嗚呼哀哉
| Lecture japonaise | ああ かなしいかな |
| Rōmaji | Aa Kanashii Kana |
| Sens | Hélas ! Quelle tristesse ! Quelle douleur !
Exclamation exprimant une profonde affliction, employée notamment pour déplorer la mort de quelqu'un. La formule se décompose en 嗚呼, « ah !, hélas ! », et 哀哉, « que c'est triste !, quelle douleur ! ». |
| Variante(s) | 1) 於乎哀哉 aa kanashii kana
Cette forme est déjà attestée dans 『詩経』「大雅・召旻」(Le Classique des vers, « Grandes Odes – Zhaomin ») : 昔先王受命、有如召公、日辟國百里、今也日蹙國百里。 於乎哀哉、維今之人、不尚有舊。 Autrefois, lorsque les anciens rois reçurent le Mandat, ils avaient des hommes tels que le duc de Shao : chaque jour, le royaume s'étendait de cent 里. Aujourd'hui, il se réduit chaque jour de cent 里. Hélas ! Quelle tristesse ! Parmi les hommes d'aujourd'hui, ne reste-t-il donc plus personne des temps anciens ? 2) 於呼哀哉 aa kanashii kana Cette graphie est également enregistrée comme variante de 嗚呼哀哉 dans les dictionnaires chinois. |
| Source | 『春秋左氏伝』哀公十六年 (Le Commentaire de Zuo aux Annales des Printemps et Automnes, seizième année du duc Ai) :
夏四月己丑、孔丘卒。公誄之曰、旻天不弔、不憖遺一老、俾屏余一人以在位、煢煢余在疚。嗚呼哀哉尼父、無自律。 En été, au quatrième mois, le jour 己丑, Confucius mourut. Le duc prononça son éloge funèbre : « Le Ciel est sans pitié : il n'a pas daigné me laisser ce vieillard pour me protéger tandis que j'occupe le trône ; me voici seul, plongé dans l'affliction. Hélas ! Quelle douleur ! Père Ni, je n'ai plus personne pour me servir de règle. » Le dictionnaire Jitenon donne pour source 陳寿『三国志』巻三十五「蜀書・諸葛亮伝」(Chen Shou, Chroniques des Trois Royaumes, volume 35, « Livre de Shu – Biographie de Zhuge Liang »). La formule y figure effectivement, dans l'éloge posthume adressé à Zhuge Liang : 今使使持節左中郎將杜瓊、贈君丞相武鄉侯印綬、諡君為忠武侯。魂而有靈、嘉茲寵榮。嗚呼哀哉、嗚呼哀哉。 À présent, j'envoie Du Qiong, porteur de l'insigne impérial et général de la Maison de gauche, afin de vous remettre à titre posthume le sceau et le cordon de chancelier et marquis de Wuxiang, et je vous confère le nom posthume de Zhongwu. Si votre âme conserve quelque conscience, accueillez avec joie cet honneur et cette faveur. Hélas ! Quelle douleur ! Hélas ! Quelle douleur ! Cette occurrence du 『三国志』 est cependant très postérieure à celle du 『春秋左氏伝』. |
| Niveau Kanken | Absent |
| Rareté | 3 – Érudit |
| Exemple d'usage | 七月三十日 火 昨夜眠ラレズ 二時半号外ノ声高シ 書生ヲ起シ警察分署ニ就キ聞合セタルニ 嗚呼哀哉 遂ニ崩御遊タル旨告示セラル
黒田清輝 – 日記, 1912年7月30日
Mardi 30 juillet. Impossible de dormir cette nuit. À deux heures et demie, les cris annonçant les éditions extraordinaires retentissent. Je réveille le jeune homme qui loge chez moi et me renseigne auprès du poste de police : hélas ! quelle douleur ! On annonce que Sa Majesté vient finalement de s'éteindre. Kuroda Seiki – Journal, 30 juillet 1912
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| Commentaire | 嗚呼哀哉 est un 四字熟語 assez singulier : contrairement à la majorité des locutions de ce type, il ne se lit pas comme un composé sino-japonais de quatre caractères. Sa lecture japonaise est une véritable lecture interprétative : 嗚呼 « hélas ! » + 哀哉 « quelle tristesse ! ».
La formule appartient à l'origine au vocabulaire de la lamentation funèbre. Le 『春秋左氏伝』 la place dans la bouche du duc Ai de Lu lorsque celui-ci prononce l'éloge funèbre de Confucius. L'événement raconté est la mort de Confucius, traditionnellement située en 479 av. J.-C. ; il ne faut toutefois pas en conclure que le texte du 『春秋左氏伝』 lui-même aurait été rédigé cette année-là : sa composition est postérieure. La généalogie de l'expression remonte encore plus loin si l'on tient compte des variantes graphiques. Le 『詩経』 contient en effet 於乎哀哉, où 於乎 est une autre manière d'écrire la même interjection que 嗚呼. La graphie 嗚呼哀哉 n'est donc pas la naissance de l'exclamation elle-même, mais une cristallisation graphique d'une formule beaucoup plus ancienne. La phrase devint ensuite une formule traditionnelle des 祭文, textes cérémoniels et funéraires. Elle pouvait y être répétée afin de ponctuer l'expression du deuil, comme dans l'éloge de Zhuge Liang conservé dans le 『三国志』. Cette tradition a également circulé au Japon. On trouve 嗚呼哀哉 dans des inscriptions funéraires et des textes commémoratifs rédigés en 漢文, mais également dans des textes japonais modernes. En 1912, le peintre 黒田清輝 l'emploie spontanément dans son journal personnel lorsqu'il apprend la mort de l'empereur Meiji. En 1924, le sinologue 狩野直喜 répète encore la formule dans son 「祭原教授文」, un éloge funèbre consacré à un collègue disparu. L'expression avait donc une vie japonaise réelle, bien au-delà de la simple citation des classiques chinois, mais elle est aujourd'hui fortement marquée par son caractère archaïque, solennel et funéraire. |
| Locutions apparentées | 哀哀父母 aiai fubo
鼓琴之悲 kokin no kanashimi 風木之悲 fūboku no kanashimi |