鴛鴦交頸
| Lecture japonaise | えんおう こうけい |
| Rōmaji | En'ō Kōkei |
| Sens | Des canards mandarins qui croisent ou enlacent leur cou ; métaphore d’un couple intimement uni. |
| Source |
1) La plus ancienne attestation exacte que j’ai pu vérifier à ce stade se trouve au IIIe siècle chez 曹丕 (Cao Pi), dans 「秋胡行」 (« Chant de Qiu Hu »). L’image apparaît dans un contexte amoureux, à proximité de la « belle personne » à laquelle pense le locuteur, mais elle ne désigne pas encore explicitement un couple marié :
朝采其實,夕佩其英。采之遺誰,所思在庭。雙魚比目,鴛鴦交頸。有美一人,婉如清揚。 Au matin j’en cueille les fruits, le soir j’en porte les fleurs. À qui offrir ce que j’ai cueilli ? Celle à qui je pense est dans la cour. Les deux poissons rapprochent leurs yeux ; les canards mandarins enlacent leurs cous. Il est une belle personne, gracieuse et lumineuse. 2) Sous les Tang, 元稹 (Yuan Zhen, 779–831) emploie la même formule dans 「會真詩三十韻」 (« Trente rimes sur une rencontre merveilleuse »), au cœur d’une scène explicitement amoureuse et érotique : 轉面流花雪,登床抱綺叢。鴛鴦交頸舞,翡翠合歡籠。 Elle détourne le visage comme une fleur sous la neige ; montant sur le lit, ils s’enlacent parmi les étoffes. Comme des canards mandarins, ils dansent les cous enlacés ; comme deux martins-pêcheurs, ils sont réunis sous le dais. 3) La valeur proprement conjugale est particulièrement nette chez 李郢 (Li Ying), dans 「為妻作生日寄意」 (« Pensées envoyées pour l’anniversaire de mon épouse ») : 鴛鴦交頸期千歲,琴瑟諧和願百年。 Puissent les canards mandarins, cous enlacés, demeurer ainsi mille ans ; puisse l’harmonie du qin et du se durer cent années. |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 5 – Chinois classique |
| Exemple d’usage | La locution survit au Japon surtout dans les transmissions des classiques chinois.
1) 雙魚は目を比べ 鴛鴦は頸を交ふ Les deux poissons rapprochent leurs yeux ; les canards mandarins enlacent leurs cous. 狩野雄 – 「舞臺の上の曹丕樂府 ―曹丕樂府に見える樂舞表現をめぐって―」, 2005
Yū Kano – « Les yuefu de Cao Pi sur scène : autour des expressions de danse et de musique dans les yuefu de Cao Pi », 2005
2) 鴛鴦交頸して舞い,翡翠合歡に籠もる Les canards mandarins dansent en entrelaçant leurs cous ; les martins-pêcheurs se retirent ensemble sous le dais nuptial. 芦立一郎 – 「唐末の艶情詩について」, 2005
Ichirō Ashidate – « Sur la poésie érotique de la fin des Tang », 2005
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| Commentaire |
La plus ancienne occurrence de 鴛鴦交頸 ne formule pas encore abstraitement la fidélité conjugale : chez 曹丕 (Cao Pi), les canards mandarins qui enlacent leurs cous apparaissent comme une image concrète au milieu d’un poème où se succèdent l’étang, les fleurs, deux poissons appariés et une belle personne versée dans la musique.
Sous les Tang, l’image devient explicitement conjugale. 李郢 (Li Ying), dans un poème composé pour l’anniversaire de son épouse, associe 鴛鴦交頸 à 琴瑟諧和 : il souhaite que les canards mandarins « aux cous enlacés » durent mille ans et que l’harmonie du qin et du se dure cent années. |
| Locutions apparentées |
鴛鴦之偶 en'ō no gū
鴛鴦之契 en'ō no chigiri 関関雎鳩 kankan shokyū 関雎之化 kansho no ka 琴瑟相和 kinshitsu sōwa 琴瑟之和 kinshitsu no wa 比翼双飛 hiyoku sōhi 鳳凰于飛 hōō uhi 連理之枝 renri no eda |