聞風喪胆
| Lecture japonaise | ぶんぷう そうたん |
| Rōmaji | Bunpū Sōtan |
| Sens | Être saisi d’effroi au seul bruit de la réputation ou à la simple nouvelle de quelqu’un ou de quelque chose.
Littéralement : « entendre le vent de la rumeur et perdre son courage ». 聞風 désigne ici le fait d’entendre une rumeur ou une réputation ; 喪胆, le fait de « perdre son courage », donc d’être profondément effrayé. |
| Variante(s) | 1) 聞風破膽 Bunpū Hatan
故能望影揣情,已探致虜之術,豈止聞風破膽,益堅慕義之心。 李德裕『授張仲武東面招撫回鶻使制』, 842
C’est ainsi qu’en observant les signes il sait deviner les dispositions et a déjà compris l’art de rallier les peuples ennemis ; il ne se borne pas à briser leur courage au seul bruit de sa réputation, il affermit encore leur désir de se rallier à la justice. Li Deyu – « Décret nommant Zhang Zhongwu commissaire chargé de rallier les Ouïghours de l’Est », 842
2) 聞風喪膽 Bunpū Sōtan 自是,山陬、石罅、海內遊魂,無不聞風喪膽,潛蹤遠遁,莫敢有復萌攘竊多事之想者。潮、普兩邑肅然矣。 藍鼎元『鹿洲公案』「葫盧地, 1729
Dès lors, dans les recoins des montagnes, les fissures des rochers et parmi les vagabonds des rivages, tous furent terrifiés à la seule nouvelle et s’enfuirent se cacher au loin ; nul n’osa plus nourrir l’idée de recommencer à voler et à semer le trouble. Les deux districts de Chaoyang et Puning retrouvèrent le calme. Lan Dingyuan – Luzhou gong’an, « Hulu di », 1729 |
| Source | La généalogie textuelle de 聞風喪胆 est inhabituelle. Son 語本 — le passage ancien qui fournit la matrice de l’expression sans nécessairement en contenir la forme exacte — se trouve sous les Tang, dans un décret de 李德裕 rédigé en 842 à propos du général 張仲武.
1)Li Deyu, « Décret nommant Zhang Zhongwu commissaire chargé de rallier les Ouïghours de l’Est » 故能望影揣情,已探致虜之術,豈止聞風破膽,益堅慕義之心。 C’est ainsi qu’en observant les signes il sait deviner les dispositions et a déjà compris l’art de rallier les peuples ennemis ; il ne se borne pas à briser leur courage au seul bruit de sa réputation, il affermit encore leur désir de se rallier à la justice. Le texte ne porte donc pas la vedette exacte : il emploie 聞風破膽, avec 破, « briser », au troisième caractère, là où la forme ultérieure emploie 喪, « perdre ». La structure et l’image sont déjà les mêmes, mais ce passage doit être traité comme un 語本 et comme l’attestation de la variante-source, non comme une occurrence de 聞風喪胆. La forme exacte en graphie traditionnelle est attestée au plus tard en 1729 dans 『鹿洲公案』, ouvrage de 藍鼎元achevé cette année-là. 2) 藍鼎元『鹿洲公案』「葫盧地 (Lan Dingyuan, Luzhou gong’an, « Hulu di ») 自是,山陬、石罅、海內遊魂,無不聞風喪膽,潛蹤遠遁,莫敢有復萌攘竊多事之想者。潮、普兩邑肅然矣。 Dès lors, dans les recoins des montagnes, les fissures des rochers et parmi les vagabonds des rivages, tous furent terrifiés à la seule nouvelle et s’enfuirent se cacher au loin ; nul n’osa plus nourrir l’idée de recommencer à voler et à semer le trouble. Les deux districts de Chaoyang et Puning retrouvèrent le calme. Entre les deux témoins, la formule est donc passée de 聞風破膽 à 聞風喪膽. La graphie japonaise moderne 聞風喪胆 ne modifie plus que le dernier caractère, en employant 胆 à la place de la forme traditionnelle 膽. |
| Niveau Kanken | pré-2 |
| Rareté | 4 – Marginal |
| Exemple d’usage | 誰もが彼の名を聞くだけで聞風喪胆。人里離れた乱葬丘に領府を建てていた。
海闊天空 – 『タイムスリップした現代の天才武器少女と古代残虐鬼王の世界征服物語』概要, 2024
Quiconque entendait son nom était saisi de terreur. Il avait établi sa résidence seigneuriale sur une colline funéraire isolée. Kaikatsu Tenkū, "L'histoire d'une jeune fille surdouée des temps modernes, experte en armes, qui voyage dans le temps, et la conquête du monde par un ancien roi démon cruel" Résumé, 2024 |
| Commentaire | Le choix de la « vésicule biliaire » dans cette famille d’expressions n’est pas arbitraire. Dans la médecine chinoise classique, 膽 n’est pas seulement décrite comme un organe : elle reçoit aussi une fonction dans le gouvernement des facultés psychiques et morales.
Dans le『黃帝內經』「靈蘭秘典論」, chaque organe est comparé à une charge administrative. La formule consacrée à 膽 dit :「膽者,中正之官,決斷出焉」, « la vésicule biliaire est l’officier de la juste décision ; d’elle procède la faculté de trancher ». Le lien avec le courage devient encore plus concret dans le『靈樞』「論勇」. Le brave y est décrit comme ayant 「其膽滿以傍」, « la vésicule biliaire pleine et ample », tandis que chez le timide 「其膽不滿而縱」, elle « n’est pas pleine et demeure relâchée ». Ce modèle appartient à la physiologie et à l’anthropologie médicales de la Chine ancienne, non à l’anatomie moderne ; il éclaire néanmoins la facilité avec laquelle 膽 a pu devenir, dans la langue, le siège figuré de la résolution et du courage. « Perdre » ou « briser » 膽 revient ainsi à perdre toute capacité à faire face. |