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卞和泣璧

Lecture japonaise べんか きゅうへき
Rōmaji Benka Kyūheki
Sens Se lamenter de voir sa valeur, son talent ou ses mérites véritables méconnus.

Littéralement : « Bian He pleure sur son jade ».

Variantes 卞和之璧べんかのへき benka no heki

内田魯庵 "くれの廿八日" (Uchida Roan, "Kure no nijūhachi nichi"):

輕しとし孜々忽々其一路を志ざして褞袍粗糲幾年の苦辛に成つた經營畫策を一時なりとも抛棄するは、卞和の璧を抱いて却て刖らるゝ樣な感情がした。

Poursuivre insouciamment et avec zèle cette voie unique, et abandonner ne serait-ce qu'un instant le plan d'affaires patiemment élaboré pendant de nombreuses années, donnait l'impression de devoir jeter un trésor inestimable.

Source 『韓非子』「和氏」 (Le « Han Feizi », chapitre « He et son jade ») :

文王即位,和乃抱其璞而哭於楚山之下,三日三夜,泣盡而繼之以血。

Lorsque le roi Wen monta sur le trône, He serra contre lui son bloc de jade brut et pleura au pied du mont Chu pendant trois jours et trois nuits ; lorsque ses larmes furent épuisées, le sang leur succéda.

Interrogé sur la raison de ses pleurs, Bian He répond :

吾非悲刖也,悲夫寶玉而題之以石,貞士而名之以誑,此吾所以悲也。

Ce ne sont pas mes pieds amputés que je pleure. Ce que je pleure, c'est qu'un jade précieux soit qualifié de pierre et qu'un homme loyal soit traité d'imposteur : voilà la cause de mon chagrin.

Ce récit constitue le 語本gohon de la locution. Le 『韓非子』 raconte donc l'épisode de Bian He, mais n'emploie pas encore la formule compacte 卞和泣璧.

La plus ancienne attestation vérifiée de la forme compacte est dans 陳・慧愷『攝大乘論序』 (Sous les Chen, Huikai, « Préface au Compendium du Grand Véhicule », VIe siècle) :

法師每懷慷慨,所歎知音者希。故伯牙絶絃,卞和泣璧,良由妙旨之曲難辯、盈尺之珍罕別。

Le maître était souvent saisi d'amertume et déplorait surtout la rareté de ceux qui reconnaissaient véritablement son talent. C'est pour cela que Boya avait rompu les cordes de sa harpe et que Bian He avait pleuré sur son jade : c'est que les doctrines au sens subtil sont difficiles à saisir, de même qu'il est difficile d'estimer la valeur d'un joyau minuscule.

La formule est donc déjà pleinement cristallisée au VIe siècle et possède dans ce passage son sens figuré de « valeur véritable qui demeure méconnue ».

Niveau Kanken Absent
Rareté 5 – Chinois classique
Exemple d'usage Cette locution a circulé au Japon grâce aux traductions et commentaires du Han Feizi.

Aujourd'hui, elle apparaît parfois dans des exemples pédagogiques ad hoc sur des sites d'apprentissages de 四字熟語yojijukugo :

人権擁護法案の所為で、優れた新エネルギーが受け入れられることなく卞和泣璧を蒙ることになった。

En raison de la loi sur la protection des droits de l'homme, d'excellentes nouvelles sources d'énergie n'ont pas été acceptées, qui donne くla désagréable impression de passer à côté de quelque chose.

Commentaire 卞和Benka, Bian He, découvre dans les montagnes de Chu un haku, c'est-à-dire un bloc de jade brut, encore non taillé. Il l'offre successivement à deux souverains de Chu. Dans les deux cas, les experts déclarent qu'il ne s'agit que d'une pierre et Bian He est puni comme imposteur : on lui ampute d'abord un pied, puis l'autre.

Sous le roi Wen, son bloc est enfin taillé et révèle le jade précieux qu'il renfermait. L'histoire devient ainsi une parabole de la valeur authentique que des juges incapables ne savent pas reconnaître.

heki désigne proprement un disque de jade, généralement circulaire et percé en son centre, objet prestigieux et rituel de la Chine ancienne. Dans le nom 和氏之璧Kashi no heki, « le jade de monsieur He », il désigne le célèbre joyau tiré de la pierre de Bian He.

Le 『蒙求Mōgyū』 de Li Han, souvent donné au Japon comme source de la locution, comporte bien la rubrique 「卞和泣璧」. Il est toutefois postérieur de plusieurs siècles à la préface de Huikai, dans laquelle la formule exacte est déjà attestée.

La locution est une entrée du dictionnaire officielle du Kanken pour les 四字熟語yojijukugo, mais il ne lu est pas attribué de niveau, car le caractère 卞 ne figure pas dans la liste des kanjis à connaître pour l'examen.

Locutions apparentées 和氏之璧かしのへき kashi no heki

連城之璧れんじょうのへき renjō no heki

随侯之珠ずいこうのたま zuikō no tama

隋和之宝ずいかのたから zuika no takara

隋珠和璧ずいしゅかへき zuishu kaheki

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