuse.

Kurata Hyakuzō, « Étudiants et philosophes antiques — le moine prophétique Nichiren — », dans Étudiants et philosophes, 1937
Commentaire La diffusion internationale du zen au XXe siècle a donné à 不立文字Furyū Monji un paradoxe particulièrement visible. Le penseur bouddhiste 鈴木大拙Suzuki Daisetsu (1870–1966), qui joua un rôle majeur dans la découverte du zen en Europe et aux États-Unis, a consacré une grande partie de sa vie à l’expliquer précisément par des livres, des conférences et des textes en anglais.

Suzuki ne présentait pourtant pas le langage comme un substitut à l’expérience. Pour lui, expliquer le zen dans une autre langue consistait à créer les conditions permettant au lecteur ou à l’auditeur d’en approcher l’expérience. Ses Essays in Zen Buddhism, publiés à partir de 1927, ont ainsi contribué à faire connaître en Occident une tradition qui affirme elle-même les limites des mots.

Locutions apparentées 以心伝心いしんでんしん Ishin Denshin

教外別伝きょうげべつでん Kyōge Betsuden

拈華微笑ねんげみしょう Nenge Mishō

維摩一黙ゆいまいちもく Yuima Ichimoku

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